ANTOINE-AMÉDÉE FILION,
AGENT SEIGNEURIAL, OFFICIER DE MILICE ET PATRIOTE
par Mario Filion
(paru dans La Feuillée)

Il ne m'arrive pas souvent d'écrire des textes incomplets. Et pourtant, en voici un. Si je n'ai guère eu le temps d'effectuer toutes les recherches imaginables afin de mieux cerner le personnage d'Antoine-Amédée Fillion, il m'a pourtant semblé important de le faire d'ores et déjà connaître. En effet, Antoine-Amédée Fillion est une personnalité majeure de l'histoire de la péninsule de Vaudreuil-Soulanges, au Québec. C'est à travers des recherches que j'ai récemment menées afin de reconstituer le passé de cette région québécoise que j'ai glané des notes sur notre homme. Voici donc le résultat de cette cueillette d'informations. Le texte qui suit est rempli de points d'interrogation, de «trous» et de conditionnels: puisse-t-il à tout le moins servir de point de départ à quiconque s'aventurerait à écrire une véritable biographie de cet important Fillion.

* * *


La société rurale d'autrefois n'était pas homogène, loin de là. Au contraire, on distingue une nette hiérarchisation au sein de la population, alors qu'une couche sociale supérieure, celle des notables, détenant prestige ou richesse, exerce diverses formes de pouvoir dans les communautés locales en occupant des paliers de direction revêtus d'honneurs et d'autorité: marguilliers, syndics lors de la construction d'une église, officiers de milice. C'est à cette notabilité paysanne qu'appartient Antoine-Amédée Fillion. Voici son histoire.

Origines
Antoine-Amédée Fillion est le fils de Mathurin Filion dit Champagne (v. 1730-1783) et de Marie-Madeleine Charrier, lesquels se sont mariés à Notre-Dame-de-Québec le 25 avril 1757. Originaire de Bretagne, peut-être de Brest, Mathurin passe au Canada vers 1750 [en 1755?] comme soldat du régiment de Guyenne (1; voir NOTES à la suite de ce texte).  Sa première épouse étant décédée, Mathurin Filion se remariera en 1782 avec Marguerite-Suzanne Roy, veuve de Jacques Amelot.(2)

Antoine-Amédée (peut-être Antoine-Aimé) Fillion (il écrit son nom avec deux L, au contraire de son père) serait né en 1768, si l'on en croit l'âge qui lui est attribué lors de son décès; le lieu de sa naissance demeure inconnu. On lui connaît une soeur, Madeleine, née à Charlesbourg au printemps de 1760. A-t-elle atteint l'âge adulte?

Un heureux mariage
Le 29 septembre 1800, Antoine-Amédée Fillion épouse, à Montmagny, Adélaïde-Antoinette de Beaujeu (1766-1813), fille de Louis Liénard Villemomble de Beaujeu (1716-1802), mort à l'île aux Grues dont il était seigneur), chevalier de Saint-Louis et capitaine de Troupes de la Marine en 1757, (3) et de Geneviève LeMoyne de Longueuil (décédée en 1803 à Montréal). (4) Adélaïde-Antoinette est la nièce du célèbre héros de la Monongahéla, Daniel-Hyacinthe Liénard de Beaujeu (1711-1755), mort durant cette bataille qui déclencha la Guerre de la Conquête.

En 1807 (1806?), Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu (1770-1832), (5) le frère d'Adélaïde, hérite de son oncle maternel, le colonel Joseph-Dominique-Emmanuel de Longueuil, des seigneuries de Soulanges et de la Nouvelle-Longueuil, du côté sud de la péninsule de Vaudreuil-Soulanges. (6) L'ascension sociale de Jacques-Philippe n'est certes pas étrangère à la propre ascension d'Antoine-Amédée Fillion. En 1809, par exemple, Antoine-Amédée siège à Vaudreuil comme juge de paix et coroner aux côtés de monsieur de Lotbinière et Richard Nevisson. Le 18 octobre 1824, lors du mariage de son fils, Antoine-Amédée, aux Cèdres, il se qualifie encore de juge commissaire.

