Aide à la colonisation
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Aide à la colonisation

Les programmes d’aide à la colonisation

À la suite de la crise économique de 1929, les programmes de colonisation dirigée (Gordon et Vautrin) permettent de diriger des chômeurs urbains et des fils d’agriculteurs vers les terres inhabitées.

En octobre 1929, une crise économique éclate dans tous les pays occidentaux. Elle amène plusieurs problèmes sociaux, notamment le chômage et la misère qui s’ensuit. L’État retient alors la colonisation agricole pour pallier ces problèmes et pour contrer la grogne populaire. Le gouvernement du Québec offre d’abord aux nouveaux colons des primes d’aide aux défrichements. Il élabore ensuite des programmes de colonisation plus complets, visant à déplacer les chômeurs urbains vers des régions comme Saint-Thomas-de-Cherbourg et Saint-Paulin-Dalibaire, Saint-Nil. Ainsi, dans les années 1930, les programmes de colonisation Gordon et Vautrin contribuent à l’établissement de plusieurs centaines de familles de colons et à la fondation de colonies dans la région.

Le plan Vautrin (en vigueur de 1934 à 1937) s’adresse à une clientèle plus large que le plan Gordon, puisqu’il vise autant les célibataires que les gens mariés, les aspirants colons urbains que les ruraux. L’obligation d’être chômeur ou assisté social est abolie. De plus, le gouvernement améliore l’organisation générale du mouvement de colonisation. Ainsi, les gens qui ne possèdent pas ou peu d’expérience en agriculture arrivent en groupe, tandis que les fils d’agriculteurs s’établissent seuls. Dès leur arrivée sur leur lot de colonisation, les colons habitent dans des tentes de toile. Les plus habiles érigent ensuite les maisons, tandis que les autres construisent les chemins financés par le gouvernement du Québec. Ce dernier fournit les plans des maisons qui doivent mesurer 20 pieds sur 24.

Au tournant des années 1940, deux nouveaux programmes de colonisation sont mis en œuvre : le plan Rogers-Auger (1937-1939) et le plan Bégin pendant la décennie 1940. Ils doivent permettre la consolidation des nouvelles paroisses de colonisation.

En résumé, la crise économique de 1929 entraîne une hausse importante du chômage dans les villes. Les gouvernements du Canada et du Québec inaugurent alors des programmes de colonisation afin de diriger des sans-emploi vers les régions rurales. Plusieurs centaines de familles profitent des plans Gordon et Vautrin pour s’établir dans le Bas-Saint-Laurent. Plusieurs nouvelles localités nées à cette époque doivent par ailleurs leur existence à ces chômeurs de la Crise. Leur venue en Gaspésie sera à l’origine de nouvelles localités.

La colonisation dirigée des années 1930

Le Québec est frappé de plein fouet par la Grande dépression. L’industrie de la construction est particulièrement touchée et, de 1930 à 1933, la valeur brute de la production de bois de sciage se voit réduite de plus de 80 %. Comme le Bas-Saint-Laurent produit le tiers du bois d’œuvre québécois, les répercussions sont immédiates et dramatiques et des milliers de journaliers de scieries et de bûcherons n’ont plus aucun moyen de subvenir aux besoins de la famille. Pour tenter de secourir toutes ces familles, les gouvernements du Québec et d’Ottawa – en collaboration avec le clergé du diocèse de Rimouski – vont mettre en œuvre une politique de retour à la terre et d’ouverture de nouveaux territoires aptes à la colonisation agricole.

C’est l’État qui, en collaboration avec les sociétés de colonisation et du clergé diocésain, prend la relève du mouvement de colonisation. À la fin des années 1930, les gouvernements fédéral et provincial auront mis en œuvre toute une série de programmes, connus sous le nom des ministres concernés, visant l’établissement rural : plans Vautrin, Roger-Augers et Gordon. Ces programmes favorisent l’installation de familles et de célibataires désireux de défricher un lot de colonisation. Aux primes de défrichements déjà accordées depuis 1923 par le gouvernement du Québec s’ajoute toute une série de subventions représentant pour les gouvernements des déboursés considérables : primes pour la construction de maisons et de bâtiments de ferme, pour l’achat d’instruments aratoires et de bétail. En fait, de 1936 à 1939, on dépensera pour l’aide à la colonisation autant d’argent que durant toute la période 1867-1935.

