La municipalité de l'Espérance

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La municipalité de l'Espérance ; être ou ne pas être? Telle est la question.

Introduction
Le 27 juin 1907 apparaît une nouvelle municipalité sur la carte politique du Québec : la municipalité de l'Espérance. Celle-ci est née du démembrement, de la division, de la municipalité de paroisse de Saint-Pie. Les lignes qui suivent tenteront de retracer les grandes lignes de l'histoire de la municipalité de l'Espérance. Une histoire somme toute longue de plus de sept mois.

1905; première confrontation
L'érection de la municipalité du village en une municipalité distincte est vieille de seulement une année (6 février 1904), lorsque nous assistons aux premières démarches visant à la création de la municipalité de l'Espérance à partir du démembrement de la municipalité de paroisse de Saint-Pie. En effet, le 3 mars 1905, un citoyen de la municipalité de paroisse de Saint-Pie, Nérée Vasseur , se rend chez Me. A. Girard, avocat de Marieville, afin d'obtenir une traite à vue de 500$. Celle-ci doit servir à l'incorporation de la municipalité de l'Espérance . Une porte venait d'être ouverte et les membres du conseil de la municipalité de paroisse de St-Pie (CMP) ne pourront que sentir le courant d'air.

En effet, trois jours plus tard, soit le 6 mars 1905, les membres du CMP dénoncent, par le vote d'une résolution, cette intention qu'ont certains électeurs municipaux de " présenter un bill à la présente session de la Législature de la province de Québec pour se détacher de la municipalité de la paroisse de Saint-Pie pour les fins municipales et scolaires tout en continuant à former partie de la paroisse de St-Pie pour les fins religieuses " .

Se séparer pour échapper aux coûts des infrastructures, tout en profitant de celles-ci?
Selon ces conseillers, cette demande est contraire à la justice étant donné que, premièrement, " les paroissiens (…) entendent faire partie de la Paroisse canonique, mais veulent se soustraire à toutes les autres obligations municipales et scolaires et notamment aux travaux des routes conduisant de ces rangs au village de St-Pie, le centre de la paroisse " et, deuxièmement, parce que les citoyens en question vivent près du village et y viennent presque tous les jours " soit pour assister aux offices religieux à l'église paroissiale, soit pour y transporter le produit de leurs fermes et pour toutes autres affaires " . Bref, selon le conseil municipal de la paroisse, ces individus veulent se séparer de la paroisse afin de ne pas avoir à assumer les coûts de travaux qui leur seraient cependant bénéfiques.

Il apparaît donc urgent aux membres du conseil municipal de paroisse de " s'opposer énergiquement à cet acte de la législature " , car " l'adoption de ce bill aurait l'effet de commettre une injustice considérable à tous les autres contribuables de la Municipalité de la paroisse de St-Pie qui demeureraient chargés de toutes les contributions municipales et scolaires " et ce, tandis que les citoyens de la nouvelle municipalité continueraient de " bénéficier de toutes les améliorations que pourrait faire la Municipalité de la paroisse de St-Pie " .

La stratégie du conseil de la municipalité de paroisse de Saint-Pie
Les moyens d'actions entrepris par le CMP seront de trois ordres. Tout d'abord, par résolution du conseil, le maire, Clément Bernier, est chargé de s'adresser aux députés fédéral ( J. E. Marcile) et provincial (F.N. Daigneault) du comté de Bagot afin d'exiger qu'ils usent " de leur influence pour s'objecter à la passation de ce bill " . En deuxième lieu, le maire est autorisé, au nom de la corporation municipale de la Paroisse de Saint-Pie, à " se procurer les services d'un avocat pour aller à Québec s'opposer à ce projet de bill et de présenter toutes les objections de la Paroisse de St-Pie contre la division de la Municipalité " . En troisième lieu, le maire et d'autres personnes pourront aller à Québec afin de s'opposer à l'adoption de ce bill et les frais seront payés par la Corporation municipale de la Paroisse de St-Pie.

Les avocats choisis pour représenter la municipalité de paroisse sont Messieurs Beauparlant et Marin .

Les " séparatistes " de l'Espérance : pour en finir avec la double taxation
De l'autre côté, c'est-à-dire chez ceux qui sont en faveur de la division de la municipalité, on déplore d'avoir à payer tant pour l'entretien et la construction des routes et des ponts, que pour leur utilisation. En effet, chaque fois qu'un citoyen de la rive sud de Saint-Pie veut emprunter l'un des ponts traversant la rivière Yamaska (Je n'ai pas trouvé mention de la rivière Noire) et se rendre au village, soit presque tous les jours si l'on en croit le conseil de la municipalité de paroisse, il doit défrayer un droit de passage . Il s'agit en quelque sorte, selon eux, d'une double taxation.

