JEAN-PAUL FILION, UN HOMME DE PAROLE
par Mario Filion
(paru dans La Feuillée, vol. 1, no. 1, janvier 1985)

Écrire une biographie qui tienne en quelques lignes n'est pas chose facile, surtout quand il s'agit de celle d'un écrivain dont l'oeuvre est fortement autobiographique. En effet, Jean-Paul Filion a puisé dans sa vie pour écrire poèmes, chansons, théâtres et romans qui constituent l'essentiel de ses écrits. Il a lui-même présenté son histoire dans trois romans-vérité dont les titres coiffent la présente biographie.

Saint-André-Avellin, le premier côté du monde
Jean-Paul Filion naît à Saint-André-Avellin le 24 février 1927 de Napoléon et de Laurenza Désormeaux. Son père, barbier du village, violoneux, gigueur et inventeur de reels, marque l'enfance du jeune garçon qui s'intéresse à la poésie et au dessin, L'enfance de Jean-Paul se passe à l'époque de la Crise dans le petit monde d'un village de l'Outaouais et dans l'univers d'une famille bien québécoise.

Dans Le premier côté du monde, Filion raconte quelques épisodes de son enfance: le monde des reels et des gigues, la mort du grand-père Armène, la complicité de son frère et ami Marcel, ses études primaires, la vie de village, l'été chez la parenté, les mille besognes pour joindre les deux bouts, les premiers amours. Le récit se termine sur une grande décision: «Maman! P'pa! Je pars à Montréal! J'ai de l'ouvrage! J'ai ma djobbe!»

Les murs de Montréal
Âgé de 15 ans, Jean-Paul part pour la grande ville (Montréal) où l'attendent cent métiers, cent misères, à la recherche de l'autonomie, de la liberté, d'une identité.
Après avoir occupe divers emplois (garçon d'ascenseur, bell-boy, chauffeur), il entre au Business College d'0utremont où il étudie la comptabilité pendant deux ans. Après un bref séjour à Saint-André, il entre à Montréal et se lance dans la peinture. Pendant trois ans, il suit des cours à l'École des Beaux-Arts: «Oui, demain je serai peintre. Un vrai de vrai Enfin!...»

Jean-Paul Filion fréquente gens de lettres et artistes qui forment la relève. À l'époque du Refus global, malgré des succès en peinture, il se tourne vers la poésie: «Je veux abandonner la peinture pour me libérer de mille tracas intellectuels, je commence à écrire pour mieux me retrouver...»

Entre temps, Jean-Paul épouse Françoise Parent. Le couple donne naissance à deux enfants, Josée et Claude. En 1955, il publie un premier recueil de poèmes, Du Centre de l'eau. Afin d'assurer sa subsistance, il travaille à Montréal comme dessinateur à Hydro-Québec, assistant-décorateur à Radio-Canada, homme à tout faire dans une galerie d'art, ainsi que dans sa région natale comme time-keeper, aide-arpenteur et lettreur.
Créateur dans l'âme, il harmonise poésie et musique et oriente sa carrière vers la chanson, Il entreprend sérieusement l'étude de la guitare avec Stephan Fentok:

«Mon rêve est simple comme bonjour: gagner ma vie en chantant mes plus belles chansons pour des publics capables de les écouter.»
En 1958, comme auteur-compositeur-interprète, il enregistre un premier microsillon, Amour, humour et pissenlit. Plusieurs chansons s'inscrivent dans la tradition folklorique québécoise: La Parenté, Su'l chemin des habitants, Monsieur Guindon, La R'nouche, La Pitro: «Tous les paysages de mon enfance remontent en surface. Une grande chaleur m'envahit. Et ça m'inspire les meilleures choses...»

Et le succès suit: La Parenté, par exemple, est vendue à plus de 100 000 exemplaires. Un triomphe! Les chansons de Jean-Paul sont reprises par Jacques Labrecque et par Georges Guétary. En 1958 toujours, sa chanson La Folle remporte le Grand prix de la Chanson canadienne. Devant le vedettariat envahissant, «je fais de mon mieux pour être le plus Filion possible.»