Agent seigneurial
Le 25 octobre 1811, les habitants de la Rivière-à-Delisle (Saint-Polycarpe) signent une requête pour l'église d'une église. Parmi les 141 tenanciers, on trouve le nom d'Antoine Filion, alors qualifié de chargé d'affaires du seigneur Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu. Il est alors courant que les seigneurs, pour qui l'administration d'une seigneurie est devenue une tâche complexe et un véritable casse-tête, requièrent les services d'un chargé d'affaires qui les soulage de ce lourd fardeau. Si certains seigneurs font de mauvais choix et deviennent victimes des ambitions personnelles, des négligences et même des abus de leurs agents seigneuriaux, le seigneur de Soulanges, Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu, ne prend pas de risque en nommant à ce poste son beau-frère, Antoine-Amédée Fillion.

Inutile de dire qu'Antoine-Amédée a su démontrer ses capacités auprès de son parent. De Beaujeu répond ainsi à son obligation de tenir feu et lieu (c'est-à-dire d'habiter) dans sa seigneurie, puisqu'il résidait rue Saint-Paul à Montréal: il nomme un agent pour le représenter auprès de ses censitaires. À titre d'agent seigneurial, Antoine-Amédée a les mêmes devoirs et honneurs que le seigneur: il accorde des terres, il reçoit les cens et rentes des censitaires, il organise les travaux de corvée, etc. Bref, il est un véritable seigneur sans titre. Selon l'abbé Hector Besner, il est estimé de la population puisqu'on retrouve son nom et sa signature au bas d'un grand nombre d'actes civils de religieux: Antoine-Amédée devient, par exemple, le parrain de plusieurs enfants de censitaires.

Ce rôle d'agent seigneurial semble occuper Antoine-Amédée. Ainsi, en 1825, il distribue des terres en une nouvelle concession, située à Saint-Télesphore, appelée Rang Saint-Antoine, à laquelle il donne son nom. (7) Plus tard, le 18 juin 1829, il demande un délai au gouverneur sir James Kempt, à titre de représentant de Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu parti en Europe depuis plus d'un an, pour la foi et hommage que le seigneur est tenu de rendre à Sa Majesté pour les seigneuries de Soulanges et de la Nouvelle-Longueuil. Le gouverneur accorde le délai jusqu'à ce que le seigneur puisse lui-même ou par quelqu'un chargé de sa procuration spéciale rendre et porter la dite foi et hommage à Québec. Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu rendra foi et hommage pour ses deux seigneuries le 13 août 1829.

Les liens familiaux qui unissent Antoine-Amédée avec le seigneur se resserrent le 9 octobre 1816, à l'occasion des funérailles de Louis-Joseph de Beaujeu, le frère cadet du seigneur de Soulanges. Le seigneur et son beau-frère, le sieur Fillion, trouvent exorbitant le tarif (204 francs) exigé par le curé Laurent Aubry pour ces funérailles. De Beaujeu et Fillion ne protestent pas en personne auprès de l'évêque mais des mécontents profitent de l'occasion pour dresser un long réquisitoire contre le curé Aubry qui est remplacé dès l'année suivante (1817).

La fatalité frappe la famille quand, en 1832, Jacques-Philippe Saveuse de Beaujeu est emporté lors d'une grande épidémie de choléra. Les seigneuries restent dans les mains de la famille, alors qu'elles reviennent à son fils, Georges-René. On ne sait si Antoine-Amédée Fillion poursuit sa fonction d'agent seigneurial à la mort de son beau-frère, d'autant plus que Georges-René s'établit à Coteau-du-Lac, au coeur de la seigneurie de Soulanges.

