Les déformations
% Cou(à venir) % Poitrine et taille % Bassin et hanches % Pieds % ??? % ??? % ???

Bassin et hanches
Je sais très peu de chose sur cette mode que celle de vouloir élargir les hanches avec l'aide de divers accessoires. Je suppose que le but premier était de faire paraître la taille plus fine, donnant la silhouette d'un sablier à certaines époques. La taille étant déjà emprisonnée dans un corset des plus rigide, on l'alourdissait entre autres de vertugadin, panier, crinoline, cage ou tournure. Les résultats étaient surprenants, on n'a qu'à regarder les divers films historiques pour s'apercevoir que le simple passage d'une porte pouvait relever de l'exploit. Pourquoi croyez-vous que les portes étaient immenses à l'époque de Sissi ? Qui n'a pas vu un jour un extrait de film ou une photo d'une pauvre fille tentant de s'asseoir avec une jupe bourrée de cerceaux ? Et quel était le résultat ?

Si, dans les années antérieures on cherchait à les montrer ou les mettre en évidence, car les hanches étaient synonymes de fertilité. , Aujourd'hui, le défi est de les faire paraître moins large, voir même gommer ou les faire disparaître à coups de lipo. Car une fille qui a des hanches et des fesses, est vue comme grosse.

-Au XV siècle :
Pour élargir les hanches, on se contentait de garnir les cottes de cartons. En 1534 apparaît la vertugade ou vertugale, entonnoir renversé, fait d'abord d'un gros canevas empesé, attaché sur les pans de la basquine, soutenu par des cercles d'osier, et recouvert d'un jupon de taffetas ; sur cet engin la cotte est tendue sans plis.

Vertugadin cloche

Sous Henri II (1547 à 1559), la vertugade devient une véritable cage recouverte d'étoffe. Une ordonnance de 1563 (sous Charles IX) prescrit d'en restreindre la largeur, crainte d'y voir cacher poignards et pistolets, mais son effet est de courte durée.

Sous Henri III (1574 à 1589) et IV (1589 à 1610), la vertugade ou vertugadin, est un bourrelet de grosse toile bourré d'étoupe, monté sur des cercles d'osier ou de fil de fer (aspect de nos pneus d'auto). Tous ces engins écartent si largement les jupes, en coupole, que les femmes doivent par décence porter le caleçon, depuis le règne de Charles IX.

Vertugadin tonneau

-Au XVII siècle :
Vers 1700, pour donner du volume à la jupe, les femmes aux hanches plates la surcharge de falbalas. D'autre part, en relevant le manteau de robe sous la criarde, jupes en grosse toile gommée, on donne de l'ampleur à la chute des reins.

-Au XVIII siècle :
Mais dès la Régence (1715 à 1723), les hanches s'étaient élargies de nouveau. Vers 1713 apparaissent les paniers dont le nom vient sans doute de ce que leur forme évoquait, les cloche d'osier qui servaient à faire sécher le linge. Cependant, ces jupons de toiles glacés ou de taffetas sont rarement garnis d'osier comme leurs ancêtres, les vertugadins mais les baleines, disposées, les unes comme celle d'un parapluie, les autres en cerceaux. Comme le corps baleiné en consomme déjà pas mal (environs ½ livre de baleine ), la pêche à la baleine connaît une extension considérable.

Note :
Les vertugadins étaient garnis d'osier.

Vers 1736 les paniers sont devenus forts volumineux, on les allège des baleines verticales et on les aplatit par-devant avec des cordons tendus de devant en arrière. Vers 1778, ils n'ont plus de 3 cerceaux au lieu de 4 à 8.

Vers 1750 le panier se décompose en 2 parties : 1 sur chaques hanches ; ces paniers doubles, attachés à la taille sur le corps à baleine, sont plus commodes pour monter en carrosse ou en chaise à porteurs ; ils modifient la silhouette, n'exagérant plus les hanches qu'en largeur, mais ils atteignent parfois 5 mètres de tour.

Robe à paniers

-Fin du règne de Louis XV (1715 à 1774) :
On invente le panier d'acier à charnière pouvant se replier sous le bras pour franchir une porte. La longueur des paniers est variable : courts pour le négligé du matin, on les appelait considérations ; au genou se sont des jansénistes ; d'autre s'étalent tant et montent si haut que la femme y peut poser les bras se sont les paniers à coude ou à la commodité. Avec ces derniers, c'est à peine quand une femme est assise, si sa tête dépasse ; au théâtre il faut laisser un tabouret vide de chaque côté de la reine.
Comme les vertugadins au XVI siècle, les paniers exigeaient pour la décence le port du caleçon et des bas.

