ISIDORE FILION, LE PIONNIER
par Mario Filion
(Article paru dans La Feuillée)

Isidore engendra Magloire, Magloire engendra Jean, Jean engendra Jean, et Jean engendra Mario. À l'époque où j'ai écrit cet article (1990), je venais d'engendrer Antoine. À bien y penser, c'est cette nouvelle réalité, bien présente et remplie d'espoir pour l'avenir, qui m'a en quelque sorte forcé à me pencher sur mon passé familial. Voilà l'origine et la justification de ce texte sur mon arrière-arrière-pépére.

La famille
Isidore Filion était né du premier lit que François partagea avec Josephte Aubé. Il est né (et baptisé) le 2 septembre 1809 à Sainte-Thérèse où résidaient ses parents. Il avait un frère jumeau, Paul. Son frère aîné, Moïse (né le 19-08-1808), émigra dans l’état du Michigan (États-Unis) et devint le fondateur du lieu connu sous le nom de «Filion»; Moïse est aussi l’ancêtre d’une importante branche américaine de la famille. À date, nous avons dénombré que François et Josephte avaient donné naissance à quinze enfants. Au décès de Josephte, François convola (quel beau mot!) avec Marie-Anne Piché avec qui il eut au moins huit autres enfants… En tout, François était le père de 23 enfants, peut-être plus, en fouillant dans les archives…

Les enfants
Le 30 juillet 1832, Isidore épousa Marie Gagnon. Cela se passait à Sainte-Anne-des-Plaines. L’histoire ne dit pas comment un gars de Sainte-Thérèse allait pêcher une fille de Sainte-Anne-des-Plaines il y a 150 ans…

Isidore et Marie donnèrent naissance à un certain nombre d’enfants… Je dis «un certain nombre» parce que je ne suis pas encore certain du nombre exact. Dans notre Répertoire généalogique, on en retrouve quatre, logés au numéro 157: Magloire, Scholastique, Philomène et Isidore, fils. Mais un rapide coup d’oeil dans les registres de quelques paroisses du nord de Montréal permet d’augmenter cette liste et de préciser, sinon les dates de baptêmes, du moins l’ordre de naissance des enfants.
 

1. Scholastique, née vers 1834 (selon le recensement de 1851);
2. Magloire, né vers 1836-1837 (selon les recensements de 1851, 1861, 1871 et 1881);
3. Isidore, fils, né le 02-10-1838 à Saint-Jérôme et décédé au même endroit le 17 octobre suivant;
4. Philomène, née le premier mars 1839 à Saint-Jérôme;
5. Aurélie, née vers 1841 (selon le recensement de 1851. N’est mentionnée nulle part ailleurs);
6. Rose de Lima, né le 24 janvier 1842 à Saint-Jérôme et décédée au même endroit le premier mars suivant;
7. Léocadie, née le 17-02-1843 à Saint-Jérôme et décédée au même endroit le 22 février suivant;
8. Julie, née vers 1844 (selon le recensement de 1851. N’est mentionnée nulle part ailleurs);
9. Melchior, né le 17-05-1845 à Saint-Jérôme et décédé le 17-07-1848 au même endroit;
10. Marie, née le 05-04-1847 à Saint-Jérôme et décédée à Saint-Jérôme le 11-07-1848 (on le nomme Léocadie dans l’acte de sépulture).


Isidore, le Jérômien
Je ne sais trop où Isidore et Marie s’établirent après leur mariage: leurs noms n’apparaissent pas, par exemple, dans les registres de Sainte-Thérèse ou de Saint-Eustache. Quoiqu’il en soit, nous trouvons leurs premières traces à Saint-Jérôme en 1842. La paroisse existait depuis 1834.

Le recensement de l’époque indique que la famille habitait le rang Bas de la rivière du Nord. Vous savez où ça se trouve? Eh bien, la réponse est fort simple. Quand vous vous dirigez vers le Nord en empruntant l’autoroute des Laurentides (autoroute 15), vous dépassez la sortie de Saint-Antoine-des-Laurentides et, quelques centaines de mètres plus loin, un pont vous permet d’enjamber la rivière du Nord. Filant à 100 km/h sur l’autoroute, vous jetez alors un bref coup d’oeil à gauche et vous vous dites que la terre d’Isidore était quelque part par là.