L'œuvre de Dieu ; 1ère partie
Peu après cette première tentative de séparation, un événement survient et celui-ci aura pour effet de changer complètement la donne. En effet, la débâcle du 29 mars 1905 emporte avec elle le pont de Saint-Pie, la partie basse du village et les moulins de Godfroy Grisé. En ce qui a trait à la destruction du pont, nous ne pouvons qualifier cet événement d'inattendue ou de surprise générale. En effet, c'est la deuxième fois en 7 ans que les glaces ont raison de ce pont . Si l'on en croit L.A. Vallée, ingénieur du gouvernement, le pont ne pouvait être construit à un endroit plus dangereux . Bref, les dangers que dame nature faisait courir au pont n'était pas totalement inconnu des Saintpiens.

D'ailleurs, le 5 avril 1904, la municipalité de paroisse appuyait par résolution la demande de la Compagnie du Pont St-Pie (à la fin dans les registres de l'Église on parle de la Compagnie du pont de Saint-Pie. J'ai choisi ici le nom qui lui est donné par le Sec-Très.). Cette dernière demandait déjà à cette époque que lui soit accordé la permission de reconstruire le pont à un autre endroit ( sur le no. 637 du cadastre en le village de St-Pie et le no. 662 du cadastre de la paroisse du même nom) .

" Il est résolu que le conseil croit refléter l'opinion générale des habitants tenant feu et lieu en la municipalité en déclarant que tous les contribuables de cette paroisse approuvent les changements demandés par ladite Cie et le conseil prie les membres de la législature de la Province de permettre à ladite Cie de reconstruire le pont à l'endroit le plus propice et le moins exposé aux glaces.

Le conseil déclare que l'endroit sus-désignés est central, en lieu sur et que les abouts du Pont ne seront pas obstrués par les glaces pendant plusieurs jours comme c'est le cas pour le pont actuel chaque printemps et que ce changement ne nuira en aucune manière aux affaires en cette paroisse.

Le conseil prie humblement la législature de la Province de Québec de ne pas prolonger la durée actuelle du privilège déjà existant, attendu que cela pourrait préjudicier aux droits des contribuables de cette paroisse " .

En avril 1905, suite à cette " œuvre de Dieu ", c'est-à-dire la débâcle, il appert que la Cie du Pont de Saint-Pie est disposée à céder ses droits à la corporation pour en faire un pont libre de péage . Nul besoin de préciser que les coûts de construction d'un nouveau pont sont assez élevés et qu'ainsi la municipalité de paroisse de Saint-Pie ne peut y arriver seule. Le conseil mandate donc le secrétaire-trésorier d'écrire au gouvernement provincial afin de s'enquérir de l'aide monétaire qu'il pourrait fournir .

Le gouvernement québécois offre 5000$ pour la construction d'un pont exempt de droit de péage. En outre, la corporation municipale du village se montre intéressée à participer à ce projet (vérifier avec les livres de la municipalité du village). Le coût et l'entretien du pont devant être divisé entre les deux municipalités et ce, au prorata de la valeur de leur évaluation municipale respective. Tout est donc en place pour qu'un nouveau pont se dresse fièrement au-dessus la rivière Yamaska (devrais-je dire Noire?). Mais auparavant, la Cie du pont de Saint-Pie doit obtenir des souscriptions volontaires pour un montant de 1300$ et ce, afin de payer ses dettes.

Le 22 mai 1905 lors d'une assemblée spéciale des actionnaires de la Compagnie du Pont de St-Pie, il est " résolu unanimement que les actionnaires de la Compagnie sont d'opinion d'accepter la souscription privée et de céder leurs droits et privilèges aux dites corporations municipales de la paroisse et du village de St-Pie afin de permettre à ces dernières de construire ce pont " .

Le 30 juin 1905, le conseil procède à l'ouverture des soumissions pour la construction du pont. Parmi les soumissionnaires, nous notons : Thédore Valley et Fils de Saint-Hyacinthe; Bruno Lamontagne de Saint-Hyacinthe; Bernard Auger, Luc Cordeau et Daniel Magnan de Saint-Pie - Saint-Hyacinthe (ne pas reproduire cette niaiserie); la Dominion Bridge Company Ltd. et The Phoenix Bridge Co .

