On entend par «arme d'hast», une arme blanche dont le fer est emmanché au bout d'une longue hampe. Cette expression est utilisée ici en tant que générique regroupant la famille des naginata et celle des yari.

Période HEIAN (794-1184)

La période Heian marque un tournant important dans l'histoire des armes japonaises. En effet, c'est à cette époque que les sabres acquièrent leur forme incurvée caractéristique, et qu'apparaissent les premières naginata. Les provinces de Yamashiro, de Bizen, et les environs de Kyoto sont réputés pour l'excellence de leurs forgerons. Il est possible que certains de ces illustres artisans fabriquent alors des armes d'hast, même si les modèles parvenus jusqu'à nous sont extrêmement rares. La moitié et la fin de la période Heian reflètent la toute puissance des ordres monastiques. La plupart des sohei, ou moines guerriers, des principaux monastères portent une naginata en plus de leur sabre. En outre, cette arme d'hast jouit d'une grande popularité auprès des bushi ordinaires. Des yari à lame courte ou longue sont également utilisées, mais tendent à disparaître vers la fin de cette période.

Période KAMAKURA (1185-1331)

Le shogunat de Kamakura apporte au pays une paix relative et voit l'établissement du féodalisme. La naginata reste la principale arme d'hast couramment employée, même si d'autres types de lance sont certainement utilisés. Les écoles d'escrime qui enseignent à la fois les techniques de lance et de sabre aux bushi ne deviennent vraiment importantes que vers la fin de cette période. L'école Chujo-ryu, par exemple, fondée au temps du régent Hojo Sadatoki (1270-1311), n'obtient sa pleine reconnaissance qu'au début de l'ère suivante.

Les Mongols tentent par deux fois d'envahir le Japon en 1274 et en 1281, avec la fin désastreuse que l'on connaît sur la côte de Kyushu. De plus, les clans rivaux des cours du Nord et du Sud s'usent en combats acharnés. Tous ces événements concourent à porter l'art de forger les sabres à un sommet sans précédent, ce qui est aussi vrai pour les armes d'hast.

Période MUROMACHI (1332-1573)

Toutes cette période est marquée par les luttes intestines que ne cessent de se livrer les seigneurs féodaux. La demande en armes de toutes sortes est très grande. Les armes d'hast fabriquées par les forgerons de l'école Yenju de Kyushu et par ceux d'autres écoles importantes sont célèbres. Les forgerons de renom, comme Hojoji Kunimitsu, Ise Muramasa, les illustres Bizen Sukesada, et Bizen Munemitsu, produisent tous des lames de naginata et de yari. La Guerre de Onin, qui débute en 1467, est le théâtre de combats sanglants entre les Yamana et les Hosokawa, et entre leurs alliés respectifs de la région de Kyoto. C'est au cours de ce conflit que réapparaissent les armes d'hast de tout genre, présentant une conception encore inégalée : nage-yari, su-yari, magari-yari, naginata, nagamaki, hoko, et de nombreux autres modèles. Toutes ces armes se retrouveront désormais en nombre de plus en plus croissant.

Période AZUCHI-MOMOYAMA (1574-1602)

L'unification du pays est entre les mains de Oda Nobunaga, seigneur d'Owari, et de ses généraux, dont le principal est Toyotomi Hideyoshi. Le long cauchemar Sengoku Jidai (âge du pays en guerre) culmine pour toucher ensuite à sa fin. C'est une période pendant laquelle les arts sont en plein essor, y compris ceux liés à la fabrication des armes. Sous la domination du Taiko Hideyoshi, le Japon connaît une ère de grande magnificence, égalant celle instaurée par le shogun Ashikaga Yoshimitsu (1367-1395).
Les lames de yari et de naginata demeurent d'une qualité supérieure et arborent une forme généralement plus esthétique que celle qu'elles auront par la suite.

Période TOKUGAWA (1603-1867)

Même si le pays est stable sous la dictature du Bakufu, les daimyo et les samurai n'en continuent pas moins de commander des grandes quantités d'armes d'hast. La magari-yari devient même un emblème de cérémonie porté devant les hommes de rang. La lame de la naginata est raccourcie, et cette arme occupe désormais la première place parmi celles que possède toute maisonnée. Les yari ordinaires sont produites par milliers.
Les armes d'hast de première qualité sont fabriquées par des forgerons de valeur : Inoue Shinkai, Tsuta Sukehiro, Suishinshi Naotane, Yamaura Kiyomaro et Hizen Tadayoshi, pour n'en citer que quelques uns.