Isidore «fillion» (oui, c’est de cette manière que son nom apparaît dans le dit recensement) était propriétaire de la terre qu’il cultivait. Sur les quelques 135 arpents que comptait la terre en question, seulement sept sont cultivées. Cette faible proportion laisse croire que la famille Filion habitait les lieux depuis peu. En effet, d’après une note que m’a confiée mon petit-cousin Mario Nadon, Isidore aurait acheté les lots 457 et 458 de la paroisse de Saint-Canut le 3 décembre 1840 d’un certain Pierre Gagnon. Le jour où j’aurai le temps de fouiller le greffe du notaire André B. Lavallée, je pourrai vous en dire plus long sur le dit achat.

À cette époque, la famille Filion compte six membres dont les noms ne sont pas mentionnés au recensement mais que le recensement de 1851 nous permet de nommer: Isidore Filion, Marie Gagnon et leurs enfants: Aurélie, Philomène, Magloire et Scholastique. Le recensement fait état des productions agricoles d’Isidore pour l’année: 5 minots de blé froment, 1 [?] minot d’orge, 60 minots d’avoine, 13 minots de pois, 3 minots de blé d’Inde, 4 minots de sarrasin et 30 minots de patates. Quand au cheptel dont la famille dispose, il est vite décrit: 3 bêtes à cornes, 1 cheval, 3 moutons et 2 cochons. La famille, Marie Gagnon en tête, déclare sa production de tissu: 7 verges de flanelle et 5 livres de laine. Pour tout [!] cet avoir, Isidore doit payer des rentes seigneuriales de 22 livres et 2 sols. Je ne pourrais cependant dire ce que cette somme, directement issue du Régime français, représentait pour l’époque. J’imagine pourtant qu’Isidore, en bon cultivateur de la vallée du Saint-Laurent, devait se dire: «Trop! Beaucoup trop!»

Oui, sûrement trop. D’ailleurs, ma famille a conservé maints documents anciens (dont de nombreuses factures, des billets, des obligations, des prêts, etc.) qui laissent croire qu’Isidore était, comme les gens de son temps, endetté jusqu’au cou. Devant les dettes qui s’accumulaient, une seule solution: partir... C’est, en effet, en juillet 1848 que l’on trouve la dernière trace de la famille d’Isidore à Saint-Jérôme.

Partir, mais où? Les basses terres de la Vallée du Saint-Laurent sont surpeuplées depuis longtemps: inutile de chercher dans cette direction. Quelques-uns, comme son frère Moïse, ont déjà gagné les États-Unis: la saignée de l’émigration canadienne-française chez nos voisins du Sud est déjà commencée. Mais, pour qui veut rester au pays, il reste une alternative: les forêts vierges du Nord…

Au pays de monsieur Morin
Depuis quelques années, on avait commencé à arpenter de nouveaux territoires situés dans l’arrière-pays des seigneuries. L’administration anglo-canadienne, que le régime seigneurial dégoûtait, avait mis sur pied un nouveau système de distribution et d’administration de terres: celui des cantons ou townships.

Le canton d’Abercrombie, immédiatement situé derrière la seigneurie des Mille-Îles. Le canton fut arpenté en 1840 et érigé en canton en 1842. Bientôt des colons venus de Saint-Jérôme, de Saint-Janvier, de Saint-Eustache, de Sainte-Scholastique, de Saint-Hermas et d’ailleurs se lancent à l’assaut de ce canton en suivant les méandres de la rivière du Nord à travers les premières hauteurs des Laurentides.

Dès les débuts du mouvement de colonisation du Nord, Augustin-Norbert Morin (avocat, homme politique, juge, Patriote de 1837, député de Terrebonne, ministre du gouvernement du Canada-Uni) avait manifesté un vif intérêt pour le développement de cette région. Y voyant un lieu d’élection privilégié, le jeune député ébauche un plan de défrichement de cette immense région jusque là inviolée. Morin se fait concéder 1 383 hectares de terres et 1842 puis 172 autres par la suite, alors qu’il sera commissaire des Terres ou député. Comme la situation est gênante et que l’on pourrait crier à la corruption, Morin attribue une partie substantielle de ses terres à des colons, tout en procédant à son propre établissement dans ce domaine qui est maintenant connu sous le nom de Mont-Rolland.

Morin agit comme une sorte de seigneur, donnant même l’exemple aux colons en montant à l’assaut du Nord. Bien avant l’intervention du curé Labelle donc (qui n’interviendra qu’après 1868, qui veillera à la colonisation des Hautes-Laurentides et à qui on doit la construction du Train du Nord), Morin a lancé la colonisation des Pays-d’en-Haut, proposant même la construction d’un chemin de fer.