Le " non " timide de la population Tout semble donc en place pour la construction de ce nouveau pont. Il ne reste plus qu'une étape à franchir : obtenir l'approbation du projet par la population lors d'un vote en assemblée publique . La population rejettera, lors d'un vote serré décidé par la voix prépondérante de Jérémias Racicot président de l'assemblée, le projet .

Ce refus d'entériner le règlement des deux conseils (à vérifier avec le village si les deux conseils étaient réellement d'accord et si les deux " populations " étaient en désaccord) pour la construction d'un pont ne manque pas d'attiser les ardeurs séparatistes de certains citoyens et dès avril 1906, Uldéric Hamel et d'autres électeurs de la paroisse, relancent le projet de séparation . De son côté le CMP s'y opposera énergiquement y allant même d'avertissements sévères à l'endroit des députés représentant le comté à l'Assemblée Législative du Québec (F.H. Daigneault) et de la Chambre des Communes (J.E. Marcile) . La riposte du conseil se rapproche grandement de celle qui a suivi les démarches " séparatistes " de 1905. Ainsi, en plus des avertissements sévères aux députés, le CMP, lors d'une réunion spéciale le 19 février 1906, permet au maire et quelques autres personnes d'aller, " toutes dépenses payées ", à Québec sans le but de s'opposer à cette division . Cependant cette fois le conseil n'est pas unanime.

Une opposition interne
En effet, l'un de ses membres, Joseph Ravenelle, propose plutôt que le conseil n'envoient pas de délégués et d'avocats à Québec s'objecter à l'adoption de ce bill étant donné les circonstances . Cette motion sera évidemment déclaré hors d'ordre étant donné l'absence même de " secondeur ". Le même Ravenelle s'opposera également à la nomination de Aimé Beauparlant de Saint-Hyacinthe comme avocat chargé de s'opposer à la passation du bill devant donner naissance à la Municipalité de l'Espérance .

Ces démarches seront inutile puisque le bill est retiré, car " on aurait promis de rendre justice à la minorité " . Par l'expression " rendre justice à la minorité ", on entend construire un pont libre de péage. C'est ce que Nérée Vasseur, le 7 mai 1906, se charge de rappeler au CMP et il demande aux conseillers de se prononcer en ce sens. Il prend soin de préciser qu'il considérera le silence du conseil comme un refus . Les conseillers lui promettent une réponse pour la prochaine séance. Malheureusement, lors des trois séances suivantes, 4 juin, 3 juillet et 6 août 1906, nous ne trouvons aucune mention qu'il y aurait eu réponse de la part du CMP. Ce n'est que le 7 septembre de la même année qu'une " réponse " sera en quelque sorte donnée à Vasseur et elle viendra de Joseph Ravenelle qui donne avis au conseil qu'il présentera une motion " aux fins d'adopter un règlement autorisant la corporation municipale " de construire le pont tant demandé .

Le combat aura lieu sur un autre front
Trop peu trop tard, car depuis le 11 août le conseil municipal du comté de Bagot, instance supérieure au CMP, s'est vu remettre une requête d'Augustin Tremblay et autres demandant l'érection de l'Espérance en une municipalité distincte. Une décision doit être rendue à cette fin le 10 octobre et les citoyens de Saint-Pie sont invités à venir prendre part à la discussion . L'avocat Beauparlant de Saint-Hyacinthe est encore une fois choisi pour aller s'opposer à cette division . Aucune décision ne sera toutefois rendue puisque le conseil municipal du comté de Bagot suspend sa décision. Les promoteurs du projet visant à l'érection de la municipalité de l'Espérance devront encore attendre .

Un sérieux avertissement venait cependant d'être servi à la municipalité de paroisse et elle se devait d'agir. Le 15 octobre, le conseil décide donc de s'enquérir auprès du gouvernement, du conseil de la municipalité du village et du Président de la Compagnie du Pont de St-Pie afin de s'enquérir de leur participation à un éventuel projet d'abolir les péages sur les ponts traversant la rivière à Saint-Pie. Mentionnons ici que la Compagnie du Pont St-Pie avait entre-temps reconstruit son pont. Elle se dit toutefois disposée à le vendre à la Corporation municipale de la paroisse pour un montant de 8000$ mais ce, à la condition que le pont soit libre de péage. Le conseil refuse cette offre jugeant que le pont ne vaut pas plus de 6000$. La situation semble dans un impasse.

L'œuvre de Dieu; deuxième partie
Le 30 mars 1907, la nature se déchaîne à nouveau et le pont est de encore une fois emporté par les glaces. Cette fois-ci il n'est pas seul. En effet, le pont de la Compagnie du chemin de fer Canadian Pacific a lui aussi plié les genoux devant Dame Nature. Il en va de même pour le moulin à scie appartenant à Émile Bouchard et les maisons de T.D. Ogden, Clodomir (?) Bouchard, Dame Louis Choinière, Dame Edmond St-Pierre, Dame Cordélie Beauregard, Camille Blais. En outre plusieurs autres propriétés furent fortement endommagées .