Sous Catherine de Médicis (au XVI siècle), on portait sous ses jupes des culottes à bourrelets de satin pour donner l'illusion de belles cuisses dodues, comme on les aimait, alors. Ces culottes étaient si douces que les femmes ne les enlevaient pas pendant l'amour pour faire croire à leur homme qu'il s'agissait de leur peau ! Dans le noir, ceux-ci n'y voyaient, que du feu !

-À la veille de la Révolution (1789 à 1799):
Après l'exagération finale du panier, les hanches tendent à s'aplatir, mais l'amplification du bassin se reporte en arrière avec des tournures appelées polissons.

-Sous la Restauration (1814 à 1830) :
Quelques femmes s'élargissent les hanches par des coussins sous la jupe. Les Élégantes se juponnent pour s'arrondir la taille.

-Sous Louis-Philppe :
On baleine légèrement les bas-de-jupe et en 1845 apparaît la cloche ou jupon en tissu de crinoline (trame en crin et chaîne en fil) qu'on garnit ensuite de baleine faisant bouffer la robe derrière. Au début de l'Empire on porte des jupons baleinés ou on multiplie le nombre de jupons empesés ou on utilise le coussin "postillon ".

En 1856, la sous-jupe en acier, qui hérite du nom de crinoline connaît une vogue rapide et fait la joie des caricaturistes et de chansonniers. Elle comporte au moins 10 rangs de cercle de fer, les 3 supérieurs, simples arceaux permettant de rabattre un pas de l'étoffe comme un "pont " de culotte. La femme s'y introduit par cette ouverture. S'asseoir en évitant l'envolement des ressorts est un art. L'engin s'amplifie jusqu'en 1862.

Crinoline en 1860

Vers 1863, de plus en plus gênante avec la mode des hauts talons, elle s'aplatit par-devant, évoluant en une sorte de tournure. Elle disparaît vers 1866-1868.

Les jupes à la veille de la guerre de 1870, étaient serrées sur les hanches mais s'épanouissaient déjà parfois sur les reins, avec le type de tournures que nous retrouverons sous la République.

Après la guerre de 1870, la crinoline disparaît pour laisser sa place à la tournure ou cul de Paris ou faux cul, donnant aux femmes un profil d'oies. La poitrine s'avance en surplomb tandis que par l'arrière, elles semblent traîner une coquille d'escargot.

Modèle de tournure

La tournure est désormais un coussin garni de crin, fixé sous la robe par un ruban entourant la taille. Elle donne aux draperies de la robe surchargées d'ornement un mouvement bizarre remontant parfois la croupe plus haute que la taille. Elle atteint son ampleur maximale vers 1885, sous les noms de demi-terme (en forme de queue de crustacé), de strapontin (mécanique), de pouf. Elle diminue vers 1887, disparaît en 1890.

Tournure avec ruban

On étoffe les hanches vers 1950 en portant des jupes plissées sur un jupon de toile ou de madapolam. Les robes de haute couture marquent la taille et les hanches par de savants artifices de drapés et non plus par des engins ridicules ou dangereux.

Évolution :
Vertugadin-Panier-Crinoline-Cage-Tournure

Pour la femme à musculature normalement développée, la gaine doit se réduire dans la vie courante à un porte-jarretelles, accessoire très en faveur depuis 1925 " Pour les autres, il faut considérer le corset, de quelque nom qu'on l'appelle, comme un engin d'orthopédie, au moins préventive ; comme tel, le corset sur mesure doit être préféré. Mais on n'oubliera pas que les muscles, soulagés par un appareil de leur effort normal, s'atrophient davantage…

Cette revue de la charpente du costume féminin suggère 2 réflexions, d'inégale importance : Il s'est écoulé quelque 70 ans de la fin des vertugadins au début de paniers, à peu près autant de la fin des paniers au début des crinolines.
Il semble que la femme ait voulu, plus ou moins consciemment, pour renouveler sa séduction, exagérer tantôt tel détail, tantôt tel autre de sa conformation : finesse de la taille avec le corset ; épanouissement des hanches avec le vertugadin, les paniers, la crinoline ; ampleur de la chute des reins avec la criarde, les polissons, la tournure ou avec le corset 1908.

Encore aujoud'hui,le désir de la perfection du corps humain est encore présente, sauf que les instruments ont changés.

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