Le plus important centre de colonisation de la région est ouvert dans le haut pays du comté de Rimouski, qui comprend les paroisses de Biencourt, Saint-Guy, Saint-Médard, Lac-des-Aigles et Esprit-Saint. Une deuxième zone de peuplement se développe sur les hautes terres de l’est du comté de Matane : Saint-René-Goupil, Saint-Jean, Saint-Thomas-de-Cherbourg et Saint-Paulin-Dalibaire, Saint-Nil.

En 1937, les cinq inventaires des ressources naturelles et industrielles des comtés de la région dénombrent 22 colonies totalisant plus de 13 000 personnes sur 2 500 lots. De juin 1931 à juin 1941, la « population des fermes » s’accroît de 22 000 sur les hautes terres du Bas-Saint-Laurent. C’est près du quart de l’augmentation de la population agricole de tout le Québec au cours de la décennie. C ’est beaucoup, surtout si l’on compare aux régions voisines, la Gaspésie et la Côte-du-Sud qui, avec une augmentation respective de 5 000 et 4 300 personnes, semblent avoir été relativement négligées par les politiques gouvernementales de retour à la terre.

L’aventure de la colonisation dirigée des années 1930 n’aura toutefois guère produit de résultats notables au point de vue strictement agricole. L’ouverture ou la reprise de milliers de fermes laisse un bilan mitigé, car une grande partie de ces exploitations n’atteindra pas le seuil de l’autosuffisance alimentaire. Les revenus des nouvelles exploitations sont constitués de plusieurs sources, dont la production agricole est la moindre. Aux primes versées par l’État s’ajoutent la vente de bois coupé sur les lots, les travaux de voirie, de chantier ou l’emploi occasionnel à la scierie locale. De nombreux colons sont en fait des journaliers qui n’attendent que la fin de la crise pour quitter leur petite ferme au sol pierreux. En fait, l’accroissement des superficies de culture aura été moins important que lors des décennies précédentes, malgré les centaines de milliers de dollars de l’aide de l’État.

Au Bas-Saint-Laurent, le mouvement de colonisation dirigée a suscité bien des critiques. Certains ont souligné le peu de potentiel agricole de certains centres de colonisation et l’effet pervers du système des primes qui poussait les colons toujours plus loin, délaissant des lots à demi défrichés au cœur de paroisses récemment ouvertes. La cohabitation forcée de milliers de colons-bûcherons avec les entrepreneurs forestiers allait aussi déclencher une course au déboisement, source des ruptures de stock des années 1940 et 1950. Ce sont ces milliers de familles installées sur des sols pauvres et au milieu des forêts ravagées qui vont poser les plus graves problèmes de développement de la région dans l’après-guerre.

Irénée Vautrin (1888-1974)

Né à Saint-Édouard, près de Napierville, le 21 décembre 1888, fils de Zénophile Vautrin, cultivateur, et d'Augustine Dupuis.

Fit ses études à l'École normale Jacques-Cartier et à l'Université de Montréal. Président de la Fédération universitaire de Montréal en 1913 et 1914. Reçu architecte en 1914, il exerça par la suite sa profession à Montréal. 

Président de l'Association des architectes de la province de Québec (1932), membre du Royal Institute of British Architects et du comité exécutif du Royal Architectural Institute of Canada. Membre des Chevaliers de Colomb, de la Société des artisans canadiens-français, du Club de réforme de Montréal, du Club canadien et du Cercle universitaire.

Président de la Jeunesse libérale de Montréal de 1915 à 1918. Président des clubs libéraux de Montréal et organisateur en chef du Parti libéral pour le district de Montréal. Élu député libéral dans Montréal–Saint-Jacques en 1919. Défait en 1923. Réélu en 1927 et 1931. Orateur suppléant de l'Assemblée législative du 22 janvier 1930 au 9 mai 1934. Assermenté ministre sans portefeuille le 9 mai 1934. Ministre de la Colonisation, de la Chasse et des Pêcheries dans le cabinet Taschereau du 25 juillet 1934 au 20 décembre 1935. Défait en 1935.

Décédé à Montréal, le 2 février 1974, à l'âge de 85 ans et un mois. Inhumé à Montréal, dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le 5 février 1974.