Officier de milice
Instituée dès 1669, la milice a pour rôle de soutenir, à l'échelle locale, la défense de la colonie. Chaque paroisse doit regrouper tous les hommes valides âgés entre 16 et 60 ans, sous les ordres d'un capitaine, un véritable chef à l'échelle locale. Après la Conquête (1760), les milices locales sont démantelées par les conquérants britanniques. Remises sur pied à l'occasion de l'invasion américaine du Canada en 1775, elles sont mises au rancart deux ans plus tard, une fois le danger écarté. En fait, la milice canadienne n'existe que sur papier de 1777 à 1811. La Guerre de 1812, qui oppose les États et la Grande-Bretagne (dont le Bas-Canada est une colonie), favorise la remise sur pied des milices.

La compagnie, qui regroupe entre 30 et 120 hommes d'une même paroisse, est l'unité de base des milices dites sédentaires. Les milices locales sont regroupées au sein d'un bataillon à caractère régional, appelé division. Ainsi, la division de Vaudreuil regroupe les milices de toutes les localités de la péninsule de Vaudreuil-Soulanges. Toute division est commandée par un état-major sous les ordres d'un colonel. En 1813, Antoine-Amédée Fillion succède au seigneur et conseiller législatif Michel-Eustache-Alain Chartier de Lotbinière comme colonel de la division de Vaudreuil, ce qui témoigne de l'importance sociale du pouvoir seigneurial au sein des milices. Le grade de colonel, le plus élevé que puisse atteindre un officier bas-canadien, est très prestigieux, attribué avec parcimonie et, surtout, avec beaucoup de patronage politique. (8) Fillion avait été promu lieutenant-colonel à la Première division de Vaudreuil le 28 juillet 1812, et major depuis le premier juin 1807.

Il semble que les fonctions militaires d'Antoine-Amédée ne soient pas qu'honorifiques: il doit se déplacer en fonction des missions qui lui sont confiées et selon l'urgence des situations. C'est ainsi que lors de la sépulture de son épouse, en octobre 1813, Antoine-Amédée est absent. Il y a fort à parier que les milices de l'ouest de Montréal sont alors en pleine effervescence. En effet, à cette époque de la Guerre de 1812, les Américains planifient une attaque de Montréal par le haut Saint-Laurent et par la rivière Richelieu. En octobre 1813, les troupes américaines, repoussées à la hauteur de Lacolle dans le Haut-Richelieu, décident de gagner Montréal par la rivière Châteauguay. C'est ainsi que, le 26 octobre 1813, le lieutenant-colonel Charles-Michel de Salaberry, qui commande 300 hommes du régiment des Voltigeurs canadiens, repousse quelques 3 000 Américains lors de la célèbre bataille de la Châteauguay qui fit de Salaberry un véritable héros national. (9) On imagine donc l'inquiétude provoquée par cette incursion américaine, à proximité de la péninsule de Vaudreuil-Soulanges, ce qui expliquerait l'absence d'Antoine-Amédée lors de la sépulture de son épouse.

Devenu veuf, Antoine-Amédée convolera en secondes noces aux Cèdres le 6 novembre 1817 avec Françoise Legault, fille de François et de Françoise Gauthier. Antoine-Amédée demeure alors à Coteau-du-Lac.

Patriote
Dans la vie, rien n'est immuable. Antoine-Amédée l'apprend à ses dépends quand, en 1828, il est démis de ses fonctions au sein de la milice vaudreuilloise. Les grandes lignes de cette affaire son présentée devant un comité spécial mis sur pied par la Chambre d'assemblée du Bas-Canada pour étudier l'organisation de la milice. Le jeudi 29 janvier 1829, ce comité entend la déposition de Me Jean-Joseph Girouard, notaire de Saint-Benoît dans le comté d'York.  Voici un extrait des échanges qui ont alors lieu. (11)

«Question du Comité: Pouvez-vous dire que le Colonel Fillion, de York, a été mis en retraite sans avoir été consulté?

Réponse de Girouard: Oui.

Question: Comment le savez-vous?

