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      En 1972 paraissait mon premier recueil :

Alix Renaud nous ouvre les portes d'un monde à la fois sensuel et violent, mais toujours envoûtant [...] et ce, par le canal d'une poésie chaude et vigoureuse qui s'impose rapidement à notre cœur.

        Jacques BÉDARY, Bulletin de la Compagnie des écrivains méditerranéens,
no 90, Montpellier, oct.-déc. 1973.


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Fac-similé de l'édition originale.  
Carême : premier recueil de l'auteur.

DEUX POÈMES TIRÉS DE CE RECUEIL

           YANVALOU 1

       oi qui
       mon amour
       danses chantes ris
       les aubes ont paupières closes
       souffles lents

       Toi qui
       mon amour
       chantes danses ris
       palpite un chaud-né rossignol
       dans la gorge des sources
       ô toi qui mon amour
       te mêles de contrer destin

       Toi qui
       mon amour
       danses chantes ris
       le temps est triste et la moisson
       n'est toujours pas venue
                     
       DÉRISION

ous sommes sur la même branche
cibles du même archer
dessus le même vide
nous sommes sur la même branche
à la merci du même coup de vent

Et nous fermons nos yeux pareils
ivres d'un bonheur sans égal
mais tremblants
tremblants de n'être plus déjà
quand trébuchera l'heure marchant dans notre chair
dans notre chair coupable
coupable d'amour et d'espoir
d'un amour dérisoire et d'un espoir aveugle

Nous sommes sur la même branche
à la merci d'un faux pas
nous
qu'un même élan pourtant jettera l'un vers l'autre

1 Yanvalou : rythme folklorique haïtien.

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«De ma fenêtre...»


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Mon deuxième recueil date de 1976 et fut, lui aussi, publié à Paris.

«Extase exacte»

Chute-déception-nostalgie-rêve sont les maîtres-mots du vocabulaire d'Alix Renaud. Les trois premiers, dans Extase exacte et le dernier, dans Grâces. La nostalgie, qui est le visage triste de l'inspiration, nous la reconnaissons sans peine dans de nombreuses images disséminées au long des vers d'Extase exacte :

             [...] pourtant j'ai
            quelque ciel chu dans mon lit
            [...]
            Monde bâti sur pilotis d'écho
            où les regrets tissés de cris
            jettent lasso dans le néant
            d'un douloureux silence [...] («Typhose»)

[...]Le dieu déchu, l'homme déçu, n'a plus qu'un seul recours pour retrouver sa divinité : la femme, et plus qu'un seul moyen de revivre l'extase divine : l'acte amoureux qui devient ainsi le véritable espace de la divinité humaine [...]


          Tiré d'une étude consacrée par le professeur
Maximilien LAROCHE à Extase exacte
et à mon poème de chevet Grâces.

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EXTRAITS

      DÉCOR-OÙ

es anges arrimés à l'enflure des lacs
à l'encolure des saisons
au coude de Décembre où Dieu dîne et se damne
disserte
du dernier des deniers
de la didactique dernière
du décor du désir et du droit -
dent dures défroquant des dindonneaux d'argile
et ding-dong
en des soirs falsifiés et meurtris -
ont ce fumet de lucre où l'on pousse chansons
et ce gris de bétail qui fait l'heure martyre

Morfondus demi-dieux fils de lave coulée
et chanteurs de grenades sur champs de carnage
apôtres de bricole et marchandeurs d'étables
le cœur a ses raisons
qui vous foutront des peurs

Pourfendeurs de miracle et chantres du déclic
abracadabrici je vous le fais savoir
que la rose un matin de chiures souillée
fit effort et si fort que le fort fut forcé


      IL PLEUT DES ALGUES MORTES

[...]
Nous sommes recréés ailleurs
et reprenons sous des yeux blasés
la farce douloureuse
nos monologues conjugués
nos dialogues de ferraille car
nous sommes condamnés au sacrilège
et n'avons pas fini de singer les archanges

Il pleut des algues mortes
et je gifle mon ciel à grands coups de paupières
et je sacre soleils
tous les miroirs brisés
et les tessons épars de tous les rires vrais
et j'accroche des flammes à toutes les croisées
je détourne les fleuves et je démens les deuils
et je panse de moi une affreuse blessure
Il pleut des âmes mortes qui croyaient au Ciel
       EXTASE EXACTE

int le jour où
pauvres infirmes à tête unique
en siècle
d'organes multipliés à force d'impuissance
pauvres idiots à tête d'homme
sous nos bonnets de suie
[...]

nous songeâmes
à nous forger des armes contre la solitude

Nous avions souvenance d'un soir
pareil aux autres soirs mais nôtre
d'un soir où nous avions plongé
la tête la première
dans la glaire des fonts baptismaux
pour nous laver de toute innocence
de toute pureté
de tout péché d'humilité
d'un soir où nous avions émergé
nanti de chères inepties
à l'éblouissement fade des néons
où nous avions surgis
casqués de pierre
aux carrefours terribles de l'Amour
exacts
comme un destin de plomb
[...]

