Les donjons
au Moyen-Âge
Dans la première partie de cet article, je souhaite faire abstraction de tous détails fantastiques, magiques ou merveilleux, c'est-à-dire tout ce que la magie et les forces surnaturelles pourraient apporter comme influence sur la composition du donjon tel que nos ancêtres l’ont connu. Il est évident que dans un monde où la magie aurait été une des forces de la nature au même titre pour nous que les forces Newtoniennes, les cartes auraient été toutes chamboulées et gageons que les donjons auraient été pensés tout à fait différemment en raisons des possibilités que la magie offre. Ce sera la tâche du MD que d’imaginer des constructions intégrant la magie. Je possède un vieil article de la revue Dragon® qui a abordé le thème des constructions de place fortes intégrant la magie. À la demande des lecteurs, je pourrai en faire un petit résumé si ce premier texte aura sue susciter un certain intérêt…
Ce qu’étaient les donjons de notre Moyen-Âge?
Est-il nécessaire de mentionner, en premier lieu, que le donjon véritable n’a pas du tout été celui défini par le JDR et le monde de la littérature fantastique de piètre qualité? En fait, le donjon était loin d’être un labyrinthe sous terrain et mortel regorgeant de pièges, de chimères ou de monstres plus improbables les uns que les autres. Il n’était pas non plus ce que plusieurs croyaient être, à tort, les prisons. Mentionnons en passant que l’endroit où étaient gardés les prisonniers était appelé geôle, cachot, cul de basse fosse ou plus simplement prison. En plus, ces prisons n’étaient pas ténébreuses, lugubres et insalubres comme les producteurs hollywoodiens auraient désiré nous le faire croire mais cela déborde du sujet présent.
Pour terminer, le donjon, autre mythe populaire, n'était pas tout à fait les habitations du seigneur du château bien que cette dernière croyance soit plus près de la vérité que celles mentionnées plus haut. Véritable place forte à l’intérieur de la place forte( le château), le donjon représentait la dernière retraite en temps de guerre pour le seigneur et ses vassaux.
Raisons d’être du donjon
Quelqu’un peut-il imaginer le Moyen-Âge sans ses donjons? En dehors de la raison romantique de nos contemporains de ne pouvoir envisager la Grande Noirceur sans ses forteresses, l’existence du donjon pouvait être une condition de survie pour la population et par la suite pour le seigneur lui-même. On lie "l’invention " des premiers donjons, ou plutôt, les premières places fortes aux invasions barbares(les Francs, Germains, Huns, Vandales et Wisigoths) au 3e siècle qui déferlèrent sur le continent occidental. La population, les communautés religieuses et les dirigeants des villes mérovingiennes devinèrent rapidement que des bâtisses fortifiées, aux murs épais et aux points d’entrés restreints constitueraient une solution de défense obligée. Les Normands eux-mêmes construisirent plusieurs forts afin de protéger les trésors qu’ils récoltèrent sur tout le territoire de la Gaule.
Mais un demi-siècle plus tard, quand les châteaux devinrent plus élaborés et que les donjons adoptèrent des fonctions définies, ils eurent une utilité directement liée à la réalité féodale de l’époque. En effet, cette époque était très difficile pour les seigneurs eux-mêmes. Ils n’étaient jamais à l’abri des seigneurs voisins qui pouvaient décider d'attaquer à tout moment, de la population en colère qui pouvait envahir le château et même de la propre garnison du seigneur qui pouvait retourner leurs chemises( ou plutôt leurs armures?). Le donjon était donc la dernière protection dont pouvait bénéficier le seigneur. Si le château était attaqué, on se repliait dans le château, si le château était pris, on se barricadait dans le donjon. De là, il ne restait que quelques options : la reddition, la défense jusqu’à épuisement des vives ou l’élaboration d’un plan de fuite… Parce que le donjon était la dernière protection du seigneur et que celui-ci ne pouvait jamais être sûr de la loyauté de sa propre garnison, les détails de la défense du donjon était toujours un mystère pour la garnison et l’on ne pouvait entrer ou sortir du donjon que par des entrées dérobées et fortement gardées. Seuls quelques vassaux proches du seigneur dont leur fidélité était assurée avaient connaissance des détails constituant le donjon. Mentionnons que la nuit tombée, le seigneur se voyait généralement remettre les clefs du donjon
De la disposition du donjon
Cette bâtisse était indépendante du reste du château et était utilisée comme poste de commande des troupes lorsque les seigneurs voisins décidaient que les temps de paix étaient terminés. Au premier abord, il peut paraître surprenant que le donjon ait toujours été placé près de l’endroit, à l'intérieur des murs du château, le plus susceptible d’être attaqué en premier, l’endroit vulnérable. Mais cette disposition possède beaucoup de sens. Le donjon étant une construction très élevée( dépassant en hauteur les remparts du château), le seigneur se trouvait, en temps de guerre, en première loge pour observer les manœuvres des troupes ennemis qui, en toute logique s’attaquaient aux points faibles du château. Ces points faibles pouvaient être créés par des particularités géographiques qui avait contraint les ingénieurs, lors de la construction de l’enceinte du château, à faire certaines concessions. Aussi parfait qu’un château puisse être, il possédera des points faibles qui seront compensés par la présence du donjon. Aussi, étant une construction tout à fait indépendante du château, le donjon commande autant les défenses extérieures qu’intérieur de la forteresse.