Le plan Gordon

A)    De 1932 à 1934

B)     Un plan fédéral-provincial qui avait comme but de secourir les chômeurs urbains en leur ouvrant les portes de la colonisation agricole (dans plusieurs régions du Québec)

C)     Les conditions exigées pour être sélectionnées :

         -    Être chômeur

         -    Être sous l’assistance publique ou exposé à le devenir à brève échéance

         -    Avoir une expérience agricole au moins rudimentaire

         -    Être en bonne santé, de même que les membres de sa famille, avoir un physique robuste et approprié aux travaux de la ferme

         -    Être courageux, travailleur, économe, bref avoir toutes les qualités nécessaires au défricheur

D)      L’Abitibi a reçu 46,6 % des colons établis grâce à ce plan

E)      Sur 260 familles qui se sont établies sous ce plan, 150 ont définitivement quitté leurs lots

F)      La pauvreté, le manque d’aptitudes générales pour le défrichement et le manque de support du gouvernement en sont la cause

Le plan Vautrin : Celui concernant le début de Saint-Nil

A)      De 1934 à 1936

B)      S’adressait, aux chômeurs urbains, aux journaliers et aux fils de cultivateurs

C)      Élaboré par le gouvernement Taschereau à la veille des élections

D)      Une somme rondelette de 10 000 000,00 $ de dollars allait être investie dans la plus importante campagne de retour à la terre jamais organisée dans toute l’Amérique

E)      Plusieurs migrants auront du mal à accepter qu’il faille peiner si durement pour arracher à une terre souvent ingrate une existence qui semble s’offrir à bien
    meilleur compte dans les chantiers forestiers et miniers tout à côté de son patelin.

Le plan Auger-Rogers (juste avant la guerre)

A)      1937 à 1942

B)      Entente fédérale-provinciale en vue de l’établissement des familles de chômeurs sur les lots de la colonisation : Engagement par le gouvernement de prendre à sa
    charge la part qui aurait dû être payée par les municipalités

C)      La consolidation des plans antérieurs – provincial : ce plan visait à combler les nombreux vides causés par les nombreux départs dans les paroisses.

À l’origine, la colonisation devait créer, selon la stratégie mise de l’avant par le clergé et soutenue par l’État, un isolant culturel suffisamment puissant pour permettre un épanouissement en « qualité et en nombre » de Canadiens français. Malgré un mince espoir de coopératives d’exploitation forestière, le développement des ressources naturelles était déjà trop bien contrôlé et exploité par les étrangers. En fait, la colonisation agricole telle que l’entend l’approche agriculturaliste n’a jamais existé, si ce n’est dans le discours officiel qui de toute évidencerenseigne mal à ce sujet.

Gordon, L'honorable Wesley Ashton

De 1930 à 1950, l 'État se reprend en voulant diriger la colonisation. Il promeut le retour à la terre à travers quatre plans qui allient enfin ses intérêts économiques aux intérêts de sauvegarde culturelle du clergé. Le plan Gordon (1932-1934) doit secourir les chômeurs urbains et les installer comme colons. Le plan Vautrin (1934-1936) est semblable, mais il s'adresse aussi aux journaliers et aux fils de cultivateurs. Le plan Auger-Rogers (1937-1942) vise l'établissement des familles des chômeurs sur des lots de colonisation. Enfin, le plan Bégin (1946-1950) doit consolider les établissements antérieurs.

Porte quel type d'exploitation des ressources régionales : la formule coopérative. Depuis la première coopérative de consommation de Roquemaure en 1934, cette formule a été utilisée comme levier stabilisateur, car la vie du colon ne lui appartient plus en propre, pas même ses déplacements puisqu'on institue des chantiers coopératifs en forêt qui font partie intégrante de la vie paroissiale. Mais même avec ce sprint final de dernière heure, le capital ou le matériel étant appropriés par les étrangers, l'Abitibi ne pourra échapper, comme le reste du Québec d'ailleurs, à la prolétarisation de la main-d'oeuvre. C'est donc un échec de la stratégie agriculturiste officielle de l'Élite.

Cet échec de la stratégie agriculturiste, qui voyait le développement agricole comme une fin en soi, est-il encore un échec si l'on considère la stabilisation actuelle de la main-d'oeuvre abitibienne? Comme le dit si bien Maurice Asselin, l'approche géopolitique est donc bien en mesure d'offrir un éclairage nouveau en vue de l'interprétation du mouvement colonisateur au Québec.