Face à une telle situation, il est décidé le 16 avril 1907 d'acheter, conjointement avec le CMV ( conseil municipal du village), les droits et privilèges de la Compagnie du Pont de St-Pie afin de reconstruire un pont qui cette fois sera libre de péage et ce, afin de satisfaire ceux qui exigent la séparation. Deux jours plus tard, soit le 18 avril 1907, le CMP adopte le règlement 102 qui doit conduire à la construction du pont . Ce dernier règlement doit cependant être approuvé par les électeurs qualifiés de la municipalité.

Malheureusement, les 15 et 16 mai 1907, les Saintpiens se prononcent contre l'adoption de ce règlement ( 134 pour et 201 contre) . Devant un tel dénouement, le président de la Compagnie du Pont St-Pie, Uldéric Hamel, vient le 3 juin 1907 déposer un avis selon lequel la compagnie " entend rescinder et casser l'offre de céder ses privilèges " .

Le CMP n'entend cependant pas étirer la situation plus longtemps et lors de la réunion du 13 juin 1907, les conseillers discutent d'un nouveau règlement pour la construction d'un pont libre de péage. Il est même question d'expropriation lors de cette réunion . C'est cependant avec des termes beaucoup plus conciliants que sera rédigé le règlement qui portera le nom de " Règlement 104 " . Une assemblée générale des électeurs est convoquée le 15 juillet à 10hre et ce, afin que ces derniers puissent encore une fois se prononcer, par un vote, sur l'approbation de ce règlement. Mais déjà, un des conseillers, Joseph Ravenelle, plus sensible à l'argumentaire des partisans pour l'érection de la municipalité de l'Espérance, semble s'y opposer puisqu'il vote contre ce règlement.

C'est lors de cette même séance du 13 juin 1907 que sont choisi par une résolution du conseil, les avocats qui représenteront la corporation de la municipalité de paroisse le 27 juin courant et ce, afin de s'opposer à l'érection de la municipalité de l'Espérance sur les cendres de la paroisse de Saint-Pie . Les avocats choisis sont Messieurs Lussier et Gendron. La désunion gagne le conseil. Non seulement Joseph Ravenelle votera contre la résolution, mais cette fois il ne fera pas cavalier seul puisque Charles St-Pierre s'y oppose également .

La municipalité de l'Espérance
La séparation semble être en voie de se réaliser. En effet, le 27 juin 1907, le conseil municipal du comté de Bagot adopte une résolution ayant pour effet de diviser la municipalité de paroisse de St-Pie en deux municipalités distinctes : la municipalité de paroisse de St-Pie et la municipalité de l'Espérance. Pour avoir effet, cette résolution doit cependant recevoir l'approbation du Lieutenant-Gouverneur en conseil . Il va de soi que le conseil municipal de la paroisse s'y opposera vigoureusement.

Lors de la séance du 2 juillet, le conseil vote une motion déclarant injuste cette division. En outre, il permet au maire " de prendre toutes les mesures et procédures nécessaires au nom et pour la dite municipalité de la paroisse de St-Pie, pour empêcher l'approbation de ladite résolution du conseil municipal du comté de Bagot par le lieutenant-gouverneur en conseil. " . Encore une fois St-Pierre et Ravenelle s'opposent à cette motion . Autre motion à laquelle s'opposent les deux conseillers; celle dénonçant la décision du conseil du comté de Bagot de détacher la terre de Ephrem W. Marin afin de l'annexer au village de St-Pie .

Nous ne pouvons dire si l'impact de la décision de diviser la paroisse en deux municipalités y est pour quelque chose, mais pour la première fois les Saintpiens se prononcent, lors de l'assemblée du 15 juillet, en faveur du règlement permettant à la municipalité de paroisse de débuter les démarches pour la construction d'un pont libre de péage. 167 électeurs se prononcent pour et 84 contre . Si on se fie au nombre de participants des scrutins précédents, nous pouvons constater que de nombreux électeurs ne se sont pas prévalus de leur droit de vote. Sont-ce les électeurs de la nouvelle Municipalité de l'Espérance qui faisaient pencher le vote en faveur du contre?