Les protections propres au donjon
En étudiant les donjons qui ont survécu aux âges, nous constatons que deux mots clefs définissent tout donjon : prévoyance et nuisance. La prévoyance se traduisait par l'ingéniosité avec laquelle les donjons étaient conçus pour résister aux longs sièges et tentatives d'attaques de l'ennemi. Les donjons, tout comme les châteaux devaient être aménagés de façon à ce que le seigneur et ses vassaux puissent y survivre un bon moment. Aussi le donjon n'était pas uniquement constitué de pièces tortueuses, il n'était pas non plus un entrepôt d'arme ou un terrain aménagé pour les combats. Les premiers étages, aux murs très épais pour résister à l'artillerie lourde, étaient destinés aux provisions. On retrouvait, sur les étages intermédiaires les habitations du seigneur et de sa famille en plus d'une chapelle, la religion occupant une place très importante à cette époque. Finalement les étages supérieurs étaient réservés à la défense du donjon. En plus, l'on pouvait trouver dans le donjon un puits pour les réserves d'eaux et pour la cuisine car la place forte possédait aussi des cheminées et des fours! Il était hautement préférable qu'un donjon possède en plus un tunnel ou une sortie dérobée permettant une fuite en campagne lorsque la situation devenait périlleuse pour le seigneur et ses hommes. Les portes habilement dissimulées pouvaient apporter un certain espoir car delà, ils pouvaient tenter le coup audacieux de percer lignes de circonvallations lors de leur fuite.
L'utilisation du bois dans ces constructions était aussi une preuve de leur prévoyance. En effet, le bois, un matériau très maniable, flexible, peu coûteux et très convenable en temps de paix pouvait être rapidement détruit afin de gêner la progression des envahisseurs. Ainsi, par exemple, un donjon( dont le nom m'échappe) construit sur le bord d'un cap ne possédait qu'une seule entrée située à même une corniche aménagée le long de la falaise. Sur l'étroit chemin, un pont flottant en bois séparait les deux sections du chemin. On sait aussi que certains étages des donjons étaient en bois. Ainsi, les soldats ennemis étaient bien embêtés lorsque les occupants détruisaient les planchers des étages inférieurs( solution de dernier recours bien entendu!). Cette pratique ne fut guère populaire car les attaquants apprirent rapidement à brûler les planchers asphyxiant de cette façon les occupants au-dessus… On trouva un compromis en voûtant les premiers étages et en laissant les étages supérieurs avec les planchers de bois.
Encore avec le principe des constructions que l'on détruisait ou retirait pour ralentir la progression des ennemis, il y avait aussi les échelles ou les escaliers extérieurs que l'on pouvait lever à la manière des ponts-levis. Ceci explique pourquoi les portes de certains donjons ne sont pas situées au rez-de-chaussée mais à quelques mètres au-dessus du sol, imaginez la difficulté d'entrer dans une bâtisse dont le seul accès est au premier étage!
Ainsi donc, comme la nuisance semblait être une des tactiques de prédilection pour assurer une certaine défense, il était "commun" de trouver des cadres de portes trop bas (et non pas des gens trop petit!), des escaliers aux marches inégales et un terrain entourant le donjon parsemé de petits rochers et d'irrégularités dans le sol produisant maints croc-en-jambe aux visiteurs inaccoutumés à l'endroit. En plus, il était naïf de croire que l'on pouvait passer du premier étage par un escalier disposé généreusement au centre de la tour. Le succès d'une bonne défense résidait dans la disposition des pièces, des escaliers et des couloirs qui devait être aussi déroutante que possible( delà l'originalité de chaques donjons médiévaux il n'y a pas deux donjons disposés de la même façon). Par exemple, pour accéder au second étage, il pouvait être nécessaire de monter au troisième étage puis de redescendre au second, pour ensuite atteindre le quatrième étage. Ainsi, pour atteindre le quatrième étage, il fallait traverser cinq planchers au lieu de trois planchers. Encore, cet exemple était très simple et ceci était sans considérer tous les autres procédés déjà mentionnés. Pour compliquer les choses, certains étages ne pouvaient être accessibles que par des trous dans sol où l'on y passait une échelle. De plus, tel un entonnoir, les corridors n'étaient jamais bien large, au plus, il devait permettre de laisser passer un homme en armure à la fois pour une raison évidente.
