Encadré
Charles Dauphin (1807-1874), SCULPTEUR ORNEMANISTE ET STATUAIRE

Surtout connu comme sculpteur d'ornements et de statues religieuses, Charles Dauphin a tenu à Montréal un des ateliers les plus importants de son temps. Dans le domaine religieux, on lui connaît notamment, outre les modèles des statues de la façade de la basilique Notre-Dame de Montréal, et en bois, le Christ polychrome de la cathédrale Notre-Dame d'Ottawa (1846), la Vierge des navigateurs, qui surplomba l'abside de la chapelle Notre-Dame-de-Bonsecours, à Montréal, de 1848 à 1892 (œuvre maintenant conservée à l'intérieur de la chapelle), la trentaine de statues (1868-1870), des anges surtout, couronnant le buffet de l'orgue Louis-Mitchell en l'église Holy Family à Chicago, et les trois personnages de la Sainte-Famille (1870-1872) taillés pour l'ancienne chapelle de Nazareth, à Montréal, et dont le Saint Joseph a été retrouvé dans la collection du Comité de construction et d'art sacré de l'Archevêché de Montréal.

Le Jacques Cartier que Dauphin sculpta en 1861 représente sa première œuvre connue qu'il consacra à la mémoire d'une de nos gloires nationales. Sa participation à l'illustration du «catéchisme national» n'en resta pas là. En 1861, son crayon esquissait les traits de Montcalm et il entreprenait, sembl[e]-t-il, une statue en pied de M. Quiblier, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal. L'année précédente, il avait fait deux bustes de M. Olier, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice à Paris, pour le séminaire de Montréal, intérêt qui donna lieu en 1864 à une statue en pied de M. Olier pour le jardin du même séminaire. À la mort du sculpteur, on dira qu'il avait aussi bustifié Denis-Benjamin Viger et Louls-Hippolyte Lafontaine, les anciens Patriotes.

La double activité statuaire de Dauphin n'aurait pas déplu à Napoléon Bourassa, lui le gendre de L.-J. Papineau, qui, entre autres, avait modelé en 1858 un buste de Jacques Cartier d'après le portrait Riss-Hamel, et qui élabora dans ses écrits et dans ses œuvres une esthétique tout ancrée dans la glorification des héros nationaux et de la religion. Dauphin a d'ailleurs la distinction parmi les sculpteurs d'ornements et de statues religieuses du Québec d'avoir mérité l'estime, même si tempérée, des sculpteurs académiques.

Bourassa, le premier, rédigea quelques notes sur Dauphin. Dans un texte publié en 1867, traitant de la chaire George-Ducharme de l'église Saint-Jacques de Montréal, Bourassa aborda le sujet des statuettes et des ornements la décorant, conçus et réalisés par Dauphin et son confrère d'atelier, Augustin Buteau (1828-1871). Tenant compte des contraintes de temps et de rémunération dans lesquelles Dauphin avait dû travailler, Bourassa conclut: «M. Dauphin était aussi bien doué pour devenir un excellent statuaire que Nicolas et Jean de Pise, que le Ghiberti et Donatello, ces illustres devanciers de Michel-Ange. Né sous le même ciel, dans les mêmes conditions que ces hommes fortunés, notre compatriote aurait laissé comme eux des œuvres précieuses pour ses successeurs.» Malgré les réticences, on sent de la part de Bourassa une réelle sympathie pour Dauphin. Il y a pire recommandation que la compagnie des devanciers de Michel-Ange!

L'appréciation de Bourassa a pu influencer le disciple de celui-ci, Louis-Philippe Hébert, «sculpteur national», qui, en 1906, écrivit au sujet de Dauphin : «C'était un primitif. Il arrivait à rendre son émotion sans connaître son métier [entendons par là que Dauphin n'avait pas reçu de formation académique]; son tempérament artistique manquait de culture, mais il avait un talent réel.»

Enfin, même un Britannique, le sculpteur Hamilton MacCarthy (1846-1939), louangea Dauphin. Tenant ses propos d'Alphonse Lusignan, avocat et homme de lettres, il publiait en 1898 : [traduction libre] «Lusignan lui-même accorde la palme [du meilleur sculpteur parmi les anciens] à Charles Dauphin [...] qui semble avoir été le plus prolifique d'entre eux. Il se spécialisa dans la statuaire religieuse, et ses œuvres sont dans toutes les églises du diocèse [de Montréal] et même dans certaines paroisses voisines, aux États-Unis. Burlington, Plattsburg, Swanton en ont. Il était un vrai sculpteur, ses statues de saints étant imprégnées d'émotion; elles paraissent animées par l'inspiration; à les voir, on dirait que leur auteur possédait le sentiment inné de l'art, en plus de faire preuve d'un éclectisme tout à lui; qu'il était aussi un rêveur, un être sensible plein d'idéal et qu'il aimait le beau pour le beau.»

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