Par Bernard Mulaire, membre de la SHGP

L'histoire du carré Saint-Louis, à Montréal, et de son voisinage, est intimement liée à celle des artistes qui y ont résidé. En premier lieu le poète Émile Nelligan qui a habité avec sa famille sur l'avenue Laval, à l'ouest du carré. Et puis, plus près de nous, y ont vécu des créateurs notoires, par exemple la chanteuse Pauline Julien, les cinéastes Gilles Carle et Claude Jutra, ainsi que les écrivains Michel Tremblay et Gaston Miron. Aujourd'hui, des tours guidés indiquent leurs lieux de résidence.

Entre l'époque de Nelligan, fin XIXe siècle, et celle de Miron, durant les dernières décennies du XXe, le carré et son voisinage ont beaucoup changé. D'abord quartier de la haute bourgeoisie, ils ont ensuite accueilli une population hétéroclite. Dans Carré Saint-Louis, Jean-Jules Richard décrit le quartier tel qu'il se présentait au cours des années 1960 : « .cet ancien quartier chic envahi maintenant par les pauvres, les artistes, les bohèmes de la vieille garde et depuis peu par les beatniks et les hippies. ». C'était sans parler des motards et des vendeurs de drogue.

Bien sûr, plusieurs des grandes demeures du quartier avaient subi d'importantes modifications pour accommoder cette nouvelle clientèle, devenant des maisons de chambres ou avaient été subdivisées en petits logis, avec cohabitation de souris et de coquerelles.

L'École des beaux-arts de Montréal (EBAM), créée rue Saint-Urbain en 1922, contribuait à la réputation « bohème » du quartier. Elle fut au cour des transformations sociales qui ont secoué l'époque et conduit l'EBAM à intégrer en 1969 l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

L'artiste Pauline Morier, implantée à Montréal en 1965, habita le quartier pendant une quinzaine d'années. Elle illustre bien la faune artistique de l'époque. Après avoir complété ses études en arts plastiques en sa province natale, le Manitoba, et avait d'abord voyagé en Europe. À l'époque, Montréal était la capitale des arts du Canada.

À son arrivée dans la métropole, l'artiste loua une chambre sur l'avenue Saint-Hubert derrière l'École Cherrier. L'année suivante et jusqu'en 1968, elle était avenue Laval, au sud du carré. Puis, après un hiatus d'un an au Mexique, elle s'installa sur la rue Saint-Denis à l'est du carré. Au début des années 1970, on la retrouve sur Henri-Julien au nord du carré. À cette époque, l'artiste tient atelier dans une chambre au 3686 Laval (ancienne demeure Nelligan). Viennent ensuite l'avenue Berri, à l'est, et un retour à l'ouest du carré sur l'avenue Hôtel-de-Ville. En 1981, l'artiste élit domicile avenue Garnier en plein cour du Plateau.

Résidante du voisinage immédiat du carré Saint-Louis, Pauline Morier en a gardé un profond attachement. Dès le début, l'architecture victorienne des maisons l'a fascinée. Tourelles, pignons, corniches et balcons virevoltent alors dans ses toiles. Un ami de la première heure, Pierre Ryan, ayant fondé la troupe de théâtre « du Carré », la voilà qui participait aux décors et aux costumes de deux des pièces du fondateur présentées à l'UQAM et à la Bibliothèque Saint-Sulpice.

Au cours des années 1970, Morier exposa à la galerie Véhicule art, sur la rue Sainte-Catherine, et au centre féministe Powerhouse / La Centrale électrique sur Saint-Dominique, dont elle siégea au conseil d'administration. De 1978 à 1980, elle animait « La Chronique des arts visuels » sur les ondes de Radio Centre-ville. Les studios se trouvaient dans l'édifice Cooper sur le boulevard Saint-Laurent, angle Duluth. Elle y croisa Kevin Cohalan, l'actuel vice-président de la SHGP, qui confie avoir lui-même déménagé quasiment aux six mois dans le voisinage du carré fin années 1960 début années 1970.

Depuis ses débuts, Pauline Morier a exposé plusieurs fois en groupe et en solo au Québec, notamment dans le cadre d'une exposition itinérante de la Ville de Montréal, et dans les maisons de la culture du Plateau, de Laval et de Mercier, ainsi qu'au Manitoba et en Ontario. Elle fut l'une des instigatrices du dépôt des archives de Powerhouse à l'Université Concordia et oeuvra en tant que collaboratrice et correctrice à la revue montréalaise esse arts + opinions.

Le goût du voyage, de l'engagement et de la peinture n'a jamais quitté l'artiste. À l'été 2012, elle passa un mois à Munich et à Berlin, inscrite à un cours d'allemand, études qu'elle poursuit à Montréal. Dans son voisinage actuel sur le Plateau, elle se consacre à « L'aide au devoir » destinée aux écoliers et, à l'ère du numérique, partage ses recherches picturales passées et présentes sur son site Web www.paulinemorier.com.

Sources

-Annuaire de Montréal « Lovell » 1965-1985, site Web de Bibliothèque et Archives nationales du Québec

- Jean-Jules Richard, Carré Saint-Louis, Montréal, L'Actuelle, 1971, p. 10

PHOTOS

  1. Pauline Morier, La maison (sur Saint-Hubert), encre de chine, 1965. Tiré d'une lettre de Pauline Morier à sa mère.
  2. Pauline Morier dans son atelier, rue Laval, vers 1967-1968. Photo Pierre Morier.
  3. Pauline Morier, Rue Laval, acrylique sur toile, 1970. Coll. Société historique de Saint-Boniface (Man.), fonds Claude-Dorge, A-002.
  4. Pauline Morier, Carré St-Louis, acrylique sur toile, 1971. Coll. Lorraine Poitras, Kingston (Ont.). Photo Martine Bresson.