Les inconvénients
Bien entendu, si tous les moyens étaient pris pour rendre la vie des assaillants difficiles, celle des occupants n'était pas tellement plus aisé car après tout, ces maigres chemins tortueux étaient empruntés par eux aussi. La complexité d'un donjon pouvait être fatale si les défenseurs avaient à se regrouper en peu de temps pour protéger un point d'attaque précis. Les assaillants utilisaient donc la lenteur de leur opposant à leur avantage! La façon dont on emménageait le donjon était le résultat d'un compromis savamment évalué : certes, il fallait qu'il soit compliqué mais aussi qu'il possède de vastes pièces où la défense pouvait rapidement s'organiser. Il faut avoir à l'esprit que le degré de complexité du donjon est intimement lié à la vitesse de réaction. Si les défenseurs voulaient effectuer une sortie en force ils ne devaient pas être contraints de sortir un après l'autre à la file indienne( déjà, si l'unique sortie était au premier étage, on oubliait cette possibilité!).
La forme du donjon
Pour terminer ce petit texte sur les donjons, un modèle primitif de tour sera étudier. Ainsi, en relevant ses avantages et inconvénients, un MD pourra dessiner des donjons en ayant en tête les grands principes qui ont régi la construction des donjons médiévaux de l'Europe Occidentale.
La tour carré : La tour carré fut le premier modèle de tour à être construit. Les romains utilisèrent longtemps ce modèle mais dès l'époque féodale, les techniques de constructions se raffinèrent et l'apparition de la tour cylindrique fit sont apparition. Mais ce ne sont pas les tours cylindriques qui nous intéressent ici.
La tour carré était essentiellement une défense passive. Ceci s'explique par l'épaisseur des murs qui atteignaient fréquemment plus de 5 mètres. En plus, l'accent était mis sur la difficulté d'accès. Souvent elle ne possédait qu'une seule entrée d'une dimension telle que le flot de personne pouvant y entrer se trouvait limité et le principe expliqué plus haut, la porte en hauteur, était souvent utilisé. Un tel donjon constituait une retraite excellente pour les occupants du château s'ils faisaient face à des ennemis qui ne possédait pas d'engins de destruction lourde. Devant de tels assaillants, les occupants du donjon, fortement barricadés n'avaient rien à craindre de leurs ennemis. Dans de telles situations, la seule façon pour les attaquants d'en venir à bout était d'attendre. Typiquement la tour carré se gagnait par le siège. Les avantages de la tour carré sont terminés. Passons à ses inconvénients.
Que la tour soit protégée par l'épaisseur de ses murs n'était pas uniquement un bénéfice. Si les occupants se riaient des projectiles de leurs ennemis, ils devaient tout craindre des sapeurs qui avaient pour tâche de faire s'écrouler les murs des enceintes protégées en creusant des trous à la base et sous les murs. Pour un donjon ou un château dont les défenses extérieures étaient bien pensées, le travail du sapeur était très ardu en particulier lorsque le donjon possédait des hourds. Mais dans le cas de la tour carré, les sapeurs travaillaient pratiquement en toute liberté. En effet, les occupants de la tour ne pouvaient que difficilement percevoir ce qu'il se passait à l'extérieur et ils étaient pratiquement aveugle quant à ce qui se déroulait à la base de leur place forte. Et si les assiégés avaient une vision limitée leurs possibilités d'attaque l'étaient tout autant. Ainsi, on ne pouvait attaquer une tour carré mais, en retour, elle ne constituait pas une bien grande menace pour les hommes d'armes à l'extérieur. La forme elle-même du donjon, le carré, constituait une faiblesse en soi. En effet, les angles de la tour constituaient une cible de choix pour les sapeurs pour deux raisons : si les occupants voyaient mal près de leur donjon, leurs coins étaient encore plus difficiles à protéger, donc les angles n'étaient pas flanqués. En plus, les angles étaient des points faibles pour la résistance des murs. Faites l'expérience avec une feuille de papier placée en cylindre( donc sans angle) et une feuille de papier pliée en quatre. En appuyant un objet lourd sur la face supérieure de chacune des dispositions, on constate immédiatement que le cylindre possède un meilleur appui à la base. Ainsi, quand les sapeurs devinrent très habile et développèrent leur art, la construction des tours carrées perdit de son intérêt. On construisit donc des tours cylindriques qui reprenaient les mêmes caractéristiques que la tour carré mis à part la faiblesse des coins. Plus tard, pour remédier au problème de vision, la tour dit "en quatre-feuilles" fut ériger dans le but d'offrir un meilleur flanquement.
Réalisé par Ismu le 20/07/01
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