C'est sans doute un relent de ma prime jeunesse si je me retrouve, encore une fois, à subir les affres d'un déménagement au mois de mai. J'ai, en effet, vu le jour, fin avril, chez ma tante parce que ma mère avait choisi d'y accoucher car toute la famille déménageait dans la maison à côté. C'est donc plus fort que moi, lorsqu'arrive le mois de mai, la bougeotte me prend. "Je suis tombé d'dans quand j'étais p'tit" comme dirait Obélix. Les plus vieux d'entre vous se souviendront que, dans l'temps, on déménageait le 1er mai. C'était sans doute pour que dans la très catholique province de Québec, personne ne songe à célébrer la fête internationale des travailleurs. On tenait donc les prolétaires occupés en les faisant déménager.

                    Il faut dire que, dans l'temps, lorsqu'on déménageait, on quittait rarement son quartier, voire sa paroisse, ce qui ne causait pas le très gros problème d'avoir à changer d'école en cours d'année. Pour nous, quitter la paroisse était exclus car mon père était maître chantre et assistant maître de chapelle. Il ne fallait donc pas trop s'éloigner de l'église. Depuis, nous savons tous que cette date des déménagements a été déplacée au 1erjuillet. Non, ce n'est pas un complot ourdi par les séparatisssses pour ne pas célébrer la fête du Canada. Nous avons juste à penser à Jean Chrétien et àStéphane Dion et nous avons amplement de raisons de ne pas célébrer ce cauchemar.

                    Je vous conte tout ça car c'est en mai 1990 que nous sommes venus, Mariette et moi, habiter le logement que nous quittons cette année. Nous le quittons parce que le proprio a mis la maison en vente à la mi décembre ce qui fait que, s'il avait trouvé preneur à ce moment là, on risquait de se faire mettre à la porte comme de vulgaires va-nu-pieds par le nouvel acquéreur qui aurait sans doute opté pour occuper le logement du bas. Ayant pris conscience de la précarité que représentait notre état de locataire, nous avons décidé d'acheter une maison. "Passe encore de bâtir. . ." comme disait l'autre.

                    Je crois avoir cédé à un autre conditionnement de jeunesse. En effet, durant les 55 années où j'ai connu mon père, son plus grand regret a été de ne pas être propriétaire. C'est sans doute ce leitmotiv inconscient qui m'a poussé, à l'automne de ma vie, à acquérir une propriété. "Mais que diable suis-je venu faire dans cette galère" comme dirait Molière ou Cyrano de Bergerac (la polémique perdure sur l'auteur de cette apostrophe). En même temps où j'ai grossi les rangs des propriétaires, les emmerdes ont commencé. "Peinturage" des murs et des plafonds , sablage des planchers, rehaussement de l'ampérage, établissement d'un chauffage d'appoint, rénovation de la cuisine avec la pause de nouvelles armoires, comptoir, évier, lave-vaisselle, etc.

                    C'est en faisant exécuter ces travaux que je me suis rendu compte que la spécialisation des métiers avait quelque chose de semblable à celle de la médecine. Lorsque je rencontre mes spécialistes et que je me plains de certaines douleurs, celui de la tension artérielle me réfère au vasculaire, ce dernier au physiatre, celui-ci à l'urologue qui me dit qu'avec un cancer de la prostate et une opération à la colonne vertébrale, il est normal d'avoir des douleurs qu'il ne soit pas possible de guérir. De même, lorsque j'ai demandé de faire certaines améliorations à mon appartement, les peintres m'ont référé aux plâtriers, ceux-ci au plombier, celui-ci aux électriciens qui m'ont suggéré d'en parler au poseur d'armoires, ce que j'ai fait. Il m'a alors dit que, dans une maison qui date des années 30, il est normal d'avoir des imperfections qu'on ne puisse réparer.

                    Quoiqu'il en soit, comme nous avons été heureux depuis les dix années que nous avons vécues dans notre appartement, il n'y a aucune raison pour que nous ne le soyons pas dans notre nouvelle demeure. Il en va du bonheur comme des peines, on le charrie avec soi partout où on va.

Francité

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