En 1846, Mgr Bourget érige le canton d’Abercrombie en mission. Il semble alors que c’est la maison de Morin qui servira de chapelle. En 1848, le curé de Saint-Jérôme, M. Thibault, sensible aux grandes distances qu’il lui faut parcourir pour desservir les mission du Nord, convoque les catholiques d’Abercrombie pour l’élection de syndics. Ceux-ci pourront légalement acquérir un terrain et pourvoir à la construction d’une première véritable chapelle. L’assemblée eut lieu le 26 septembre: parmi les quatre syndics élus, on retrouve le nom d’Isidore Filion.

Augustin-Norbert Morin donne le terrain où sera érigée la chapelle; c’est le site même de l’église actuelle. L'acte de donation est passé le 23 juin 1849 devant Me A. B. Lavallée de Saint-Jérôme. Mais la construction de la chapelle coûte cher et les pauvres colons, comme Isidore, ne peuvent donner que quelques pièces de menue monnaie pour l’entreprise. La chapelle est cependant achevée le premier 1853 alors qu’on y chante la première messe.

Bientôt on dut élire des marguilliers. La première élection eut lieu le 6 février 1853. Les élus sont des colons de la première heure: Alexis Deslauriers, Joseph Legault et Isidore Filion. Mais l’élection n’est pas valide puisque la paroisse n’est pas érigée canoniquement. En 1854, une requête, portant environ 150 noms dont celui d’Isidore Filion, est présentée en ce sens à Mgr Bourget. Le décret d’érection est accordé le 18 juillet 1854. La nouvelle paroisse portera le nom de Sainte-Adèle, en l’honneur de l’épouse de l’Honorable Morin, Adèle Raymond.

Voilà donc mon bisaïeul rendu dans le canton d’Abercrombie!

En juillet 1848, on trouvait sa trace à Saint-Jérôme et au mois de septembre suivant, il devenait marguillier de la future paroisse de Sainte-Adèle. Comment expliquer que ce «pauvre» cultivateur jérômien puisse, en deux mois, devenir l’un des «notables» d’une nouvelle localité? Je poserai une hypothèse: bien qu’établi à Saint-Jérôme, Isidore avait, depuis quelques temps (des mois? des années?), jeté son dévolu sur le canton d’Abercrombie. Il avait trouvé une terre qui lui convenait (toujours sur les rives de la rivière du Nord), il connaissait A.-N. Morin, il avait commencé le défrichement du lot, il y avait probablement entrepris la construction d’une maison. En protégeant ses arrières, ses acquis, il allait de l’avant. Un jour, quand j’aurai le temps, je finirai bien par trouver à quel moment Isidore a officiellement pris possession de son lot dans Le Nord…

Le recensement de 1851 fait état de l’exploitation d’Isidore. Même si les chiffres ne sont pas terribles, on voit bien qu’Isidore a mis la main à la pâte depuis un bout de temps. En 1851, donc, la famille Filion compte sept membres: Isidore Filion, cultivateur, 42 ans; Marie Gagnon, 47 ans; Magloire Filion, journalier, 15 ans; Scholastique Filion, 17 ans; Philomène Filion, 12 ans; Aurélie Filion, 10 ans, et Julie Filion, 7 ans.

Fait curieux, Magloire, le fils, est dit «journalier»: c’est dire qu’il ne travaille pas sur la terre paternelle. Et, malgré son jeune âge, il doit vendre ses services ailleurs pour rapporter à la maison les quelques sous dont la famille a tant besoin. Autre fait curieux, le recensement mentionne qu’Isidore et Julie, sa fille, «résident hors des limites» du canton. Cela signifie-t-il qu’ils n’étaient tout simplement pas là lors du passage du recenseur? Ou bien Isidore avait-il encore une terre à Saint-Jérôme? L’avenir me le dira… peut-être.

En 1851, les Filion habitent une maison en pièces de bois d’un étage. Il n’y a pas d’autre famille qui réside avec eux. Ils sont établis sur le Neuvième Rang et ont un demi-lot de 100 acres. Ils ont 11 acres en culture (5 sont cultivés et 6 servent au pâturage) et 89 acres en bois debout. Leurs récoltes en 1851 se chiffrent comme suit: 1/2 arpent de blé rapporte 2 minots; 1/2 arpent d’orge rapporte 4 minots; 1 arpent de pois rapporte 6 minots; 6 arpents d’avoine rapportent 100 minots; 1/2 arpent de sarrasin rapporte 10 minots, et 1/2 arpent de patates rapporte 50 minots. De plus, les Filion produisent 80 livres de sucre d’érable! Pour tout cheptel, ils n’ont qu’une vache…
Une chose me semble certaine: Isidore et les siens ont définitivement fait leurs adieux à la région jérômienne. En s’établissant sur le territoire de ce qui deviendra Sainte-Adèle, puis Mont-Rolland, ils avaient trouvé leur place au soleil. Un soleil qui luit encore pour leurs descendants qui leur survivent près d’un siècle et demi plus tard.