Pourtant
nous avions à faire poème de la vie
à déborder les fleuves
à démaquiller les jardins à panser leurs blessures
à mourir
s'il se devait
[...]
Mais
le temps ivre de bouse avait gueule de fer
le temps humeur grinçante de treuil
une heure chavirée dans le regard
avait déjà compté nos pas

Et le dernier des frères
sur la vitre du train partant pour le front
écrivit :
L'homme est un dieu déçu de sa divinité


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Couverture de «Grâces» Aquarelle de Marie Laberge illustrant «Grâces».Et l'antre soit béni où ma lèvre gourmande
fait monter de ta vie la houle des eaux lourdes...

oici, de tous mes poèmes, celui que je préfère. Illustré d'une aquarelle de Marie LABERGE*, j'appelle Grâces un «poème de chevet». C'est aussi, paradoxalement, celui qu'on me demande le plus souvent de dire... mais qui figure assez rarement au programme de mes récitals. Il a été traduit en espagnol par Carmen ARRIAGADA et en portugais par Raimunda BEDASEE.


   © 1979, Alix Renaud et les Éditions de l'Erbium (Québec).



* Originaire de Québec, Marie LABERGE expose en permanence à la galerie d'art Gala de Trois-Rivières. Ses    œuvres se retrouvent au Musée du Québec, au Musée de l'Université Laval, au Musée dest arts de Chicoutimi et dans    plusieurs collections en Angleterre, en Belgique, en France, etc.. Poète, elle a publié une dizaine de recueils.



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«Dulcamara», par Alix Renaud

           la merci
         de ton refrain
         à la merci de ton frisson
         Mes mains ont préféré
         l'insecte du regard
         à la morgue
         du bronze
         la chaleur du visage
         au mutisme
         du plâtre
         le spasme du baiser au sommeil de la pierre
         le modèle
         imparfait
         aux statues immortelles...
  («Vive Valeque»)

  ulcamara a été publié en 1992 par les éditions du Loup de Gouttière, à Québec, agrémenté de tailles-douces signées Richard Durand.


  © 1992, Alix Renaud et les éditions Le Loup de Gouttière.



    Disponible en librairie ou aux deux adresses suivantes :

         Le Loup de Gouttière
347, rue Saint-Paul
Québec (Québec)
CANADA     G1K 3X1
Téléphone : (418) 694-2224
Télécopieur : (418) 694-2225
Courriel : loupgout@videotron.ca
                                 Éditions Fer de chances
69 ter, rue Hoche
78390 Bois d'Arcy
FRANCE

Téléphone et télécopieur : 01.34.60.10.91



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EXTRAITS DE DULCAMARA

        IL Y AVAIT
u commencement
il y avait
ta voix pleine d'envolées ta chair
ce feu de joie tressé autour de mon ivresse
et moi gorge nouée
au milieu d'un cri rauque
prêt à toi
à toi de braise et de sang
prêt à dire l'amour
pour te faire je t'aime

Il y avait
commencement
ce grain d'aube germé sur le pas de ma porte


        RATAPLAN

alpite bat mon cœur
dans le ventre du monde
et c'est comme tam-tam
dans les grègues du vent

palpite bat mon cœur
à la tempe du temps
et c'est comme trépan
sur des crânes de fer

Dans tes yeux sonne l'heure
où je perds la raison
et ta lèvre goulue
hante ma chansonnette

Sous ta jupe fleurit
un onctueux vertige
je cogne du désir
au portail de ton ciel

Palpite bat mon cœur
à la tempe du temps
où les reins trépidants
confrontent doux mensonges


        ACMÉ

ept fois je roulerai ton pastillon de miel
sous ma langue
et je te chanterai
chanson vive à mes lèvres dirai
ta chair grisée du souvenir de toutes les amours
l'haleine moite de ta vulve épanouie
fleur de vertige
au ciel de notre lit

J'ai fait le tour de l'inconstance pour venir
à ton sein
arrimer l'infini
pour réapprendre les mots vides
odes aux voix abîméennes
abyssale clarté des antres toucouleurs [...]
        POUR DIRE

our dire ton corps
je dis malgré moi mon bonheur
et mes mains débordant un fleuve de tendresse
souvenirs souvenances
souvenances rompues
à tous les rôles

Pour dire ton corps
je dis malgré moi mon bonheur
le nouement des humeurs
l'infini du sourire et ta lèvre qui bat
si fort
on dirait le cœur de ma joie

Je sais
je sais des vêpres infinies
s'effilochant aux ronces de nos doigts avides je sais
le soir
l'orage rond et noir de chuchots étonnés
l'ennui
raclant les heures gorges sombres
et des lustres de fièvre où suffit ton sourire
toi de sang toi de braise et je dis que sur ton ivresse
je rebâtis le monde


        NEIGES

t visage de pierre
paupières
de frimas l'hiver
chante dans l'heure obscure
un refrain de prés blancs
où le pas des anges voltige
ce
tandis
que le long des jours
traînent des troncs de jours

Le vert des cris s'est tu
et le grésillement des plaines
saute aux fenêtres en grésil
Des regrets crissent aux prunelles closes
comme il est souvenirs aux défuntes mémoires
et comme il est frissons
aux commissures des saisons
ce pendant
que dans le nœud du bois éclaté
quelque honte a fiché
un bout de queue d'hermine

Et visage de pierre
paupières
de frimas l'hiver
chante dans l'heure obscure
un refrain de prés blancs
où le pas des anges voltige
ce tandis
qu'un rire d'enfant
réfugié grelot
dans la ouate lourde des sens
gèle ronces criardes
où rêves se déchirent

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