Réponse: Par une copie d'une Requète présentée à Son Excellence à ce sujet, avec la réponse qui lui a été faite par le Secrétaire de Son Excellence l'Administrateur du Gouvernement.

Q.: Avez-vous connaissance des motifs qui ont été donnés pour la retraite forcée du Colonel Fillion?

R.: Je pense que c'est par rapport au parti qu'il a pris dans les affaires politiques de la Province, (12) et contre l'Élection de John Simpson, Écuyer, à la dernière et à l'avant dernière Élection du Comté. (13)

Q.: Avez-vous connaissance de quelques recommandations que le Colonel Fillion a faites d'Officiers de Milice pour son Bataillon?

R.: Je n'en ai d'autre connaissance que par une Lettre de lui, qui m'a été remise.

Q.: Voulez-vous la remettre au Comité?

R.: Je produis la même.»

Et le notaire Girouard de remettre au président le document suivant.

«Soulanges, 19 Janvier 1829. (14)

Monsieur,

J'ai appris avec plaisir de Mr. Beaudette, (15) que vous voulez bien vous charger des papiers que je vous adressai ces jours passés, qu'il fallait encore celui que j'ai l'honneur de vous remettre.
Il est bon que je vous informe que je fis parvenir la liste ci-incluse au Bureau de notre Adjudant-Général, le 18 Septembre 1826, d'après la réquisition que m'en fit alors le Colonel Chevalier Duchesnay et la direction qu'il m'en donna.

Je suis assuré qu'elle s'est bien rendue par la poste, et qu'elle traîne encore dans le Bureau; chose que je dois croire, ainsi que la trame ourdie par mon successeur, et dirigée contre moi auprès de son grand ami; car les menaces courroucées qu'il me fit publiquement la troisième journée de l'élection de Vaudreuil, en 1824, se trouvent aujourd'hui accomplies.

Il me dit à haute voix, "qu'il serait sous peu Juge de Paix et Colonel de Milice".

Je suis convaincu que qui que ce soit n'a pu produire aucune plainte contre moi, à moins que le Gouvernement Dalhousie, (16) ne se soit repu de mensonges pour avoir signé une retraite que je n'ai jamais sollicitée; car si c'eut été le cas il m'aurait anathémisé (17) comme les autres.

Enfin, si vous pouvez tirer quelque partie de ces papiers, &c. j'en serai content, afin de mettre au jour toutes les intrigues qu'ont employés nos flatteurs pour nous perdre.

Veuillez recevoir mes sincères remercimens, et me croire,

Monsieur,

Votre très-obéissant et très-obligé serviteur,

Antoine Fillion.»

Suit une liste des promotions faites à la division de Vaudreuil par Antoine-Amédée Fillion alors qu'il en était colonel. On y apprend, notamment, qu'il avait recommandé que son fils, Antoine-Amédée, alors enseigne, soit promu au grade de major. Comme Fillion l'écrit, il avait fait parvenir la liste complète de ses miliciens au colonel Duchesnay dès le 18 septembre 1826, tout en envoyant d'autres documents à Godefroy Beaudet, lequel lui avait promis de l'aider.

Reprenons donc.

En 1828, Antoine-Amédée Fillion, père, est donc placé sur la liste de retraite sans aucune représentation ni consentement de sa part. Fillion devrait cette attention particulière à sa participation aux deux dernières campagnes électorale du comté d'York, tenues en 1820 et en 1824. Il s'était alors opposé à l'élection du candidat bureaucrate, le colonel John Simpson, de Coteau-du-Lac. Simpson, un anglophone, comme son nom l'indique, appartenait au groupe des bureaucrates, ouvertement favorables aux politiques impérialistes de la Grande-Bretagne.

Or, les documents indiquent clairement que Fillion est prématurément mis à la retraite à la suite du «parti qu'il a pris dans les affaires politiques de la Province, et contre l'Élection de John Simpson, Écuyer, à la dernière et à l'avant dernière Élection du Comté.» Simpson étant un bureaucrate, on doit donc conclure qu'Antoine-Amédée Fillion était favorable au parti patriote de Louis-Joseph Papineau. C'est donc à cause de ses convictions patriotes qu'il a été démis de son grade.