Une dernière tentative
Bien que la municipalité de l'Espérance semble être un fait accompli, le CMP tente une dernière action qui vise à faire annuler et casser la résolution divisant la municipalité de paroisse. Voici d'ailleurs un extrait de la réunion du 15 août 1907 :

" Que ce conseil décide par les présentes d'instituer devant la Cour Supérieure du district de Saint-Hyacinthe, les procédures judiciaires voulues pour faire mettre de côté, faire annuler et casser la résolution adoptée par le conseil municipal du comté de Bagot " .

D.R. Murphy, de Montréal est alors choisi comme avocat à cette fin . Avons-nous besoin de préciser qu'un des conseiller, Joseph Ravenelle, s'oppose à cette action? Charles St-Pierre, qui s'était opposé à des mesures de la sorte auparavant est absent et ce, même si il fut, tout comme Ravenelle, mandaté spécialement par le conseil d'assister à cette réunion .

Il est né le divin enfant
" Je suis chargé par le Secrétaire de la province de porter à votre connaissance qu'il a plu à Monsieur le Lieutenant-gouverneur, par un décret de l'Exécutif, en date du 16 courant, d'approuver la résolution du conseil municipal du comté de Bagot, du 27 juin 1907, divisant la municipalité de la paroisse de Saint-Pie en deux municipalités distincte ".

Lettre du Sous-Secrétaire de la Province au secrétaire-trésorier de la paroisse de Saint-Pie

Délimitations du territoire de l'Espérance
La municipalité de l'Espérance est " composée du rang de l'Espérance, de la partie du rang St-Ours, comprise dans la paroisse de Saint-Pie et du rang de la Presqu'île et bornée au Sud et à l'Est, par la municipalité de Saint-Paul d'Abbotsford, à l'Ouest par la municipalité de Saint-Damase et au Nord, par la rivière Yamaska, afin de comprendre, dans le rang St-Ours, les lots depuis et y compris le lot no. 987, jusqu'au lot 1018, inclusivement ; dans le rang de l'Espérance, les lots depuis et y compris le lot no. 908, jusqu'au lot 986, inclusivement, inclusivement et dans le rang de la Presqu'île, depuis le lot no. 857 au no. 907, inclusivement " .

Après autant de tergiversations, la municipalités de l'Espérance est finalement et officiellement né le 16 août 1907 . Les premières élections ont lieu le mercredi 9 octobre 1907 et elles se tiennent au village de St-Pie dans la salle du conseil. Les avis d'élections sont situés sur la façade de l'église et la façade de la maison de péage de la Cie du pont de Saint-Pie . Le président de l'élection, nommé par le préfet du comté de Bagot, est Alexis Piché, cultivateur de la municipalité de l'Espérance. Une liste comprenant les conseillers élus et tous les employés municipaux de la municipalité de l'Espérance apparaît un peu plus loin ( je ne sais pas où et comment elle sera. Donc la phrase sera à corriger en conséquence). La première séance du conseil a lieu le 12 octobre à 10hre. Elle est cependant rapidement ajournée à 17hre afin de laisser le temps à tous les conseillers élus de prêter le serment d'office.

Lors de cette réunion, le maire est nommé. Il s'agit de Nérée Vasseur . Plusieurs autres employés municipaux sont également nommés à cette occasion dont le secrétaire-trésorier : Jean Baptiste Siméon Bathalon . Le lieu de réunion est lui aussi choisi et une résolution est adoptée " à l'effet que les publications se fassent à l'avenir dans une seule langue, la langue française, s'il est démontré qu'aucun contribuable de cette municipalité n'en sera lésé " .

L'organisation territoriale de la municipalité de l'Espérance
Le premier règlement qu'adopte cette municipalité est celui la divisant en quatre arrondissements.

"L'arrondissement no Uncomprendra le rang de la Presqu'Île depuis le no 857 inclusivement au no 907 du cadastre de la paroisse de St-Pie;

L'arrondissement de voirie no deux comprendra la partie Nord-Est du rang l'Espérance depuis et y compris le no 908 au no 840 inclusivement du cadastre de St-Pie; et la partie sud-ouest du dit rang l'Espérance depuis et y compris le no 952 au no 986 inclusivement du cadastre de St-Pie;

L'arrondissement de voirie no trois comprendra cette partie du dit rang l'Espérance appelé communément Petit rang l'Espérance depuis et y compris le no 941 au no 951 inclusivement du cadastre de St-Pie;

L'arrondissement de voirie no quatre comprendra toute la partie du rang St-Ours située en cette municipalité depuis et y compris le no 987 au no 1018 inclusivement du cadastre de St-Pie " .

