Maurice Richard
1921 - 2000

Depuis hier, soit le 27 mai à 17h40, on tente de nous faire croire que Maurice Richard est mort; comme si une légende pouvait mourir! Bien sur, l'homme est décédé car il n'était qu'un homme et c'est précisément pourquoi il est devenu une légende. Eusse-t-il été un surhomme que ses exploits auraient passé inaperçus.

Maurice Richard était un des nôtres. Ce francophone, issu d'une famille ouvrière appauvrie par la crise économique, allait devenir, bien malgré lui, le symbole de la lutte d'un peuple pour s'affranchir de ses conquérants, les Anglais, et pour allumer à l'intérieur de chacun de nous la fierté d'être ce que nous sommes.

J'avais 6 ou 7 ans lorsque j'ai "vu" jouer Maurice Richard pour la première fois. Je dis "vu" car la description des matchs par Michel Normandin à la radio, nous faisait littéralement "voir" le Rocket: "prendre possession de la rondelle derrière le filet du Canadien, traverser la patinoire en trombe ou à l'emporte pièce, puis traverser la ligne bleue, telle une locomotive, avec un ou deux joueurs adverses sur le dos, contourner la défense et déjouer le gardien avec un lancé du revers d'une seule main." Cela avait pour effet de nous faire bondir de nos sièges. C'est cette vision de Richard que 95% des québécois et québécoises avaient et ce, bien avant l'arrivée des matchs télévisés.

Le petit peuple, en effet, n'avait pas accès au Forum car, sous l'impulsion de Maurice Richard, celui-ci était plein à tous les matchs et les prix des billets, quoique fort raisonnables en comparaison de ceux d'aujourd'hui, étaient hors de portée de la majorité des montréalais. On devait donc se rabattre sur la radio et Michel Normandin faisait objet de caméra. Il est donc aisé de comprendre pourquoi, Maurice Richard est toujours aussi populaire et ce même auprès de ceux et celles qui n'étaient même pas né-e-s au moment où celui-ci jouait au hockey. Il était déjà l'idole de tous les québécois d'alors, même si ceux-ci ne l'avaient jamais vu jouer non plus. C'est ainsi que se font les mythes. Les fans de Maurice ont su transmettre aux générations qui ont suivi la fierté de s'identifier à un homme tel que lui.

La fougue du Rocket, son désir de vaincre et son caractère qui faisait qu'il ne s'en laissait pas imposer par personne, ont eu tôt fait de permettre au peuple de s'identifier à lui. Tous se plaisaient à voir ce francophone faire la barbe aux Anglais et à se battre pour venger les insultes racistes qu'on lui adressait ou remettre à leurs places ceux qui cherchaient à lui barrer la route ou à le blesser intentionnellement. La bataille qui a précédé ce qui allait devenir "l'émeute du Forum" ne fut qu'un prétexte pour les dirigeants des autres équipes et leur valet Clarence Campbell de tenter de mâter ce "frenchie".

C'est du moins la façon dont le Rocket l'a toujours perçue et c'est également la façon dont le peuple du Québec l'a perçue à l'époque. Peu me chaud que le fédéraste Émile Genest, ce figurant des films de Walt Disney qui se pique de connaître quelque chose au hockey parce qu'il a joué le rôle de Napoléon Plouffe, entraîneur de Guillaume, dans le téléroman de Roger Lemelin, dise que tout cela n'est que foutaise et que la suspension du Rocket était méritée. Il était bien le seul québécois à penser cela à l'époque et il s'est bien gardé de le dire à ce moment là.

Ti-cul, je mettais la main sur tous les journaux qui entraient dans la maison pour découper les photos et les articles qui parlaient de Maurice Richard. Je les comptais, les classais et les collais dans des "Scrap Book". Je me souviens de la fois où il avait marqué 5 buts et fourni trois passes dans une victoire de 8 à 4 des Canadiens contre Détroit et ce, après avoir passé la journée à déménager. Cette autre fois où il avait marqué 5 buts contre Toronto dans un match des séries éliminatoires. Trois de ces buts avaient été comptés alors qu'il sortait du banc des punitions. Je me souviens m'être présenté à l'école, encore tout endormi, deux fois dans la même semaine parce, que Richard avait compté le but victorieux au début de la troisième période de surtemps lors de deux matchs des séries contre Détroit.

On tentera de nous faire croire que Maurice Richard est mort. Les idoles ne meurent pas. Les symboles de s'effacent pas. On aura beau vouloir faire de lui un "canadien" comme on a tenté de le faire avec le titre d'une mini-série, largement subventionnée par le fédéral, et qui lui fut consacrée récemment: "Maurice Richard un grand Canadien" jouant ainsi sur l'ambiguïté du nom du club de Hockey des Canadiens de Montréal pour lequel Maurice a réalisé tous ses exploits, dans la tête et dans le coeur des québécois et québécoises il restera toujours le p'tit gars de chez-nous qui a donné une leçon aux conquérants Anglais.

Ça c'est immortel.

Francité

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