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M. Jos Dickner est un artisan qui a su utiliser ses talents et les ressources de son milieu pour apprendre, créer, produire et transmettre. Il a fait oeuvre de mémoire et de projet.
Époux, père, grand-père, frère et beau-frère, il fut un artisan généreux de liens familiaux.
Citoyen émérite de Notre-Dame-du-Portage, il fut un témoin privilégié et la mémoire vive des liens sociaux de ce coin de pays.
Toute sa vie il aura vécu à proximité du fleuve et ses dernières oeuvres auront été des bateaux.
«Si le fleuve est symbole de vie, le bateau est celui de la marche de l'homme dans cette vie.» (M. Ferreira).
Miguel Ferreira (1987) «Les bateaux vus par les peintres». ÉditaLausanne, p. 108.
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ENTREVUE AVEC
M. Jos.Dickner
Des voitures miniatures et des
chevaux...
par Ginette Landry,
Magazine Agir!, janvier
2003, p. 43

Je vous présente M. Jos. Dickner, 84 ans, de Notre-Dame-du-Portage. Ancien menuisier, il a construit, depuis qu'il est à la retraite, de remarquables reproductions de voitures d'époque. De plus, il a fabriqué (il en confectionne encore!) quelque 800 paires de mocassins en cuir, cousus main, très délicatement. Des mocassins en vache ou en chevreuil, doublés de fourrure. « Pas une région de la province où je n'en ai pas », dit-il fièrement. Il y en a de plus en plus en France et aux États-Unis aussi.
Une visite chez lui, c'est presque un cours d'histoire sur le réseau de diligences d'antan, mais aussi sur les moulins à eau du Québec et sur les girouettes, qu'il confectionne également. Aujourd'hui, il fait surtout des girouettes et des mocassins, mais ça ne veut pas dire qu'il a arrêté ses autres productions, loin de là. Avec ses autres activités, son jardin, etc.
II a construit une collection complète de voitures. D'abord exposée à la sacristie de Notre-Dame-du-Portage, la collection était de plus en plus difficile à déplacer et à conserver, alors il l'a vendue il y a une dizaine d'années, mais M. Dickner continue de travailler chaque année pour le collectionneur de Joliette qui l'a acquise. « Des modèles, j'en ai imaginé, j'en ai fait de mémoire ». Il s'est beaucoup inspiré du livre « Les anciennes diligences du Québec », de Pierre Lambert, chez Septentrion (Sous-titre : Le transport en voiture publique au XIXe siècle).
Parmi ses constructions, une victoria, voiture hippomobile découverte, à quatre roues. Le cheval était utilisé comme force motrice pour battre le grain, par exemple, et, bien sûr, pour tirer les voitures avant l'avènement de l'automobile. C'est ce qui amena M. Dickner à s'intéresser aussi aux chevaux. Il en a réalisé de nombreux, de plus en plus beaux, avec chacun leur particularité : « Celui-là, c'est un ambleur », dit-il, m'en montrant un.
Son exposition comprenait le petit boggie des amoureux, la voiture du boulanger, celle du poissonnier. La carriole du médecin, avec un endroit fermé à clef pour trousse et pilules. Le surry pour les mariés, la Cadillac du temps, ou le surry de famille. Le chariot des bohémiens, les roulottes d'antan, pleines de tireuses de cartes et de diseuses de bonne aventure. Plusieurs types de calèches de campagne, des charrettes à foin et des carrioles, une charrue tirée par une paire de boeufs et des charges de bois, un superbe corbillard fait de mémoire, ainsi que la traîne à bâtons, l'ancêtre de toutes les voitures d'hiver...
Il travaille avec minutie tous les détails historiques de ses voitures tels le strapontin pour le cocher et la boîte à caresses ou le siège de la belle-mère (un même habitacle à dénomination variable selon les utilisateurs du moment...)
Retraité sept ans avant son épouse, il prit l'habitude de se retirer dans son sous-sol au moment où elle partait pour le travail. Il faisait ses 8 heures de travail par jour, et même plus, sans se rendre compte du temps qui passait : « J'ai jamais compté mon temps, et j'ai jamais signé mes choses ». Caprice d'artiste.
Parmi ces œuvres qu'il n'a pas signées, une charrette à poches, un berlot (sorte de traîneau d'hiver), une sleigh de famille (fabuleux cadeau de Noël!), des sleighs de promenade, des carrioles grandeur nature, une sleigh express à deux sièges réalisée sur le modèle de la voiture d'été appelée express, une grosse carriole comme celles que les charretiers avaient, et un arrache-pierres (« J'ai déjà travaillé avec ça », précise-t-il). Plus un moulin à battre et un moulin à farine qui fonctionne, qui fait de la vraie farine, une copie du moulin de l'île aux Coudres. Il a fabriqué une multitude de sleighs pour bébés, commençant cela lorsqu'une nièce vint lui annoncer qu'elle était enceinte.
Il en a fait encore deux, l'hiver dernier. Il a fait des crèches de Noël originales, ainsi que du mobilier pour l'église de Notre-Dame-du-Portage.
« Y
a juste une chose que j'haïs faire » dit-il en concluant,
« c'est la peinture. » Eh oui! car il faut bien couvrir
le tout de peinture et, suivant le rythme de sa production, il doit en
peinturer un coup !
Depuis
la publication de cet article, Monsieur Dickner s'est remis à la
sculpture qu'il avait déjà pratiquée il y a plusieurs
années. Entre autres, un auto-portrait
bien réussi ainsi que quelques bateaux
dont trois voiliers. L'un est la reproduction du Bluenose.
En mai 2006, Monsieur Dickner nous a quitté après une vie bien remplie. Le matin même de son décès, il était encore à l'oeuvre sur un nouveau bateau... une oeuvre inachevée.