Cette séance du 12 octobre 1907 ne pouvait être complète sans qu'on ne discute de la principale raison derrière l'avènement de cette municipalité; un pont libre de péage. Il est donc décidé d'inviter les conseillers du village de St-Pie et les directeurs de la Compagnie du Pont de St-Pie pour une assemblée conjointe devant se tenir le 23 octobre 1907 à 13hre. Le but de cette réunion étant de " pouvoir arriver à une entente pour acheter les droits et privilèges de la Compagnie du Pont St-Pie et de reconstruire le dit pont par les deux corporations du village de St-Pie et de la Municipalité de l'Espérance " .

Le maire du village de St-Pie, Léon Marin, ainsi que les conseillers Émile Desparts, Euclyde Senay, Louis Gauthier, Elzéar Tétreault et François Bousquet étaient présents à cette réunion. Il en va de même de Uldéric Hamel président de la Compagnie du Pont St-Pie.

Au sortir de cette réunion, rien n'est cependant réglé. Au contraire la désunion paraît plus grande. En effet, le maire et deux conseillers du village de St-Pie, Desparts et Bousquet, mentionnent à titre individuel qu'ils ont par le passé été en accord pour qu'une aide soit apportée à la reconstruction du pont mais que maintenant la situation était différente " vu qu'il est question de détacher le rang de la Presqu'Île de la Municipalité scolaire du Village de St-Pie et que cela causerait une perte considérable à la Municipalité du Village " . Néanmoins, les conseillers du village précisent qu'ils prendront la chose en considération dès que le coût de la construction du pont sera connu.

Le 16 décembre, le CME (conseil de la municipalité de l'Espérance) vote le règlement numéro trois. Ce règlement propose l'achat des droits et privilèges de la Compagnie du Pont St-Pie pour 2500$ et ce dans le but de construire un pont libre de péage. Les citoyens ne sont pas appelés à se prononcer sur le projet et il est plutôt adopté sur le champ . Lors de cette même réunion, les conseillers tirent au sort le nom des deux conseillers qui devront être remplacés lors de l'élection devant avoir lieu le 13 janvier 1908. Le sort a désigné Nérée Vasseur et Joseph Chagnon comme étant les deux conseillers devant sortir de charge .

Soter Quintal agit à titre de président de l'élection. Il n'y a aucune contestation lors de cette élection et les deux nouveaux conseillers sont élus par acclamation. Abraham Ménard remplace donc . De son côté Nérée Vasseur est élu conseiller en remplacement de lui-même. À la séance suivante, soir le 3 février 1908, donc lors de la dernière séance du conseil de la municipalité de l'Espérance, il est nommé maire de nouveau .

Assez, c'est assez!
Comme nous l'avons vu précédemment, le CMP n'avait pas dit son dernier mot en ce qui concerne la division de la municipalité de paroisse. C'est pourquoi certains contribuables de la paroisse de St-Pie croient bon de notifier les membres du conseil qu'ils ne veulent pas avoir à payer pour les dépenses encourues par un procès contre le conseil du comté . Dans la même veine, Joseph Ravenelle demande au CMP de déclarer sa charge vacante étant donné qu'il ne réside plus dans la municipalité de paroisse de St-Pie, mais plutôt dans la municipalité de l'Espérance .

Le conseil préfère ne pas répondre immédiatement à cette dernière requête . Nous comprenons ici qu'une réponse était peut-être une acceptation de l'existence de la municipalité de l'Espérance. Malgré ce refus, Joseph Ravenelle ne participe plus à aucune autre séance du CMP et ce jusqu'à ce que sa charge se termine, c'est-à-dire le 13 janvier 1908.

Le " procès de Saint-Pie "
Le procès pour faire casser la résolution divisant la paroisse s'est instruit à la cour supérieure de St-Hyacinthe devant le juge Charbonneau en décembre 1907. La partie demanderesse était composée de la corporation municipale de la paroisse de Saint-Pie, de contribuables-électeurs de la municipalité de paroisse et de contribuables-électeurs du village de St-Pie. Les principaux arguments des demandeurs sont :

1- Il y a eut excès de juridiction puisque la municipalité de comté a inclus des immeubles faisant partie du village alors qu'elle n'avait pas juridiction de le faire.

2- Il y a eut des irrégularités graves de procédures : requête non-signée par les deux tiers des électeurs du territoire de la municipalité en devenir et par la majorité des électeurs du territoire restant, aucun avis public n'a été publié dans le village de St-Pie et le conseil a siégé et délibéré à huis-clos en dehors de la salle de délibération.

3- Le conseil du comté de Bagot a décidé une demande d'ajournement de la question sans avoir entendu les opposants malgré leur demande expresse.

