Petite histoire des grandes orgues
de la cathédrale Saint-Jean l'Évangéliste

L'histoire de la cathédrale de Saint-Jean l'Évangéliste commence en 1826, avec le décret d'érection de la paroisse. La construction de la première église sera entreprise peu de temps après. Encore aujourd'hui, il est possible aux visiteurs d'observer les vestiges de ce premier temple, devenu depuis la sacristie de la cathédrale actuelle.

«La cathédrale de Saint-Jean peut être fière de ses orgues»

Paul Racine
Historien

La paroisse de Saint-Jean l'Évangéliste a acquis son premier orgue en 1845 de la paroisse Sainte-Thérèse de Blainville. Cet instrument avait été construit par Joseph Casavant (1807-1874), père des deux fondateurs de la célèbre firme de Saint-Hyacinthe. Ce premier orgue était situé dans l'ancienne église dont il est question ci-dessus. En 1865, après l'agrandissement de l'église, la fabrique décide de faire installer un nouvel orgue. Quant au premier instrument, il sera vendu à la paroisse Saint-Sébastien en 1869, avant d'être détruit durant la première moitié du XXe siècle. Au moment d'écrire ces lignes, peu de détails nous sont connus de ces deux instruments, qui étaient de petite taille. En effet, on sait que l'orgue de 1865 ne comportait qu'un vingtaine de jeux seulement.

En 1903, en raison d'un trop grand nombre de réparations nécessaires, la décision est prise de faire installer un nouvel orgue (le troisième) au coût de 9 000 $. Selon les documents d'archives conservés par la maison Casavant, cet orgue de 2,173 tuyaux possédait 38 jeux répartis sur trois claviers et le pédalier. La composition de cet orgue était de caractère symphonique, avec une nette prédominance des jeux de fonds de 8 pieds. La présence de jeux d'anches à tous les claviers est une autre caractéristique intéressante de cet orgue. En observant d'anciennes photographies, on peut constater que la console était de type français, avec les boutons de registres en étages de chaque côté des claviers. C'est à cette console que se déroule la majeure partie de la carrière d'Étienne Guillet (1867-1955), premier titulaire officiel à la cathédrale. Il devait occuper ce poste durant 48 ans, soit jusqu'à son décès survenu le 14 mars 1955.

En 1934 était créé le diocèse de Saint-Jean, devenu depuis le diocèse de Saint-Jean/Longueuil. L'église paroissiale de Saint-Jean l'Évangéliste devenait alors la cathédrale. C'est sous la responsabilité de la Corporation épiscopale qu'a été construit le quatrième orgue (l'instrument actuel), en 1957. En fait, il serait plus juste de parler de reconstruction, puisque l'orgue actuel conserve la majeure partie du matériel sonore de l'instrument de 1903. Cependant, plusieurs améliorations allaient en faire un instrument beaucoup plus complet et polyvalent que ce qu'il avait été durant la première moitié du XXe siècle. Notons les principaux travaux effectués à cette occasion:

  • Ajout d'un nouveau plan sonore, le clavier de solo;
  • Ajout de mixtures sur les claviers de Positif, de Grand-Orgue et de Récit;
  • Ajout d'un jeu de résultant 32 pieds à la pédale, indispensable dans un vaisseau de la taille de la cathédrale;
  • Ajout de quelques jeux de mutation, absents de la composition de 1903 (à l'exception de la quinte du Grand-Orgue, qui a d'ailleurs été conservée dans la composition actuelle);
  • Installation d'une nouvelle console de 4 claviers comportant toutes les innovations que la facture d'orgue avait développé à cette époque.

Rappelons ici que les organistes Conrad Letendre et Raymond Daveluy ont été consultés lors de cette reconstruction et qu'ils ont grandement contribué, par leurs avis judicieux, à la réalisation de ce magnifique instrument. Ajoutons aussi que dans le contexte historique des années 1950, l'ajout de mutations (nazard, tierce, larigot) marque les débuts d'un retour au sonorités classiques chez la firme Casavant.

En plus de M. l'abbé Léon Pépin, titulaire lors de la reconstruction, les organistes suivant se sont succédés à cette tribune: MM. Réjean Poirier, Lucien Poirier (décédé en 1997), Michel Phaneuf et Gilles Trahan, jusqu'à la nomination de Mario Coutu, titulaire actuel.

«La cathédrale de Saint-Jean peut être fière de ses orgues» écrivait M. Paul Racine, historien de l'art, dans un article du journal diocésain paru en novembre 1997. Fierté bien légitime, pourrions-nous ajouter. De caractère symphonique, cet instrument est particulièrement bien approprié au répertoire romantique et moderne, ce qui ne l'empêche pas de servir avec une parfaite dignité la musique des autres époques. Parfaitement proportionné à la taille du vaisseau de la cathédrale, avec ses 53 jeux et ses 3,718 tuyaux, cet orgue est puissant sans toutefois tomber dans l'agressivité, et sans jamais perdre son bel équilibre sonore. Certains travaux seraient toutefois nécessaires, afin de lui redonner tout son éclat d'antan. Nous ne pouvons que souhaiter qu'un élément patrimonial d'une telle valeur artistique ne soit pas abandonné à une lente agonie.


Références bibliographiques

Archives de la firme Casavant, Saint-Hyacinthe.

Archives du journal
Le Canada Français. (Bibliothèque Adélard Berger, Saint-Jean-sur-Richelieu), vol. XCM, no 42, 17 mars 1955.

D'AIGLE, Jeanne.
Histoire de Casavant et Frères, facteurs d'orgue. Saint-Hyacinthe, les éditions D'Aigles, 1988. 935 p. illustr., index.

RACINE, Paul. «La cathédrale Saint-Jean l'Évangéliste de Saint-Jean-sur-Richelieu».
Actualité diocésaine, vol. 8, no 3 (novembre 1997), p. 5.

SIGNORI, Monique et Maurice Laforest.
Une église, une cathédrale: Saint-Jean l'Évangéliste. Saint-Jean-sur-Richelieu, les éditions Milles Roches, 1980. 63 p. illustr.