Gosselin, Marie-Scholastique (Sœur)(p. 357 et 358)

Née le 11 juin 1806 à Sainte-Famille (île d'Orléans, Québec), décédée le 5 octobre 1876 à Saint-Boniface (Manitoba). Statuaire, tisserande, religieuse et sacristine. Marie-Scholastique Gosselin doit être considérée parmi les toutes premières artistes et artisanes de tradition européenne qui aient travaillé dans l'Ouest canadien. Comme elle a été religieuse au couvent des Sœurs Grises à Saint-Boniface, il est possible de retracer son activité grâce aux archives de cette communauté.

Selon cette documentation, le foyer paternel aurait été pour sœur Gosselin «une école de théorie austère» qu'elle a «mise en pratique dès le plus bas âge». Professe chez les Sœurs Grises à partir du 8 juillet 1828, sœur Gosselin se signala pendant dix-huit ans à la maison mère de Montréal par ses soins donnés aux orphelins. En 1846, elle accepta une obédience au couvent de la Rivière-Rouge (Saint-Boniface). Elle arriva à destination le 5 septembre de la même année avec le troisième groupe de religieuses de sa communauté assignées au Nord-Ouest.

Dès le lendemain de son arrivée, sœur Gosselin fut élue l'une des administratrices de la maison missionnaire établie depuis deux ans seulement. Comme fonctions lui étaient dévolues celles de sacristine à la cathédrale de Saint-Boniface et à la chapelle du couvent. Elle devait aussi s'occuper du linge des chapelles des diverses missions et veiller à l'entretien de l'évêché.

À l'hiver de 1847, sœur Gosselin, qui avait appris à peigner la laine chez les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal, mit ses connaissances au profit du tissage d'une étoffe devant servir aux robes des religieuses. La chronique rapporte qu'elle «fournit aux sœurs fileuses une laine aussi soyeuse que la soie». Les sœurs devaient justement enseigner les arts ménagers aux jeunes filles du pays.

L'année suivante, sœur Gosselin participa avec sœur Marie-Eulalie Lagrave* à la confection d'une statue en carton-pâte de l'Immaculée Conception. Ce fut la première œuvre sculpturale de tradition européenne fabriquée à la Rivière-Rouge. Les missionnaires du Nord- Ouest, les Oblats de Marie-Immaculée, vouaient naturellement une dévotion toute spéciale à la Vierge, leur protectrice.

La sœur sacristine aida également sœur Lagrave en 1856 à faire une Madone pour la mission du lac Sainte-Anne (près d'Edmonton, Alberta). Pour la fête de Noël, elle prépara une crèche dans la chapelle et, en 1859, elle fit des fleurs pour les églises du diocèse.

Ménagère à l'évêché, sœur Gosselin était sur les lieux lors de l'incendie de la cathédrale en décembre 1860, incendie dont le père Charles Mestre, un des résidents de la maison épiscopale, a laissé une émouvante description. En agissant promptement, elle réussit à sauver plusieurs ornements rangés dans la sacristie.

Sœur Gosselin connut un dernier moment d'activité artistique vers le déclin de sa vie. Le 13 mars 1873, elle présenta à la supérieure une Madone qu'elle avait réparée. C'est à la même époque qu'elle aurait fait la Vierge en carton-pâte pour la chapelle votive du Bon-Secours à Saint-Norbert (Manitoba). Cette chapelle fut bénie en 1875.

Le modèle de la statue à Saint-Norbert diffère des types courants en ce que la Vierge porte dans la main gauche une tige dont chaque extrémité retient une boule, la plus petite faisant basculer la plus grosse. Sœur Gosselin avait exprimé une pensée du curé, Mgr Noël-Joseph Ritchot qui, suppose-t-on, voulut ainsi symboliser la victoire du petit peuple métis sur ses puissants adversaires lors des troubles de 1869. Une jeune élève du couvent des Sœurs Grises à Saint-Norbert aurait secondé la religieuse dans la fabrication de cette statue. La doyenne aurait en effet eu besoin d'aide parce qu'elle perdait alors la vue, du moins d'après ce qu'il fut rapporté en 1875.

Toute l'existence de sœur Gosselin fut marquée du sceau de la régularité et de l'humilité. À son décès, une religieuse, écrivant aux religieuses de Saint-Boniface depuis la maison-mère, brossa d'elle cette appréciation : «Ses talents n'ont pas été brillants, mais elle a profité de ceux que le Bon Dieu lui a confiés; heureuse d'avoir passé sans bruit; elle n'emporte aucune responsabilité, et la vertu croît si bien à l'ombre.»

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