Si on ne sait ce qui s'est passé en ce qui concerne Antoine-Amédée lors de l'élection de 1820, celle de 1824 nous est, par contre mieux connue. Les élections se tiennent alors pendant plusieurs jours: chaque électeur déclare à haute voix à l'officier rapporteur le nom du candidat pour qui il vote, une pratique favorisant les pressions indues. Les élections ne se déroulent pas sans problème: en voici la preuve. Le troisième jour de l'élection de 1824, Antoine-Amédée Fillion est de passage à Vaudreuil. Sans aucune provocation de sa part, il est assailli et fortement malmené par des individus soupçonnés d'être à la solde d'adversaires politiques (les bureaucrates?). À la même époque, un bureaucrate de sa localité lui aurait d'ailleurs dit en public «que prochainement il [ce personnage] devait être promu juge de paix et colonel de milice» en ses lieu et place. Il n'en faut pas plus pour faire croire à Fillion que sa destitution résulte d'un complot ourdi contre lui par un successeur éventuel.

Honneurs
Le rôle et la position sociale d'Antoine-Amédée Fillion l'amènent à recevoir maints honneurs. Ainsi, le 26 juillet 1820, il assiste à la bénédiction de la cloche de l'église paroissiale de Saint-Polycarpe. La dite cloche est baptisée «Catherine», du nom de la propre fille d'Antoine-Amédée. Les registres paroissiaux sont clairs.

«Par nous, prêtre soussigné, [Pierre Nicolas Leduc] a été bénite sous le nom de Catherine, une cloche du poids de 529 livres, formant avec son battant 554 1/2 livres. Le parrain a été Jacques Philippe Saveuse de Beaujeu, écuyer Seigneur de cette paroisse, et la marraine Demoiselle Adélaïde Catherine Fillion.»
Signalons que, le 5 janvier 1904, Mgr Médard Émard, le premier évêque du diocèse de Valleyfield, vient procéder à la bénédiction de trois nouvelles cloches à Saint-Polycarpe. À cette occasion, la vieille cloche «Catherine» est remontée dans le clocher neuf à la demande du curé Zéphirin Auclair. On le fera carillonner aux jours de grandes fêtes.

Épilogue
Antoine-Amédée Fillion meurt en 1848 à Coteau-du-Lac où il est inhumé. Il est alors octogénaire.

Antoine-Amédée et Adélaïde de Beaujeu ont laissé deux fils. Le premier, Antoine-Amédée, dont nous avons déjà parlé, serait né en 1801 à Coteau-du-Lac. Enseigne de milice aux Cèdres en 1812 (il n'aurait eu que 12 ans!!!), (18) il se marie aux Cèdres le 18 octobre 1824 à Adélaïde Wilson, fille d'Alexandre, écuyer, collecteur de la Douane, et d'Angélique Dumuisseau Manthête, du même endroit. Le couple habitera à Coteau-du-Lac. Antoine-Amédée fils poursuit sa carrière d'officier de milice: il est capitaine aide-major du 4e bataillon de York (Vaudreuil), le premier juillet 1828, puis major de milice en 1829. Il meurt en 1882 à Coteau-du-Lac. Un autre fils, André, fut enseigne puis aide-major dans la milice en 1817.

La cadastre abrégé de la seigneurie de Soulanges, établi en 1859 (cinq ans après l'abolition du régime seigneurial), rapporte encore la présence de Filion dans la péninsule.

Au numéro 534, la terre agricole no 30, sise sur la Concession au-dessus du village de Soulanges, mesure 2 arpents de front par 20 de profondeur, totalisant 40 arpents en superficie. (19) Le lot est grevé d'une rente constituée de 3 sols et 10 deniers. Cette terre est dite propriété/copropriété d'Antoine-Amédée et d'Adélaïde Filion. Comme ces derniers sont décédés depuis belle lurette, des questions se posent: le terrier seigneurial est-il à jour? Les noms donnés sont-ils ceux des censitaires originaux? Réfère-t-on tout simplement aux héritiers du couple Fillion-De Beaujeu?