Quand Isidore s'est donné à Magloire
En 1858, le fils aîné d'Isidore, Magloire, alors au début de la vingtaine, allait voir son sort changer du tout au tout. En effet, le 19 janvier 1858, Isidore signa un contrat notarié par lequel il se «donnait» à Magloire. Dans ce contrat, Isidore donne la plus grande partie de ses biens à Magloire à de nombreuses conditions. À croire que Magloire s'est bien fait avoir en acceptant cette donation...

Quelques instants plus tard, Isidore signait son testament. Comme tout avait été donné à Magloire, il ne restait guère à dire dans le testament.

Au fil des recensements
Ceci étant dit, je vous entraîne à Sainte-Adèle, au siècle dernier, où les recensements de l’époque nous permettront de nous faire une idée de la vie des gens d’autrefois.
Sainte-Adèle, 1861

Dès après la donation de 1858, les membres de la famille Filion qui apparaissent au recensement de 1861 sont les suivants: Isidore Filion, cultivateur, 51 ans, marié à Marie Gagnon, 37 ans; Magloire Filion, 25 ans, célibataire; et Philomène Filion, 21 ans, elle aussi célibataire. Scholastique est, depuis 1853, mariée à Moïse Bélec.

Aucun des membres de la famille ne savait lire ou écrire. Ils habitaient une maison d’un étage en bois sise sur le lot numéro 10 du Rang 9 du canton d’Abercrombie. Le lot avait une superficie de 100 acres.
En 1860, l’utilisation de leur terre était la suivante: 64 acres en culture (43 acres ont produit des récoltes, 20 7/8 acres étaient en pâturage, 1/8 d’acre était en jardin), 36 acres en forêts. La valeur de la terre était alors estimée à 500$ tandis que celle des outils (dans laquelle il faut inclure les instruments aratoires) était évaluée à un gros 50$ !

En 1860, la production agricole de la famille Filion était la suivante: un acre de blé de printemps produisait 3 minots; un acre d’orge rendait 15 minots; trois acres et demi de seigle donnaient 20 minots; un acre et demi de pois donnait 15 minots; 18 acres d’avoine rendait 150 minots; 1/4 d’acre donnait 7 minots de sarrasin; 2 acres de pommes de terre produisaient une récolte de 200 minots. Il semble que l’on récolta 250 bottes de foin (dont le poids n’est pas précisé dans le recensement.

Sainte-Adèle, 1871
Quelle est la situation dix ans plus tard?

La famille, qui portait le numéro 259 dans le recensement, était composée de: Magloire Filion, 34 ans, cultivateur (son nom apparaissant au premier rang, il est alors considéré comme le chef de la famille); et Julie [Tassé] Filion, 30 ans, sa femme (qu’il a épousée le 26 février 1862 à Sainte-Adèle).
Leurs enfants: Amenda Filion, 8 ans; Anatalie Filion, 7 ans; Mathias Filion, 5 ans; Magloire Filion, 2 ans; et Alexandre Filion, 9 mois.

Bien sûr, les parents de Magloire font partie de la famille: Isidore Filion, 63 ans, cultivateur; et Marie [Gagnon] Filion, 71 ans. Philomène a quitté le giron familial à la suite de son mariage avec François Laurin en 1867.

Magloire, père, Julie, sa femme ainsi qu’Isidore et Marie Gagnon étaient toujours considérés comme ne sachant ni lire ni écrire.

Magloire était propriétaire de: une terre de 200 arpents, une maison, deux bâtiments, cinq voitures, cinq charrettes, deux embarcations (est-ce à cause de la proximité de la rivière de Nord qu’il fallait si souvent traverser, remonter ou descendre?) et une charrue. La famille habitait toujours le lot 10 du Neuvième Rang d’Abercrombie.

De plus le recensement de 1861, pas moins de 125 arpents de terre sont alors en culture, vingt sont en pâturage et 1/2 arpent sert de jardin.

