La Presse: vendredi 28 décembre 2001 - page A-14
Éditorial au sujet du CHUM (méga-hôpital)
Résumé: Les méga-hôpitaux coûtent très cher, tandis qu'il nous faut d'autres nouveaux services en santé même plus importants, qui coûteront plus d'un milliard de dollars avant même penser aux méga-hôpitaux. Qu'on s'arrange pour penser à tout cela !
Les deux travaux d'Hercule
par Katia Gagnon
La Société d'implantation du nouveau CHUM a dévoilé la semaine dernière l'ébauche de ce que sera le futur hôpital de la rue Saint-Denis. Chambres privées pour les patients, équipements de pointe, remarquable capacité d'accueil pour les étudiants, l'hôpital idéal, quoi. Seul ennui, la facture, qui sera salée. Pas tellement pour l'établissement lui-même que pour le réaménagement total du réseau de la santé que ce plan suppose.
C'est que le nouveau CHUM ne veut pas seulement transférer ses pénates dans un seul établissement. Il veut réellement devenir un hôpital universitaire, donc se concentrer dans les soins spécialisés et l'enseignement. Corollaire: il devra réduire sa capacité d'accueil à l'urgence et les soins de première ligne qu'il dispense.
Des 1300 lits que comptent les trois établissements actuels, le nouvel hôpital n'en aurait plus que 900. Il traitera moins de lumbagos et de pharyngites mais fera plus de chirurgie cardiaque et d'oncologie.
Ce qui est parfaitement normal pour un établissement universitaire.
L'ouverture en 2006 de ce nouveau CHUM imposera donc une refonte complète des soins de première ligne à Montréal. Pour assurer le niveau de service, l'hôpital Nôtre-Dame devrait rester ouvert et devenir un hôpital généraliste de 300 lits. L'hôpital SaintLuc, lui, devrait devenir un centre d'hébergement. Et les soins à domicile dispensés par les CLSC devraient être à la hauteur pour épauler adéquatement le mégahôpital.
Faisons ensemble le calcul. Construire un nouvel hôpital et le doter d'un budget semblable à celui de l'actuel CHUM, ça représente un peu plus d'un milliard de dollars. Une facture qui sera évidemment amortie à la manière d'une hypothèque.
À cette dépense, il faudra ajouter 75 millions pour les budgets annuels de l'hôpital Notre-Dame. Une autre facture pour faire marcher l'hôpital Saint-Luc transformé en centre d'hébergement : 30 millions. La réforme des soins à domicile ? 300 millions par an. Total: 405 millions par an. Outre bien sûr les coûts de construction du nouvel hôpital.
Toute une facture.
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Le Québec paie ici le prix du retard qu'il a pris à financer le virage ambulatoire de Jean Rochon. Celui qui a fermé sept hôpitaux à Montréal n'a jamais eu l'argent nécessaire pour défrayer, en contrepartie, des soins à domicile adéquats. En voulant atteindre rapidement le déficit zéro, un objectif financier louable, le Québec a toutefois hypothéqué la nécessaire réforme des soins de santé, qui ne s'est pas concrétisée.
Résultat: on se retrouve aujourd'hui à devoir achever en même temps deux travaux d'Hercule, tout aussi nécessaires l'un que l'autre. D'un côté, la réforme des soins de première ligne, avec les soins à domicile, les groupes de médecine familiale et la carte à puce. De l'autre, la construction d'un nouvel hôpital universitaire, destiné à remplacer ce CHUM à trois têtes qui n'a jamais fonctionné.
Placé devant cette conjoncture complexe, le ministre Rémy Trudel doit réagir rapidement. Il est d'abord impératif qu'il donne un signal clair aux responsables de la SICHUM : l'hôpital idéal que ces derniers se sont dessiné correspond-il à la vision et aux moyens de Québec ? Si la réponse est non, M. Trudel doit l'indiquer rapidement. Si la réponse est oui, le ministre doit se mettre à l'oeuvre dans les plus brefs délais pour concrétiser la réforme de la première ligne.
Selon la SICHUM, le nouvel hôpital devrait commencer à fonctionner adéquatement dans un réseau redessiné à partir de 2011. Si leur vision est entérinée par Québec, nous avons donc dix ans devant nous pour réaliser les deux travaux d'Hercule.