4- " Il y a eu abus de pouvoir, arbitraire et injustice puisque la défenderesse a accordé cette division sur une requête n'invoquant aucun fait d'intérêt public pour la justifier " .

15 février 1908; tout est à recommencer
Le samedi 15 février 1908, l'Honorable juge Charbonneau a rendu sa décision, qui comme nous pouvons nous en douter, était très attendue. Ainsi lors de cette journée particulièrement forte en émotion, il invalide la résolution divisant la municipalité et ce, sous prétexte que la municipalité de comté " a inclus dans le territoire de l'Espérance, des immeubles faisant partie du village de St-Pie, territoire qu'elle n'avait pas juridiction d'inclure dans une municipalité de paroisse " . Cette décision fut également rendue sous prétexte " qu'aucun avis public n'avait été donné aux contribuables de St-Pie .

L'œuvre de Dieu : troisième partie
Tout était à refaire, la municipalité de l'Espérance venait de rendre l'âme après une courte existence de près de 7 mois. Le problème demeure entier. C'est à ce moment là que le curé de l'époque, Pierre Zéphirin Decelles, décide d'intervenir afin de régler cette question qui agite et divise profondément Saint-Pie . Il convoque " un petit Congrès de la paix " au presbytère et invite " trois hommes de chacun des groupes : du Village, de la Paroisse, et de la municipalité invalidée de l'Espérance " à s'y rendre. Seront ainsi présents à ce " congrès " : Léon Marin, Euclide Senée, Elzéar Tétreault, Clément Bernier, Aimé Racicot, Louis Chicoine, Nérée Vasseur, Régis Poirier, Joseph Ravenelle et le curé P.Z. Decelles .

Trois séances ont lieu; soit le 23, le 24 et le 28 février 1908. À la toute fin, il y est décidé :

1- qu'un pont libre de péage soit construit au village par la paroisse et le village au prorata de leur évaluation respective;

2- que le village et la paroisse achète le privilège de la Société du Pont de Saint-Pie;

3- que cet achat soit fait aux conditions négociées jadis par la défunte municipalité de l'Espérance;

4- qu'aussitôt que ce pont libre sera payé, ou d'ici quatre ans, un autre pont libre doit être construit moyennant un octroi du gouvernement à la place du pont flottant de Damase Fontaine;

5- Qu'une indemnité de 500$ soit payée à P.E. Roy, propriétaire du pont d'Émileville;

6- Que les contribuables de la défunte municipalité de l'Espérance n'aient pas à participer aux frais encourus par la paroisse depuis le printemps 1907 pour des procédures prises contre l'ancienne corporation de l'Espérance.

Cette dernière procédure n'apparaîtrait cependant pas dans les règlements municipaux puisqu'elle aurait été illégale .

Désormais, le pont pouvait être construit et St-Pie, paroisse et village pouvaient reprendre une existence plus tranquille. Malheureusement, en plus de la relative opposition de quelques conseillers du CMP , des questions d'ordre financières ont failli tout faire échouer. En effet, les contribuables de la défunte l'Espérance auraient bien aimé se faire rembourser une part des 500$ payé pour l'incorporation et P.E. Roy voudrait bien quant à lui être indemnisé pour les 800$ qu'il venait de dépenser pour la réparation de son pont . À ces 1300$ il fallait de surcroît ajouter 150$ pour " remplir " la clause 6. Bref, il y avait un manque à gagner de 1450$ et celui-ci risquait de jeter à l'eau l'œuvre de pacification entreprise sous l'égide du curé Decelles.

Le bazar pour les œuvres paroissiales de Saint-Pie
Ce déficit fut comblé de trois façons. Tout d'abord, une souscription volontaire rapporta pas moins de 695.12$. Ensuite un bazar pour les œuvres paroissiales de Saint-Pie fut entrepris sous le patronage de l'évêque de Saint-Hyacinthe. Cet œuvre de charité tenu au mois de juillet 1908, rapporta pas moins de 703.28$. En dernier lieu, " de généreux amis se partagèrent la balance, soit 51.60$ " .

Les ponts de Saint-Pie
Le règlement 106 mettant tout en place pour la construction de trois ponts libres de péage est promulgué le 2 avril 1908 . Les électeurs ne sont pas appelés à se prononcer cette fois-ci et le conseil approuve unanimement ledit règlement mais quelques-uns s'objecteront quand même, notamment en raison des montants versés à P.E.Roy . En outre, Nérée Vasseur et autres tenteront encore une fois de faire renaître de ses cendres, tel un phénix, la municipalité de l'Espérance . Mais ce sera cependant d'un autre phénix dont il sera bientôt question.