Le poète Gaston Miron, son ami, écrit:

«L'importance de son oeuvre de chansonnier est marquée au coin de l'authenticité et de la poésie. Dans les années 1955-65, l'apport de Filion est capital. Entre Félix Leclerc et Raymond Lévesque et les chansonniers d'aujourd'hui, il est l'un de ceux, avec les Bozos, qui donnent à la chanson, ici, une identité... Au regard de la chanson québécoise, la présence de Filion demeure.»
Boursier du Conseil des Arts du Canada, Jean-Paul séjourne à Paris en 1959-1960 où il écrit poèmes (Demain, les herbes rouges), roman (Un homme en laisse) et téléthéâtre (La Grand-Gigue).

De retour au pays, ses oeuvres sont diffusées. En 1963, Un homme en laisse lui mérite le Prix littéraire de la Province de Québec (section roman). De plus, il écrit la musique et les chansons de longs métrages ainsi que des textes dramatiques pour la télévision. En 1966, il enregistre un second microsillon sur lequel figure des chansons d'inspiration folklorique (La Grondeuse), sociale (Ti-Jean Québec) et poétique (Les mains).

Cap Tourmente
Puis, avec sa nouvelle compagne, Yolande Leclerc, il gagne la Côte-de-Beaupré. Là, Jean-Paul Filion s'adonne de plus belle à l'écriture tandis qu'il travaille à TEVEC puis à Radio-Canada. Il entreprend, notamment, la rédaction d'un triptyque autobiographique dont la seconde tranche, Les murs de Montréal, remporte, en 1977, le prix Choix du Libraire. Lors de la parution de Le premier côté du monde en France, il écrit:

«J'ai mis onze mois à faire ça. Je l'ai porté pendant trente ans. J'ai hésité dix ans. Aucun travail au monde ne m'a libéré à ce pont-là... J'en ai deux autres, pour la suite, je veux garder la toune.»
Son dernier roman, À mes ordres, mon colonel, une vision de la jeunesse d'aujourd'hui, remporte, en 1983, le Prix littéraire de l'Outaouais, son pays natal. Jean-Paul Filion a travaillé comme décorateur à la télévision de Radio-Canada à Québec avant de prendre une retraite active au cours de laquelle il se consacre à la peinture.
 
«À partir de ça, si tu me dis: "Vas'y c'é bon, Filion. tu l'as l'affaire. C'é ça, cherche pas", je vais continuer, je vais en faire, deux, trois, quatre pis cinq.»
Jean-Paul Filion, homme de lettres? Certes. Mais surtout homme de parole...
 
DISCOGRAPHIE 
Amour, Humour et pissenlit (14 chansons), PAM 67004 PATHÉ
La Parenté/La Pitro, PAM 77.165 (45 tours)
Su'l'chemin des habitants/Tu m'as toujours dit, PAM 77.166
C'est mon oeil/Où c'est qu't'as mis ta blonde, PAM 77.191
La R'nouche/Ma mère me l'a toujours dit, PAM 77.210
La Folle, PAM 77.201 [chantée par Lise Roy]
Jean-Paul Filion (10 chansons), GM 105 GAMMA
Jean-Paul Filion (4 chansons), 45 EA 194S PATHÉ-MARCONI

 
BIBLIOGRAPHIE
Du Centre de l'eau (poèmes), L'Hexagone, 1955
Demain les herbes rouges (poèmes), L'Hexagone, 1962
Un homme en laisse (roman), Les Éditions du Jour, 1962
Chansons, poèmes et La Grondeuse, Leméac/L'Hexagone, 1973
Saint-André-Avellin... le premier côté du monde (roman), Leméac, 1975 [Repris sous le titre Le premier côté du monde, Robert Laffont Éditeur, Paris]
Mon ancien temps, Leméac, 1977 [Reprend Un homme en laisse, comprend La Maison de Jean-Bel et La Pitro]
Les murs de Montréal (roman), Leméac, 1977
Cap Tourmente (roman), Leméac, 1980
À mes ordres, mon colonel (roman), Leméac, 1982


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