Poèmes de Alexandre Pouchkine

Alexandre POUCHKINE (1799-1837) 

Le fondateur de la littérature russe, un des créateurs du russe littéraire, né à Moscou. Il a écrit, excepté de nombreux vers lyriques, beaucoup de poèmes romantiques: “Rousslan et Lioudmila”, “La Gavriliade”, “Les Bohémiens”, “Boris Godounof”, “Eugène Oniéghine”. On a de lui quelques ouvrages en prose: “La Dame de pique”, “La fille du Capitaine” “Doubrovskï“ . On connaît ses griefs contre la société où il était né. Pouchkine rêvait d'une liberté à laquelle son pays n’était pas encore préparé. Provoqué en duel par le baron G.Dentès. il fut tué le 27.01.1837.

 


Stances.
(à Eudoxie)

Avez-vous vu la tendre rose,
L’aimable fille d’un beau jour,
Quand au printemps à peine éclose,
Elle est l’image de l’amour?

Telle à nos yeux, plus belle encore,
Parut Eudoxie aujourd’hui:
Plus d’un printemps la vit éclore,
Charmante et jeune comme lui.

Mais, hélas! Les vents, les tempêtes,
Ces fougueux enfants de l’hiver,
Bientôt vont gronder sur nos têtes,
Enchainer l’eau, la terre et l’air.

Et plus de fleurs, et plus de rose,
L’aimable fille des amours
Tombe fanée à peine éclose:
Il a fui, le temps des beaux jours!

Eudoxie, aimez! Le temps presse;
Profitez de vos jours heureux!
Est-ce dans la froide vieillesse
Que de l’amour on sent les feux?
Alexandre Pouchkine (1814)
Écrit dans l’original en français.
( Editions de A.S.Souvorin, Russie, 1903)
 


Mon portait.
(à baron P.F.Grevenice)

Vous me demandez mon portrait,
Mais peint d’après nature:
Mon cher, il sera bientôt fait,
Quoique en miniature.

Je suis un jeune polisson
Encore dans les classes;
Point sot, je le dis sans façon
Et sans fades grimaces.

Oui! Il ne fut de babillard,
Ni docteur de Sorbonne
Plus ennuyeux et plus braillard
Que moi-même en personne.


Ma taille, à celle des plus longues,
Las n’est point égalée;
J’ai le teint frais, les cheveux blonds
Et la tête bouclée.

J’aime et le monde, et son fracas,
Je haïs la solitude;
J’abhorre et noises, et débats,
Et tant soit peu l’étude,

Spectacles, bals me plaisent fort,
Et d’après ma pensée,
Je dirais ce que j’aime encore,
Si je n’étais au Lycée.

Après cela, mon cher ami,
L’on peut me reconnaître:
Oui! Tel que le bon Dieu me fit,
Je veux toujours paraître.

Vrai démon pour l’espièglerie,
Vrai singe par sa mine,
Beaucoup et trop d’étourderie,
Ma foi, voilà Pouchkine.
Alexandre Pouchkine (1814)
Écrit dans l’original en français.
( Editions de A.S.Souvorin, Russie, 1903)
 

Le Prophète 

Tourmenté d’une soif spirituelle,

j’allais errant dans un sombre désert,

et un séraphin à six ailes m’apparut

à la croisée d’un sentier.

De ses doigts légers comme un songe,

il toucha mes prunelles.

Mes prunelles s’ouvrirent voyantes

Comme celles d’un aiglon effarouché.

Il toucha mes oreilles,

elles se remplirent

de bruits et de rumeurs.

Et je compris l’architecture des cieux

et le vol des anges au-dessus des monts,

et la voie des essaims

d’animaux marins sous les ondes,

le travail souterrain

de la plante qui germe.

Et l’ange, se penchant vers ma bouche,

m’arracha ma langue pécheresse,

la diseuse de frivolités et de mensonges,

et entre mes lèvres glacées

sa main sanglante

il mit le dard du sage serpent.

D’un glaive il fendit ma poitrine

et en arracha mon coeur palpitant,

et dans ma poitrine entrouverte

il enfonça une braise ardente.

Tel un cadavre,

j’étais gisant dans le désert,

Et la voix de Dieu m’appela:

Lève-toi, prophète,

vois, écoute et parcourant

et les mers et les terres,

Brûle par la Parole

les coeurs des humains.

 

  • Alexandre Pouchkine,

  • traduit par le poète français

  • Prosper Mérimée( 1803-1870)

  • 21 mars 1856


  • L’Antchar 

    Dans un désert avare et stérile,
    Sur un sol calciné par le soleil,
    L’antchar, tel une vedette menaçante,
    Se dresse unique dans la création.
     
    La nature, dans ces plaines altérées,
    Le planta au jour de sa colère,
    Abreuvant de poison ses racines
    Et la pâle verdure de ses rameaux.
     
    Le poison filtre à travers son écorce,
    En gouttes fondues par l’ardeur du midi;
    Le soir, il se fige en gomme
    Epaisse et transparente.
     
    L’oiseau se détourne à son aspect,
    Le tigre l’évite;
    Un souffle de vent courbe son feuillage;
    Le vent passe, il est empesté.
     
    Une ondée arrose un instant
    Ses feuilles endormies,
    Et de ses branches tombe
    Une pluie mortelle sur le sol brûlant.
     
    Mais un homme a fait un signe,
    Un homme obéit; on l’envoie à l’antchar,
    Il part sans hésiter,
    Et le lendemain il rapporte le poison.
     
    Il rapporte la gomme mortelle,
    Des rameaux et des feuilles fanées,
    Et de son front pâle,
    La sueur découle en ruisseaux glacés.
     
    Il l’apporte, chancelle,
    Tombe sur les nattes de la tente,
    Et le misérable esclave expire
    Aux pieds de son prince invincible.
     
    Et le prince, de ce poison,
    Abreuve ses flèches obéissantes.
    Elles vont porter la destruction
    A ses voisins, sur la frontière.
     
  • Alexandre Pouchkine,

  • traduit par le poète français

  • Prosper Mérimée( 1803-1870)

  • 21 mars 1856


  • La Chanson

    (du poème “Les Bohémiens”)

     L’oiselet du bon Dieu

    ne connaît ni souci ni travail.

    Pourquoi se fatiguerait-il

    à tresser un lit solide et durable?

    La nuit est longue,

    un rameau lui suffit pour dormir.

    Vienne le soleil en sa gloire,

    l’oiselet entend la voix de Dieu.

    Il secoue ses plumes

    et chante sa chanson.

    Après le printemps,

    splendeur de la nature,

    vient l’été avec ses ardeurs;

    Puis arrive le tardif automne

    amenant brouillards et froidure.

    Pauvres humains, tristes humains!

    Vers de lointaines contrées,

    en de tièdes climats,

    au delà de la mer bleue,

    L’oiselet s’envole

    jusqu’au printemps.

  • Alexandre Pouchkine,

  • traduit par le poète français

  • Prosper Mérimée( 1803-1870)

  • 14 avril 1852


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