Un pont entre les deux communautés
En effet, le 6 juillet 1908, le CMP conjointement avec le CMV, accepte la soumission de la " Phoenix Bridge & Iron Works, Limited " pour la construction du pont enjambant la rivière Yamaska (Noire?) . Le pont sera construit selon les plans et devis de L.A. Vallée, ingénieur du département des travaux publiques de la province de Québec .

" La dite compagnie sera tenu de construire une charpente en acier de 221 pieds clairs de voie, 228 pieds de pontage, et 16 pieds clairs de voie, préparée d'après les spécifications du Gouvernement, Département des chemins de fer et canaux, Éditions 1905; et aussi les spécifications de l'Ingénieur du Département des Travaux Publics de la Province de Québec; et conformément au plan accompagnant le présent contrat, et en faisant partie, peinturée à une couche de peinture métallique avant de laisser l'atelier. (…)

Le pontage et les soliveaux; qui sont en bois; pin pour les soliveaux et épinette pour le pontage.

Une couche de peinture métallique après que la charpente en acier aura été mise en place. Deux coulées en béton construites d'après les spécifications préparées pat l'Ingénieur du Département des Travaux Publics de la Province de Québec (…).

Le pont devra être livré à la circulation au commencement du mois de novembre prochain " .

Le conseiller Aimé Racicot est mandaté par le conseil afin de surveiller, ou faire surveiller, les travaux de construction du pont sur la rivière Yamaska . Il doit faire " durant l'exécution des travaux tous protêt, protestation et autre choses requises aux fins de faire exécuter les travaux conformément au marché et suivant les spécifications " .

16 novembre 1908
" Aujourd'hui Monsieur Louis A. Vallée, ingénieur du Département des Travaux Publics de la Province de Québec, est venu inspecté les travaux de la construction du Pont sur la Rivière Yamaska entre les Municipalités de la paroisse et du Village de St-Pie. Ce pont en fer fut construit par la Phoenix Bridge et Iron Works (Limited) de Montréal. Conformément à un marché entre les municipalités de la paroisse et du Village de St-Pie, en date du 8 juillet 1908, en conformité à un règlement municipal de ce conseil, adopté le 2 avril 1908, sous no 106, pour le prix de 10 000$ dont 5000$ par ces deux municipalités ( chacune devant contribuer au prorata de son évaluation municipale) (…)

Monsieur L.A. Vallée ayant trouvé les travaux du pont conforment au plan par lui approuvés.

Alors à la demande des deux maires des municipalités de la paroisse et du village de St-Pie, Monsieur le Chanoine P.Z. Decelles, prêtre, curé de cette paroisse bénit ce pont.

Ensuite dans un magnifique discours, il rappelle les événements malheureux qui se sont passés dans cette paroisse à tel point qu'une partie considérable de cette paroisse s'était détaché de St-Pie pour former la Municipalité de l'Espérance.

Ce pont servira à rétablir l'harmonie et la paix entre les citoyens des deux rives Yamaska et demande à tous les paroissiens présents d'oublier le passé et de commencer une nouvelle ère de paix.

Messieurs Frédéric H. Daigneault, membre du comté de Bagot à la Législature de Québec qui a tant travaillé à faire obtenir cet octroi de 5000$ du gouvernement et M. J.E. Marcile, député à la Chambre des Communes à Ottawa, prirent ensuite tous deux la parole. Ils demandent également aux citoyens de St-Pie de laisser dans l'oubli les choses désagréables du passé. L'ouverture de ce pont libre de péage devra ramener l'harmonie entre tous les paroissiens. Ils félicitent Monsieur le chanoine Decelles pour le zèle et le dévouement qu'il a apportés pour amener la paix entre les citoyens de cette paroisse.

Alors M. L.A. Vallée prononce encore quelques paroles et déclare que le pont est maintenant ouvert à la circulation " .

Conclusion
C'est ainsi que se termine l'histoire de la Municipalité de l'Espérance et celle du premier pont libre de péage à St-Pie (à vérifier). Comme nous l'avons vu, l'histoire de l'un est directement liée à l'histoire de l'autre et c'est pourquoi tous deux furent abordés lors d'un même mouvement. La naissance de ce pont est en fait la mort de la municipalité de l'Espérance. La mort et la naissance, deux moments privilégiés pour se rappeler qu'après tout, nous faisons tous partie d'une seule et même famille. C'est, nous croyons, ce que les Saintpiens ont fait ce jour.

Bibliographie

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© Daniel Magnan 2003
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Dernière mise à jour : 30 octobre 2003