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Castor
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18 septembre 1999


Va savoir.

Le petit de l'homme,
tombé de la femme comme un fruit mûr,
est arrivé tout nu.
Tout nu du dehors, et tout nu du dedans.
Quelques vagues impressions dans son cerveau vent,
une envie sûre de téter sucré,
des petits doigts grappins à l'assaut de seins durs,
quelques pleurs en réserve, et c'est tout.
Innocent jusqu'à l'os,
ignare de son métier d'humain,
dépourvu, dépendant, bégayant,
vierge à la matrice vierge,
bon à rien,
prêt à tout.

Il faut lui dire le mou, le dur ; le chaud, le froid ;
le poli, le rugueux ;
le rire et le masque ;
le présent, le passé ...
Le parti.
Le coucou.
Le debout.
Le coucher.
Le prends garde de tomber.
Il faut le polir, le construire, l'ouvrir et le fermer,
le coucher vingt fois sur le métier,
l'aimer et le toucher sans cesse,
couche par couche habiller corps et âme...
Il faut vraiment tout lui dire.
Il faut vraiment tout faire.
Non, mais ça fait vingt fois que je te le dis !
Puis, une fois, c'est la bonne !
Il sait : Qu'il est dur de tomber,
que l'amour est mou,
que papa parti,
Noël et les cadeaux.

Puis c'est compliqué.
On ne peut tout savoir.
Le petit de l'homme s'échappe.
Une, deux, trois, j'irai dans les bois.
Quatre, cinq, six, faire des exercices .
Sept, huit, neuf, dans des cahiers neufs .
C'est quoi l'océan, c'est où le cosmos,
c'est pourquoi la vie, c'est quand la fin du monde.
Est-ce que deux plus deux,
ça fait quatre jusqu'à l'infini .
L'école. L'école... L'école !
La chambre en désordre et l'ordinateur.
La musique, les amis, les amours.
Le bicycle, la musique, les amis.
Et l'amour, et la peine, et l'amour.
La mort.
Qui suis-je ? et qui suivre ?
Et puis tout à coup devant soi ,
partout autour,
derrière, et dessus et dessous,
l'UNIVERS...
« l'immense abîme béant »,
la somme...
l'incommensurable et monstrueux point d'interrogation.
DIEU ?

Et de fouiller jusqu'à plus soif
le puits sans fond de la connaissance connue.
Le petit de l'homme,
toujours de plus en plus petit de sa gigantesque ignorance,
creuse sans fin le sable du grand sablier.
Il enferme entre des murs épais
le peu qu'il trouve.
Il appelle le voisin,
lui raconte ;
la voisine,
lui explique ;
le cousin, l'étranger, le passant, insiste,
lui montre.
Sa vie est sous étude.
Sa maison, des mots.
Son repos, savoir.
Son angoisse, insatiable.

Et creuse l'Avant, et fouille l'Après.
Et puis c'est un peu partout la guerre :
Une du Golf,
une du Liban.
Une pour le sol, une pour le pétrole,
une pour l'eau.
Pour le sang.
Et toujours, dans ses semblables,
il retrouve le primate,
le bipède pédant,
le Jésus,
l'Attila,
Caïn et la Belle,
la bête et l'abrupt,
Crésus et François,
Roméo et Néron,
Juliette et Judas,
Marie et Madeleine.
Toujours dans la maison d'aluminium,
la grotte de Lascaux.
Dans l'auto de l'année, le cheval écumant.
Sous le sourire, la canine.
Sous le rire, le cri.

Le petit de l'homme mûrit dangereusement
sous le soleil assassin.
Il compte les jours,
scrute ses urines,
échafaude des châteaux de cartes,
néglige ses amours,
abat arbres et hommes,
creuse et le roc et sa tombe.
Court après l'argent du temps,
pleure sous la pelure.

La tâche est titanesque.
Rien ne coule plus de source.
L'économie suppure ses milliardaires.
Ras le bol de riz !
Toutes les mers sont noires.
Les ports ont disparu.
Il nous faudrait des phares.

Le petit de l'homme s'est éreinté à porter son doute.
Il est reparti tout nu.

Il faudra lui apprendre le léger,
l'insaisissable,
l'infini,
l'âme.
Tout apprendre,
toujours.
L'amour d'abord.
Sans savoir où il va.

Paul Ouellet
Lac Lamotte,
Abitibi.

Francité
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