Si le sabre nécessitait pour son usage de nombreux accessoires, celui qui était le plus important et le plus visible, quand le sabre était porté, était la garde. La tsuba, ou garde de sabre, est une plaque métallique de forme, de dimension et d'épaisseur variables, qui sert à protéger la main du guerrier, mais indique également le rang social de son propriétaire.
Jusqu'au XVIIe siècle, les tsuba étaient essentiellement l'oeuvre d'armuriers (kachusi) et de forgerons de sabre (tosho), disques de fer très sobre à décor géométrique ou ajouré.

Après le XVIIe siècle, les gardes sont l'oeuvre d'orfèvres et reflètent le goût de plus en plus prononcé pour une décoration, une complication des motifs, une grande variété des techniques, auxquelles s'ajoute le goût typiquement japonais pour la miniaturisation. Dès lors, les tsuba deviennent de véritables bijoux composés à partir d'alliages précieux, à la patine chatoyante, et à la surface richement ornée.

Les sujets représentés sur la tsuba sont innombrables et recouvrent tous les aspects de la culture japonaise. Parmi la myriade de motifs traités, il en est un qui retient le plus fréquemment l'attention des collectionneurs : l'art animalier.

REPRÉSENTATIONS NATURALISTES

D'innombrables espèces d'animaux, insectes, oiseaux, poissons sont représentées sur les tsuba, isolées ou dans leur environnement, au repos ou dans leur activité caractéristique. Parmi les plus fréquents, citons le tigre, le singe, le cheval, le serpent, la grue, l'aigle, la carpe.

Le singe est l'un des douze animaux du zodiaque. La seule espèce de singe vivant au Japon est le macaque. Les autres variétés sont copiées des peintures chinoises (singes à longs bras).

Le tigre, autre animal du zodiaque, n'existe pas au Japon et ses représentations très conventionnelles copiées de peintures chinoises feraient plutôt penser à un gros chat.

L'éléphant, qui lui non plus n'existe pas au Japon, a été souvent représenté sur des gardes copiant la célèbre tsuba de Yasuchika commémorant l'envoi d'un éléphant blanc au Japon par le roi du Siam durant l'ère de Kioho (1716-1735).

REPRÉSENTATIONS SYMBOLIQUES

Très souvent, les animaux sont représentés associés symboliquement à des plantes, des éléments, ou entre eux.
Le cerf et l'érable symbolisent l'automne. La grue et le pin symbolisent la longévité; la grue et la tortue également. Cette dernière association trouve son origine dans les doctrines taoïstes selon lesquelles les deux grands principes constituant l'essence de l'univers, le principe céleste et le principe terrestre, sont représentés respectivement par la grue et la tortue.

Le singe est souvent représenté en train d'essayer d'attraper le reflet de la lune dans l'eau, avec le symbolisme évident de la stupidité et de l'illusion du désir de possession matérielle. La carpe remontant le courant symbolise la détermination et la persévérance.

La représentation du tigre la plus fréquente est celle où il est associé aux bambous sous la pluie. Cela signifie que même le puissant tigre fuit devant l'orage et cherche la protection du faible bambou. C'est l'équivalent de notre «on a souvent besoin d'un plus petit que soi».

Le lièvre est le plus souvent représenté contemplant la lune et symbolise la longévité. Alors qu'en Occident on voit un visage dans la lune, en Extrême-Orient, on y voit un lapin qui selon la légende prépare dans un mortier l'élixir de longue vie.

ILLUSTRATIONS DE CONTES ET LÉGENDES


Comme dans tous les pays, le Japon a une grande variété de contes et de légendes, mais la valeur accordée à leur illustration dans l'art y est plus grande qu'ailleurs.

Une tsuba figurant une abeille attaquant un singe et, au revers, un crabe, illustre ainsi l'un des contes enfantins les plus populaires du Japon «Saru Kani Kassen» (La guerre des singes et des crabes).

Un procédé classique au Japon pour illustrer une histoire complexe par une simple image, consiste à ne montrer que quelques éléments sélectionnés dans l'ensemble des éléments caractéristiques de l'histoire, la culture de l'amateur complétant les vides.

REPRÉSENTATIONS D'ANIMAUX FABULEUX

Dans le folklore et la mythologie orientale, il existe toute une ménagerie d'animaux fabuleux, presque tous d'origine chinoise, qui y jouent un rôle considérablement plus important que les animaux réels. On distingue plusieurs catégories :
Animaux d'aspect extérieur ordinaire mais dotés de pouvoirs extraordinaires : renard pouvant se changer en femme, blaireau se changeant en théière, tortues millénaires, etc.
Animaux soit de dimensions extraordinaires, soit ayant une multiplication de certains membres : renard à neuf queues, singe à quatre oreilles, porc à deux têtes, etc.
Animaux composites : c'est la catégorie la plus importante, tous d'origine chinoise, dont les plus connus sont le dragon, l'oiseau de Ho, le kirin.

Le Ho, équivalent à notre phénix, est représenté formé de la réunion d'éléments de faisan, de paon et d'oiseau de paradis. Son riche plumage de cinq couleurs représente les cinq principales vertus : l'humanité, la décence, la sagesse, la fidélité et l'amour. Associé aux branches de kiri (paulownia), il symbolise l'autorité impériale. En Chine, il était le symbole de l'impératrice et souvent représenté associé au dragon, symbole de l'empereur.

Le dragon, quant à lui, est le sujet le plus représenté dans tout l'art de l'Extrême-Orient en général, et dans les tsuba en particulier. Le dragon impérial à cinq griffes, le dragon princier quatre, tandis que le dragon du commun doit se contenter de trois. Le dragon est doté de pouvoirs innombrables faisant l'objet d'illustrations à l'infini. Il est souvent représenté associé au tigre, ce dernier blotti dans une caverne ou se cachant dans les bambous, le dragon apparaissant dans les nuages entouré d'éclairs. Ils symbolisent la domination des éléments sur tous les animaux de la terre. Le dragon grimpant le mont Fuji symbolise le succès dans la vie.

Pour terminer ce bref aperçu du sujet, il faut préciser que l'art animalier dans la tsuba est encore plus difficile qu'il n'y paraît. En plus des difficultés techniques, c'est un véritable exercice de style que consiste la représentation de sujets aussi variés sur un espace de surface et de structure déterminés par son usage pratique sur un sabre. La représentation subit également la contrainte des règles de composition imposées par la manière de porter le sabre, de façon à ce que le sujet principal soit centré sur la partie la plus visible de la garde (omote).

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