Par ailleurs, dans le village des Cèdres, la ligne 211 se rapporte à l'emplacement numéro 85, mesurant 183,5 pieds carrés. Ce lot semble avoir une valeur marchande de 2 400 francs, ancien cours, et il est grevé d'une rente constituée à payer de: 1 livre, 3 sols et 5 deniers. Le lot est la propriété de Marie T. et Julie E. Filion. Qui sont-elles? Sont-elles apparentées au couple Fillion-De Beaujeu?

Tant de questions, tant à découvrir. Prendre le temps ou ne pas prendre le temps: voilà LA question...

* * *

BIBLIOGRAPHIE

Notre recherche est fondée sur les sources suivantes:
AUCLAIR, Élie-J. «Saint-Polycarpe de Soulanges», Mémoires de la Société royale du Canada, 27, 1 (mai 1933): 161-183.
AUCLAIR, Élie-J. Histoire de la paroisse Saint-Joseph-de-Soulanges ou Les Cèdres (1702-1927). Montréal, Imprimerie des Sourds-muets, 1927, 416 p.
BESNER, Hector. Histoire de Coteau-du-Lac. Tome 1: Les origines. Coteau-du-Lac, Société d'histoire de Coteau-du-Lac, 1996, 199 p.
Cadastres abrégés des seigneuries du district de Montréal. Québec, S. Derbishire et G. Desbarats, 1863, 3 vol.
CUERRIER, Gérald et al. Saint-Polycarpe, Nouvelle-Longueuil: 150e. [Saint-Polycarpe, Comité pour les fêtes du 150e anniversaire de Saint-Polycarpe—Nouvelle-Longueuil, 1979], 111 p.
GUITARD, Michelle. Histoire sociale des miliciens de la bataille de la Châteauguay. Ottawa, Parcs Canada, 1984, 150 p.
Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, 1828-1829, Appendice Ii, «Rapport du comité spécial sur l'organisation de la milice».
LEFEBVRE, Jean-Jacques, «Saveuse de Beaujeu, Jacques-Philippe», Dictionnaire biographique du Canada. Volume VI: de 1821 à 1835, Québec, Presses de l'Université Laval, 1987, pp. 761-762.
LEGAULT, Roch, «L'organisation militaire sous le régime britannique et le rôle assigné à la gentilhommerie canadienne (1760-1815)», Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 45, no 2 (automne 1991): 229-249.
LÉGER, Jean-Marie. Centenaire de Saint-Télesphore de Montjoie en Nouvelle-Longueuil, cté Soulanges, Québec. [Saint-Télesphore, Comité du centenaire, 1976], 95 p.
LÉPINE, Luc. Les officiers de milice du Bas-Canada, 1812-1815. Montréal, Société généalogique canadienne-française, 1997.
ROY, Pierre-Georges. Inventaire des concessions en fiefs et seigneuries, foi et hommages et aveux et dénombrements conservés aux Archives de la Province de Québec. Beauceville, L'Éclaireur, 1927-1929. 6 vol.
SÉGUIN, Robert-Lionel. «Les miliciens de Vaudreuil et de Soulanges (1672-1867)», Rapport de l'archiviste de la Province de Québec, 36-37 (1955-1957): 225-252.
SÉGUIN, Robert-Lionel. Le mouvement insurrectionnel dans la presqu'île de Vaudreuil: 1837-1838. Montréal, Librairie Ducharme, 1955, 144 p.

Qu'il me soit, enfin, permis, d'exprimer ma gratitude à M. l'abbé Hector Besner, un enfant de Vaudreuil-Soulanges, qui a lu une première version de cet article et qui m'a suggéré ajouts et corrections.

