Le présent et le passé sont peut-être présents dans le futur,
et le futur contenu dans le passé.
T.S. Eliot, "Burnt Norton"


Les souvenirs se racontent.
Ils s’écrivent aussi.

Pour le plaisir de partir en voyage dans le temps, avec ceux qu’on aime et qu’on a aimés.

  • Pour dire qu’on était là quand c’est arrivé, eh oui! Et peut-être même que c’est arrivé un peu parce qu’on était là...
  • Pour faire la paix avec le passé et regarder l’avenir avec sérénité.
  • Pour laisser son empreinte sur le monde.
  • Pour que les paroles restent.
  • Pour faire un cadeau unique aux êtres qui vous sont chers. Parents, enfants, petits-enfants, amis... ou simplement pour vous...

    Moi, J’écris votre histoire pour ancrer dans les mémoires ces petits bouts d’histoires qui forment la grande Histoire d’une société.





  • Née en 1960 dans un petit patelin de la Vallée de la Matapédia, la biographe se définit d’abord comme fille de théâtre. Depuis 1984, elle joue, écrit, signe des mises en scène et anime des ateliers d’expression dramatique.

    Photo : Michel Mercé

    Un jour, elle découvre les agendas qu’une dame a méthodiquement remplis durant 25 ans et qui échappent de justesse au passage des éboueurs. Ces carnets racontent des choses à la fois simples et extraordinaires. C’est le coup de foudre.

    La rencontre avec les mots de cette dame a créé un fort désir d’écouter et d’écrire les souvenirs des gens. De ce coup au coeur est née la petite entreprise d’une biographe.

    Jacinthe Harvey

    Courriel : biographe@sympatico.ca


    Article paru dans La Presse du 5 avril 2004

    Biographe des inconnus
    Sylvie St-Jacques

    « Ce sont les petites histoires qui font l'Histoire », dit Jacinthe Harvey, biographe. Malgré une quinzaine d'ouvrages, son nom est inconnu dans les librairies et les bibliothèques. Pourquoi un tel anonymat ? Parce que, à l'image de ses sujets, elle travaille dans l'ombre, loin des éditeurs, des salons du livre et des « coups de coeur » des libraires.

    Sous sa plume, les souvenirs d'inconnus au destin unique dans leur simplicité se gravent dans le temps. Des Zéphirin, des Jean-Marie, des Rita qui ont vécu la guerre, qui se rappellent la création et la disparition des paroisses, qui ont connu les vaches maigres des années 30 et relatent leurs souvenirs.

    « Il y a des gens qui sont des livres d'histoire ambulants. Ils commencent par dire qu'ils ont eu une vie ordinaire, mais il suffit qu'ils plongent dans leur mémoire pour réaliser qu'ils ont fait l'histoire », dit la biographe, presque étonnée par les trouvailles que lui procure son originale profession. « Une dame m'a raconté la première fois qu'elle avait mangé de la margarine, un produit qui est apparu ici lors de la Première Guerre mondiale. Une autre m'a parlé des souvenirs de la bataille des Patriotes que lui avait transmis sa grand-mère. »

    Formée en théâtre, Jacinthe Harvey a eu l'idée d'écrire la biographie de gens « ordinaires » alors qu'elle collaborait avec les productions Recto-Verso à Québec. « Unmembre de la troupe avait hérité des cahiers que sa tante avait remplis. À partir de cette matière extraordinaire, nous avons fait un montage théâtral qui est devenu une lecture publique. »

    Par la suite, elle est venue vivre à Montréal, a délaissé le théâtre et est devenue rédactrice. En 1998, dans le cadre d'un projet pour favoriser le bon voisinage chez les résidants de Rosemont, la biographe en elle a repris du service, cette fois-ci pour de bon. « J'ai réalisé de courts portraits de trois personnes du quartier. J'ai trouvé que c'était une bonne idée et constaté que j'étais capable de mettre les gens en confiance, en plus de trouver du plaisir à écrire leurs histoires. »

    Les gens heureux ont une histoire
    Biographe à temps partiel (elle est aussi rédactrice autonome), Jacinthe Harvey fait la promotion de son service sur un site Internet et dans une petite annonce dans le magazine Le Bel âge. Pour la recherche et l'écriture, elle procède avec méthode. Elle débute toujours par des entretiens hebdomadaires enregistrés sur magnétophone. Ce n'est qu'après avoir accompagné ses clients dans une rétrospective personnelle qu'elle se met au clavier. De façon générale, la biographie comprend une centaine de pages et sa réalisation s'étend sur une période d'environ six mois.

    « Il arrive souvent que des enfants se cotisent pour offrir ce cadeau à leurs parents, mais aussi à eux-mêmes », explique Jacinthe Harvey. Selon elle, les femmes et les hommes ont des façons bien différentes de parler de leur vie. « Les femmes aiment raconter pour le plaisir, alors que les hommes sont plus sérieux. Ils ont un témoignage à livrer. »

    Pour léguer un héritage à ses enfants, pour faire le bilan quand la fin approche, des gens décident de s'offrir le cadeau d'une biographie. « En faisant mon plan d'affaires, j'ai constaté que le marketing funéraire se faisait souvent sur un ton bien morbide. On entend des slogans comme « votre vie vaut plus que votre argent » ou « laissez votre trace », dit Jacinthe Harvey. Mon client type a environ 70 ans et il est en forme, malgré quelques ennuis de santé. Mais il faut être en paix avec sa vie pour replonger dans sa mémoire et, parfois, revivre certaines étapes difficiles. »

    Songe-t-elle à s'attaquer un jour à la biographie d'illustres personnalités ? « Je ne pense pas. Je trouve ça extraordinaire d'écrire la vie de gens inconnus. C'est souvent intéressant et ça donne plus de liberté. Et puisque plusieurs viennent de l'extérieur de Montréal, j'ai l'occasion de découvrir la Beauce des années 20, l'Abitibi ou la Gaspésie d'autrefois. »

    Photo Rémi Lemée. La Presse ©
    Jacinthe Harvey, biographe de monsieur Tout-le-monde.

    Photo recopiée par Robert Mailloux. La Presse ©
    Les enfants Mailloux, photographiés en 1902. Une charmante photo d'époque comme on en voit dans les biographies de gens ordinaires qu'écrit Jacinthe Harvey.