Quant à la production agricole, voici les chiffres que Magloire donna au recenseur: 14 minots de blé de printemps (pour 2 arpents et demi semés), 50 minots d’avoine, 14 minots de pois, trois-quarts de minot de fèves, 11 minots de sarrasin, 4 minots de blé d’Inde, 130 minots de patates (pour 1 arpent et demi semé), 800 «balles» de foin (pour 10 arpents récoltés), 1 minot et demi de graine de lin, 56 livres de lin, 20 livres de tabac et 150 livres de sucre d’érable (il y en avait alors 1 000 livres dans toute la paroisse; les Filion détenaient donc 15% de la production locale !).

Le cheptel de la famille Filion ne comptait pas quinze animaux: deux chevaux de plus de 3 ans, deux vaches à lait, trois autres bovins (veaux, taures), quatre moutons et deux cochons. Voici ce qu’en 1870 on tira à titre de productions animales: deux bovins tués pour la boucherie, trois moutons  tués pour la boucherie, trois cochons tués pour la boucherie, 30 livres de beurre et 10 livres de laine.
Mais ce n’est pas tout: les Filion de Sainte-Adèle portaient à leur actif d’autres types de productions: 15 verges d’étoffe et de laine, 36 verges de toile de lin, 1 fourrure (est-ce celle d’un animal sauvage?), 3 cordes d’écorce à tanner et 25 cordes de bois de chauffage.

Sainte-Adèle, 1881
Une décade passa. Le recensement de 1881, ne nous éclaire que sur les membres de la famille Filion, qui porte alors le numéro 104: Magloire Filion, 44 ans, cultivateur, marié à Julie Filion, 40 ans. Leurs enfants: Amanda Filion, 18 ans; Malta [Mathias?] Filion, 15 ans, écolier; Magloire Filion, 12 ans, écolier; Alexandre Filion, 11 ans, écolier; André Filion, 8 ans, écolier; Joseph Filion, 6 ans, écolier; Élie Filion, 2 ans, sourd-muet [!].

Sont, enfin, toujours de ce monde, les pionniers de la famille à Sainte-Adèle: Isidore Filion, 70 ans; et Maxima [Marie?] Filion, 80 ans.

Sainte-Adèle, 1891
Voici un portrait de la famille, il y a un siècle. Magloire est toujours considéré comme le chef de famille. Âgé de 54 ans, il se dit cultivateur et ne sait ni lire ni écrire. Son épouse, Julie (Tassé) a 51 ans. Elle sait lire mais elle ne sait pas écrire.

L'aîné des garçons, Mathias, a quitté la maison paternelle. Il reste donc sept enfants à la maison:

• Amanda se dit âgée de 26 ans; curieusement, elle en avait 18 en 1881 (encore une dont l'âge ne suivra pas les années...). Elle sait lire et écrire.
• Magloire, fils, a 21 ans. Il travaille comme cultivateur, peut-être avec son père. Il sait lire et écrire.
• Alexandre est âgé de 19 ans (il en avait 11 en 1881). On le dit atteint d'aliénation mentale.
• Julie, qui n'apparaissait pas au recensement de 1881, est âgée de 17 ans. Elle sait lire et écrire.
 • Joseph a 14 ans (il en avait 6 en 1881). Il sait lire et écrire.
• Élie, qui n'avait que 2 ans en 1881, en a maintenant 7! À moins qu'il ne s'agisse d'un autre garçon et que le premier, qui semblait frappé d'infirmité, soit décédé et qu'on ait donné le même prénom à un nouveau fils.) L'enfant sait lire mais pas écrire.
• Jean (c'est mon grand-père) n'était pas né en 1881. Il est maintenant âgé de 5 ans. Comme on imagine, il ne sait ni lire ni écrire.


Et Isidore? Eh bien, il est encore là! Il est âgé de 82 ans et, on s'en rappelle, il est rentier. Il est veuf depuis le décès de Marie Gagnon (survenu entre 1881 et 1891).

Hélas, son règne achève. Sa notice nécrologique est parue dans le fameux journal La Minerve en 1891. Pourquoi un si prestigieux journal consacrait-il tant d'espace à mon aïeul? La raison est simple: Mathias, le fils aîné de Magloire (et donc petit-fils d'Isidore) était alors journaliste à La Minerve. Bien que l'article ne soit pas signé, tout porte à croire que c'est lui qui écrivit l'article sur les funérailles de son grand-père. Mathias écrivait: «Raconter la vie du défunt, c'est faire l'histoire de Sainte-Adèle...»

Avec le décès d'Isidore Filion, c'est une page de l'histoire des Pays-d'en-Haut qui venait d'être tournée. C'est avec émotion que je l'ai relue pour vous à l'occasion de centenaire de son décès.


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