Noël, 2000 ans plus tard

La jeune Marie, 14 ans, arpentait la rue Sainte-Catherine, de la Place des Arts à la rue Bleury, à la recherche de quelques sous pour lui permettre de prendre son seul repas de la journée. Elle avait été jetée à la rue lorsque ses parents avaient aperçu sa grossesse. Eh oui! elle est enceinte la petite Marie et le garçon qui lui a fait cet enfant l'a plaqué là après l'avoir traitée de putain.

Joseph, un ami de longue date, qui l'a toujours aimée, vient d'arriver et marche maintenant à côté d'elle. Il vient la rejoindre chaque jour, après ses cours, pour la réconforter et la soutenir. Il aurait bien épousé Marie pour sauver les apparences et lui faire trouver grâce auprès de sa famille; mais il n'a que 15 ans et terminera son secondaire au mois de mai. Il n'a donc pas les moyens financiers de subvenir aux besoins d'une femme et d'un enfant. Ses parents à lui aimeraient bien recueillir la jeune fille mais leur propre misère les prive de cette générosité.

Ce soir de décembre est particulièrement froid et Marie a commencé à ressentir des douleurs depuis midi. Il est maintenant 22h00 et ils n'ont toujours pas ramassé assez d'argent pour permettre à la future mère de prendre un repas au restaurant du coin. Les gens sont trop pressés et trop heureux, en cette veille de Noël, pour s'attarder à la misère de deux jeunes. Même les poubelles sont désespérément vides en ces jours de fête.

Les contractions sont de plus en plus fréquentes. Marie et Joseph se dirigent péniblement vers une bouche de Métro, près de la Place des Arts, qui projette, de temps à autre, une chaleur bienfaisante. Des itinérants y sont déjà dont quelques-uns visiblement couchés pour la nuit. Mais qu'importe la misère, la nature fait son oeuvre. L'accouchement a lieu au moment précis où quelques fêtards s'époumonent à crier: JOYEUX NOËL, JOYEUX NOËL.

L'enfant pleure, ce qui réveille les itinérants qui dormaient tout près de là. Prestement, un d'entre eux jette sa couverte de finette sur la jeune mère et son enfant pour les prémunir contre la morsure du froid. Un autre fabrique des langes avec des guenilles et des sacs de plastiques pour emmitoufler l'enfant, pendant qu'un troisième ordonne à son berger allemand de se coucher et dépose l'enfant entre les pattes du chien. Celui-ci réchauffe de son corps le précieux colis qu'on vient de lui remettre.

Ils sont tous agenouillés, Marie qui regarde l'enfant, Joseph qui regarde Marie et les trois itinérants émus par cette scène et qui répriment une larme devant tant de beauté et d'innocence, qui vient d'éclore au centre de leur misère.
- C'est un garçon dit Marie.
- Nous l'appellerons Jésus, dit Joseph, et je serai son père.
- En l'appelant Jésus, tu n'as pas peur qu'on le crucifie dit Marie.
- Si c'est là sa mission que pouvons-nous y faire. Qui sait, sa venue au monde dans un état si pitoyable va peut-être faire en sorte qu'il va faire de grandes choses pour s'en sortir et en sortir ses semblables.

Un des itinérants dit:
- Il faut cacher ce petit être innocent durant quelques jours car si les agents de la DPJ le trouvent, ils vont l'enlever à Marie et le placer dans un endroit où son corps aura chaud; mais où son coeur aura froid.
Et un autre d'ajouter:
- Ces Hérode là, y faut s'en méfier. Quand c'est grave y z'interviennent pas pis quand tu fais ton possible pour garder ton enfant, y te l'enlèvent.

Le bruit a vite couru de cette naissance dans des conditions inhumaines et les itinérants ont assuré la relève pour permettre de garder la jeune mère et son fils à l'abri des regards indiscrets. Oh! il y a bien eu quelques passants qui, émus, ont jeté quelques pièces de monnaies dans le vieux chapeau qui traînait là mais tout juste de quoi soutenir Marie et acheter du lait pour son Jésus. Ils réchauffaient le lait en plaçant le contenant directement sur leur peau, chacun leur tour, jusqu'à ce qu'il soit buvable pour le bébé.

Après 5 jours, Marie et Joseph ont décidé de tenter de trouver un gîte plus confortable. Ils se sont dirigés, avec leur précieux trésor, vers la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, toujours rue Sainte-Catherine mais cette fois, près de la rue Saint-Denis. La chaleur du lieu mêlé à celle émanant des nombreux lampions qui s'y consument à journée longue, leur a extirpé un large sourire et l'enfant, comme s'il voulait remercier Dieu d'avoir créé la chaleur se mit à gazouiller.

Je regrette vraiment pour ceux et celles qui n'aiment pas les fins heureuses mais le curé de la paroisse a recueilli la mère et l'enfant. Oh! il les a quelque peu semoncé pour avoir utiliser le nom de Jésus comme prénom pour l'enfant; mais il a fait en sorte que tout se termine bien. Il faudra attendre 2030 pour voir si ce nouveau Jésus commencera à faire des miracles. Qui sait, peut-être sera-t-il capable de rayer la misère de la surface de la terre?

Deo Gratias.

Francité

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