L'inauguration de la galerie d'art du Centre culturel franco-manitobain à l'automne 1975 représente un tournant pour les artistes franco-manitobains. Jamais auparavant avaient-ils eu accès à un lieu d'exposition aussi professionnel à Saint-Boniface. La Liberté, impressionnée par le nouvel aménagement et la programmation, en fait sa une.

Quand le CCFM ouvrit ses portes avec fanfare en 1974, il comprenait un espace pouvant servir de salle d'exposition. Quoique cet espace se trouvait dans un état brut, la directrice du nouveau centre, Marie Fournier, aidée notamment par Roger Lafrenière, y monta pour l'occasion la première exposition particulière accordée à Pauline Boutal. Marthe Benoist signait le catalogue.

À l’instigation de l’artiste Marcel Debreuil, Bernard Mulaire était embauché en 1975 comme premier responsable de la salle d’exposition pour la transformer en galerie d’art. En avant-goût, divers événements eurent lieu, dont une exposition documentaire retraçant la carrière de Pauline Boutal et un solo réservé à Roger Lafrenière.

Débuté en septembre 1975, le premier programme structuré met à l'affiche sept expositions offrant un panorama des arts visuels au Manitoba français. Tous les arts et les générations sont au programme. Se succèdent l'illustration et la peinture (Réal Bérard), la gravure et la céramique (Suzanne Gauthier), la peinture (Pauline Morier), la photographie (Raymond Gauthier), l'artisanat ancien, la sculpture ornementale (Hubert Garnier) et un concours provincial d'art et d'artisanat. Tant pour Réal Bérard et Hubert Garnier que pour le débutant Raymond Gauthier, il s'agit d'un premier solo. L’exposition < i>Objets faits à la main au Manitoba français innove en tentant de cerner le champ d’un artisanat «canadien» créé sur le sol manitobain.

La série des expositions galvanise les énergies. Les Éditions du Blé, nouvellement fondées en 1974, publient les catalogues des six premières expositions. Des personnalités présentent les exposants lors des vernissages. Roger Selby, directeur de la Winnipeg Art Gallery assiste au vernissage de Pauline Morier. Joe Fafard remplit les fonctions de juge du concours d'art et d'artisanat. L'engouement se fait tel que le programme attire les critiques d'art de Winnipeg. Jan Kamienski du < i>Tribune commente l’exposition de Réal Bérard; John W. Graham du < i>Winnipeg Free Press, celle de Suzanne Gauthier. La stratégie de ce premier programme prévoit en outre l'acquisition d'œuvres par le CCFM. C'est l'amorce d'une collection qui comprend aujourd'hui plus de 200 œuvres.

Depuis 30 ans qu'existe la galerie du Centre culturel franco-manitobain, d'autres en ont pris les rênes à la suite du premier responsable (successivement Lorette Beaudry-Ferland, Lise Brémault, Gary Tessier, Lisa Désilets, Denise Préfontaine, Mario Buscio et Nicole Guyot-Coulson).

Les artistes de la première heure y ont presque tous exposé en solo une deuxième ou troisième fois. Quantité d'autres artistes y ont déployé leurs ailes, comme Marcel Gosselin qui y présenta un premier solo en 1980. Artiste de carrière, celui-ci partagea l’affiche en juin 2002 avec Dominique Rey – une artiste de la génération montante –, à l'occasion du 25e anniversaire de la Fédération culturelle canadienne-française.

Au cours des ans, la galerie du CCFM a aussi accueilli des expositions collectives et fait place aux artistes de l'extérieur. En contrepartie d'une exposition des peintres acadiens tenue en 1998 (< i>Traces et territoires), une exposition des artistes francophones de l'Ouest se rendit à Moncton. Ce climat d'échange a favorisé la présentation des œuvres d'artistes canadiens aussi notoires que Tony Tascona (1992, 1999), Marcel Barbeau (2000), Roméo Savoie (2002), Joe Fafard (2003), Jean-Paul Jérôme (2004), et le duo Bruce Head-Winston Leathers (2005).

La construction du CCFM a permis l'établissement d'une galerie d'art à Saint-Boniface. Grâce au dynamisme des responsables et des exposants, cette galerie a pu continuer à se faire le «miroir» de la communauté. Les étapes qui ont conduit à la création de cette galerie et le quart de siècle de son histoire ont démontré que la réussite d'un tel lieu relève non seulement d’une architecture, mais aussi de la vision qui motive les intéressés – vision composée de curiosité, d'audace et de détermination –, sans quoi les plus belles salles restent vides.