VILLE

La ville

Durant les onze, douze et treizième siècles, les Européens eurent de nouveau un attrait pour la ville. En effet, comme le dixième siècle célébrait la fin des invasions, les gens se sentirent de plus en plus en sécurité. De plus, les innovations technologiques en agriculture permirent une hausse de la production. Ces deux facteurs, hausse du rendement agricole et hausse de la sécurité des gens, firent en sorte que la population connut une hausse démographique. L'Occident, soudain plus peuplé et plus riche, les routes devinrent plus fréquentées et les marchands purent prospérer. L'accroissement démographique draina vers les villes des paysans qui y trouvèrent souvent la liberté et la fin de toute sujétion envers les maîtres de la terre.

La vie dans le bourg médiéval

Dans la plupart des villes du Moyen Âge, on retrouvait trois composantes majeures. L'enceinte fortifiée protégeait le bourg. Dominée par le beffroi ou tour de guet et défendue par une garnison, elle était percée par des portes contrôlant les entrées. Pour avoir accès au bourg, il fallait payer une taxe. La place du grand marché était l'endroit le plus animé de la ville. En fait, il y avait plusieurs marchés qui permettaient aux marchands d'étaler leurs produits: halle aux vins, halle des drapiers, marché au beurre, marché aux herbes, aux harengs... L'église, le gratte-ciel de l'époque, jaillissait au-dessus des toits des maisons. En raison du coût élevé occasionné par la construction des murailles entourant le bourg, les gens s'entassaient dans la ville. Les maisons y étaient collées, les rues étaient étroites et, comme la majorité des habitations étaient fabriquées en bois, les incendies étaient très fréquents (en l'espace de seulement 25 ans, de 1200 à 1225, Rouen a brûlé six fois). Les gens avaient donc non seulement peur des voleurs, mais ils avaient également peur des incendies. Autre désavantage des bourgs, le manque d'hygiène. En effet, les bourgs d'autrefois ne possédaient pas d'égouts souterrains et l'eau potable devait être retirée d'un puit souterrain. Il résultait donc de cela des conditions d'hygiène déficientes. De ceci, les épidémies survenaient et contaminaient rapidement toute la population. Ainsi, de 1348 à 1350, la peste fit ses ravages et tua 25 millions de personnes.

En l'année du seigneur 1348 sévit sur presque toute la surface du globe une telle mortalité, qu'on en a bien rarement connu de semblable. Les vivants, en effet, pouvaient à peine suffire à enterrer les morts, ou l'évitaient avec horreur. Une terreur si grande s'était emparée de presque tout le monde, qu'à peine un ulcère ou une grosseur apparaissait-elle chez quelqu'un, généralement sous l'aine ou sous l'aisselle, la victime était privée de toute assistance, voire même abandonnée de sa parenté... Et ainsi, beaucoup mouraient par incurie... Beaucoup encore... qu'on croyait destinés à en mourir... étaient transportés à la fausse pour être inhumés : aussi un grand nombre furent-ils enterrés vivants... Et cette peste se prolongea... durant deux années de suite...

Chronique de Saint-Denis, 1415.

La lèpre fit également des ravages énormes à cette époque. Rejetés, les malades de la peste l'étaient tout autant que ceux de la lèpre. Cependant, la lèpre tuait à feu plus lent que la peste et le lépreux devait déambuler dans les rues en signalant son approche par le son d'une crécelle. Craints, redoutés, exclus, les gens atteints de la lèpre vivaient un véritable calvaire. Voici quelques-uns de leurs interdits.

1) Ne plus entrer dans les églises, les moulins, les tavernes, les fours ou autres lieux publics.

2) Ne plus se laver les mains, son corps ou ses vêtements dans les fontaines, les ruisseaux ou les rivières qui servent aux habitants.

3) Ne plus toucher les enfants ou se laisser toucher par eux, ni leur donner des objets trouvés.

4) Ne plus toucher aux gens lorsque l'on mendie pour vivre.

5) Porter des habits de lépreux et signaler sa présence en se déplaçant avec une crécelle.

6) Ne pas toucher les aliments que l'on achète.

 

Malgré tous ces inconvénients reliés au manque d'hygiène, aux épidémies et aux conditions de vie malsaines, le bourg restait tout de même un attrait pour les habitants du Moyen Âge. En effet, quand on parlait des villes, on pensait à la liberté en raison des chartes, ces documents écrits et signés par le seigneur qui garantissaient la libération de la tutelle du seigneur, du service militaire et des corvées et reconnaisait le droit des bourgeois de voyager et de tenir marché. Maître de sa défense, de sa justice et de son économie, il est facile d'imaginer l'attrait qu'exerçait le bourg libre sur les paysans ainsi que sur les sers qui pouvaient s'affranchir en passant du monde rural au monde urbain s'ils demeuraient dans la ville durant un an et un jour.
 

Charte de la ville de Saint-Quentin, 11ième siècle:

"Les hommes de cette commune demeureront entièrement libres de leurs personnes et de leurs biens ; ni nous ni aucun autre ne pourrons réclamer d'eux quoi que ce soit, si ce n'est par jugement des échevins dans l'enceinte des murs de la ville. Les hommes de la ville pourront moudre leur blé et cuire leur pain partout où ils voudront. "

Charte de la ville de Liège :

" Les bourgeois de Liège ne doivent ni taille ni taxe en quote-part, ni service ni chevauchée quelconque. Si un serf se réfugie dans la cité de Liège et vient à y mourir, ses biens et immeubles doivent passer intégralement à sa femme et ses enfants s'il en a. Le bourgeois de Liège, aussi longtemps qu'il le réclamera de la juridiction du maire et des échevins, ne pourra être attrait devant un tribunal supérieur. Aucun bourgeois ne peut être arrêté ou emprisonné sans une sentence des échevins. "

KURT, G. Les origines de la commune de Liège dans Bul. Inst. arch. Liégeois XXXV, 1905. P. 304-307.

Si la vocation du village restait le travail de la terre. Celle de la ville, c'était le commerce. Dans le bourg habitaient deux grandes classes d'individus nommées artisans (fabricants d'objets) et commerçants (personnes responsables des importations et des exportations). La plus grande partie de la population du bourg était constituée d'artisans. Les artisans travaillaient particulièrement dans trois domaines : le textile, l'alimentation et la métallurgie. Ceux qui faisaient partie des grands métiers exportaient leur production par le biais de commerçants tandis que ceux qui faisaient partie des petits métiers vendaient eux-mêmes leurs produits. Pour être artisan, il fallait d'abord faire partie d'une association nommée métier (association qui contrôlait les prix, l'accès au métier, etc.). Devenir artisan ne se faisait pas sans labeur.  En effet, on commençait par être apprenti, c'est-à-dire que, pendant 7 ans, on apprenait le métier, et ce, sans recevoir de salaire. Ensuite, pendant sept ans, on devenait compagnon. Un compagnon recevait un petit salaire en échange des petites tâches qu'il accomplissait. Finalement, après avoir réalisé un chef-d'œuvre reconnu par les maîtres, on devenait maître-artisan et c'est à ce moment qu'il nous était permis d'engager des apprentis, de vendre les produits et de posséder un atelier.


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