Cette production intensive cesse brusquement à la restauration de l'empereur Meiji. Toutefois, l'histoire des armes d'hast japonaises ne s'arrête pas là! Après être tombé en désuétude, l'enseignement des techniques de naginata et de yari renaît et prospère jusqu'à la Guerre du Pacifique. Depuis 1950, les arts martiaux (budo) connaissent un regain d'intérêt. Les jeunes femmes japonaises apprennent le maniement de la naginata à l'école et à l'université, tout comme elles le faisaient à l'époque féodale.

Le terme naginata signifie littéralement «couteau à faucher». Cette arme d'hast possède une lame à arête sans yokote, présentant une courbure prononcée, et s'élargissant vers la pointe. Elle est presque toujours montée sur un long manche à section ovale. La famille des naginata peut se diviser de la façon suivante :

Tsukushi-naginata - arme présentant une lame fixée par douille et courbée vers l'arrière au-delà de l'axe du manche.

Naginata-no-saki - arme dont la lame est munie d'une douille pour recevoir le manche.

U-no-kubi-zukuri-naginata - arme présentant une lame dite à tête de cormoran.

Shobuzukuri-naginata - arme dotée d'une longue lame à très longue soie.

Kammuri-otoshi-zukuri-naginata - arme présentant une lame à shinogi-ji plus mince et ornée de deux fins bonji.

Naginata à lame droite - le yakiba se poursuit tout autour de la lame.

Nagamaki ou nagatsuka-no-katana - arme dotée d'une très longue lame à très longue soie, ou formée d'un katana monté sur une hampe de lance.

La lance magari yari occupe une place particulière dans le groupe des armes d'hast japonaises. Au fil du temps, elle est devenue un véritable emblème de cérémonie, qui précédait les daimyo et autres personnalités de rang dans les processions officielles. La magari-yari, parfois appelée jumonji-yari, a donné naissance à une multitude de variantes.

Magari-yari - arme caractérisée par une triple lame en forme de croix.

Bishamon-yari - arme dotée d'une lame centrale flanquée de deux lames latérales en forme de croissant de lune.

Hoko - arme caractérisée par une double lame en forme de L.

Futomata-yari ou sasumata - arme à lame en forme de fourche.

Gekken - arme à lame en forme de croissant de lune.

Kagi-yari - arme de type hoko munie d'un crochet latéral au lieu d'une lame.

Kama-yari et o-kama-yari - arme de type yari en forme de faucille.

Kumade - arme de type grappin, habituellement formée d'une lame courbe dotée d'un ou de deux crochets.

Nagegama ou kusarigama - arme formée d'une lame en forme de faucille fixée à un petit manche auquel se rattache une chaîne.

Après avoir examiné les armes à lame courbe, multiple et à crochets, voyons maintenant la dernière et de loin la plus importante famille des armes d'hast japonaises : celle des yari à une seule lame droite. Les lances de ce type présentent une lame à section triangulaire (sankaku-yari) ou une lame à section en forme de diamant (ryo-shinogi-yari).

Sankaku-yari - yari à lame à section triangulaire.

Ryo-shinogi-yari - yari à lame à section en forme de diamant.

Oma-yari, omi-yari ou su-yari - yari à lame à douille.

Mori et chishima-yari - le terme mori désigne un harpon, et chishima-yari se rapporte probablement à une lance pour la pêche.

Taishin-so - lance apparentée à la catégorie des su-yari.

Choku-so - autre terme générique pour désigner une lance droite de n'importe quelle longueur.

Makura-yari - petite lance légère placée à côté du lit pendant la nuit.

Nage-yari, nagari et naguya - arme de jet de type javelot.

Shakujo-yari - lance de type su-yari camouflée en un bâton terminé par des anneaux, semblable à celui des moines mendiants ou des yamabushi.

Uchi-ne - court javelot à empennage de plumes.

Inoshishi-no-yari - lance utilisée pour la chasse au sanglier.

Yumi-yari - fer de lance à douille destiné à être fixé au bout d'un arc.

Kuda-yari - lance dissimulée à l'intérieur d'un long bâton creux.

Take-hoko ou take-yari - lance taillée dans une longueur de bambou.

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