* * *

NOTES
 

1.  On connaît les noms de deux autres Filion venus au Canada à l'époque de la Guerre de Sept ans. Il s'agit de Jacques Filion dit LaFrance, du régiment de la Reine, et de Charles Filion dit Sanssoucy, du régiment de Béarn.

2. Il nous est actuellement impossible d'établir si des descendants de Mathurin Filion dit Champagne vivent encore en Amérique du Nord. Nos recherches ont toutefois permis de retracer des descendants à Montréal au début du 20e siècle.

3. En 1775-1776, ce seigneur loyaliste tente vainement de rallier ses censitaires à la cause du Roi.

4. Sa soeur, Geneviève (1753-1846) a épousé en 1771 à Québec le sieur Joseph Biron. Celui-ci décède en 1826 à Soulanges. Geneviève meurt en 1846 à Saint-Polycarpe. Un frère cadet, Louis-Joseph (1769-1816) meurt aux Cèdres. Il avait le grade de lieutenant-colonel. Le frère aîné, François de Beaujeu (1756-1840), bien que né à Québec, passe en France où il mène une brillante carrière militaire, participant à l'expédition maritime de La Pérouse en 1782.

5.  Protonotaire de Montréal en 1794, député de Montréal en 1814, membre du Conseil législatif en 1830.

6.  Alors que la seigneurie de Soulanges correspond à peu près à l'actuel territoire des Cèdres, de Saint-Clet, de Pointe-des-Cascades et de Coteau-du-Lac, celle de la Nouvelle-Longueuil englobe les territoires de Rivière-Beaudette, Saint-Polycarpe, Saint-Zotique et Saint-Télesphore.

7.  Cette route porte aujourd'hui le nom de Chemin Saint-Antoine.

8.  Les officiers supérieurs de l'état-major sont, par ordre hiérarchique, le colonel, le lieutenant-colonel et le major. Suivent, à l'échelle locale, le capitaine, le lieutenant et l'enseigne. Chez les hommes de troupe, on retrouve le sergent, le caporal et le milicien. La solde des militaires est établie selon leur rang. Ainsi, un colonel actif reçoit un salaire annuel de 350 livres sterling, soit 35 fois plus qu'un simple milicien...

9.  Signalons, pour le bénéfice des amateurs d'histoires de F(Ph)il(l)ion, que deux Filion sont impliqués dans la bataille de la Châteauguay à titre de membres de la milice d'élite et incorporée, choisis par tirage au sort dans les divisions des milices sédentaires. Il s'agit de Joseph Filion, caporal au Cinquième bataillon, dans la compagnie de Pierre Grisé, et d'Antoine Filion, soldat dans le Cinquième bataille, compagnie de Louis Lévesque. Ajoutons, enfin, que le 18 décembre 1812, un certain Paul Fillion, de Saint-Joachim, est enseigne dans la milice sédentaire de la Division de Beauport. Qui sont ces Fil(l)ion?

10. Le comté d'York comprend alors toute la rive nord du fleuve sise à l'ouest de la seigneurie de Blainville, Vaudreuil-Soulanges et l'île Perrot compris.

11.  Nous avons respecté l'orthographe de l'époque.

12.  C'est-à-dire le Bas-Canada.

13.  Il s'agit des élections de 1820 et de 1824.

14.  La lettre qui suit est tirée du Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, 1828-1829, Appendice Ii, «Rapport du comité spécial sur l'organisation de la milice».

15.  Il s'agit de Godefroy Beaudette, de Saint-Polycarpe.

16.  Sir George Ramsay, comte de Dalhousie (1770-1838), gouverneur du Bas-Canada de 1820 à 1828.

17.  Condamné.

18.  Certains documents précisent qu'il était aide-major enseigne au Premier Bataillon de Vaudreuil, le 30 juillet 1812. Il résidait à Coteau-du-Lac.

19.  Il s'agit d'une correction, la saisie originale ne donnant que 30 arpents.
 


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