LA MAISON FILION DE SAINT-AUGUSTIN
Par Mario Filion
(Article paru dans La Feuillée en octobre 1986)


Le patrimoine bâti (les maisons anciennes) est l'un des aspects matériels les plus «spectaculaires» de notre héritage collectif. Il nous touche d'autant plus que les ancêtres Feulion et Bercier étaient menuisiers-charpentiers, donc bâtisseurs de maisons de leur métier. L'étude de la formation, de l'exploitation et de la transmission du patrimoine familial est un secteur de recherche quelque peu négligé, peut-être en raison des importants travaux qu'elle nécessite. Il ne faudrait cependant pas que nous délaissions cette facette de la vie des ancêtres. Nous savons que l'ancêtre Michel Feulion est arrivé en Nouvelle-France avec peu de biens personnels. Pourtant, au terme de sa vie, il pouvait laisser un patrimoine matériel (maison, terres, meubles, argent, etc.) à ses héritiers. Le processus s'est ainsi répété de génération en génération jusqu'à nos jours.

Les lignes qui suivent sont consacrées à une maison ancestrale, l'une des «maisons Filion» du Québec. Il nous fait plaisir de reproduire les grandes lignes d'un article de Thérèse Huard publié dans le journal «La Concorde» du 9 novembre 1976. Nous tenons à remercier madame Ida Filion qui nous l'a gracieusement transmis. Puisse cette réédition inciter les F(Ph)il(l)ion de partout à s'intéresser à l'histoire des maisons ancestrales construites par leur aïeux.

Pierre Filion de la Côte Saint-Augustin

Le 29 novembre 1798, Louis-Eustache Lambert-Dumont, écuyer, seigneur et propriétaire en partie de la seigneurie des Mille-Îles, concède à Pierre Filion, fils de Joseph, habitant à la Côte Saint-Augustin de la paroisse de Saint-Augustin, une terre de quatre arpents et six perches de front sur vingt arpents de profondeur, en présence des sieurs Paul Éthier, cultivateur, et François Saintonge, huissier, témoins, résidants en ce bourg.

Ce papier enregistré au no 2576, témoin de la tenure seigneuriale, est à lui seul une page de la petite histoire de l'actuel comté des Deux-Montagnes. Il est conservé pieusement par la famille de M. Léo Filion, descendante en ligne directe de ce Pierre Filion qui a construit cette belle maison de pierres qu'on peut admirer encore au 195 de la rue Principale à Saint-Augustin.

Portrait d'un patrimoine

Le 18 décembre 1798, à la concession du seigneur des Mille-Îles vint s'ajouter la donation par Joseph Filion et de son épouse Élizabeth Robin d'une terre de 60 arpents de superficie, ayant quatre arpents et demi de front et quinze arpents dans une ligne et douze arpents dans une autre, sur laquelle se trouvait construite une maison de bois carrée de 20 pieds, une grange en bois, une étable, une écurie, une laiterie, environ 40 arpents en terre nette et le reste en bois debout. De plus, Joseph donnait à son fils deux juments, une de quinze ans et l'autre de sept ans, deux vaches de huit et quinze ans, une taure de 18 mois et une autre du printemps, un taureau de deux ans, quatre cochons du printemps, sept moutons dont six femelles, une charrue garnie, une charrette, deux vieux harnais complets, trois lits dont deux de plumes, un petit coffre fermant à clé, un fusil avec corne, etc.

Comment exprimer tout le charme désuet de ces vieux papiers qui nous ramènent près de deux siècles en arrière? Dans cet acte de donation, on énumère jusqu'aux chaudrons de la cuisine!

Il est de tradition dans la famille que Pierre Filion, fils de Joseph, aurait reçu cette concession du seigneur Louis-Eustache Lambert-Dumont pour payer en nature ses services comme arpenteur, ce qui ne l'exemptait pas de payer cens et rentes annuellement! Avec la terre reçue de son père la même année, Pierre Filion devenait relativement riche, tout au moins suffisamment pour pouvoir construire cette solide maison de pierre. Rappelons que les bâtiments de pierre témoignaient de l'aisance matérielle de leurs propriétaires.
Puis la maison passa de Pierre (marié à Marie-Thérèse Charbonneau) à Grégoire (Scholastique Gravel), à Pierre (Cordélia Paiement), à Philomire (Azilda Duquette) puis à Léo.

Léo Filion

M. Léo Filion, né le 25 mai 1909 à Saint-Augustin. Il est le fils de Philomire, agriculteur, et d'Azilda Duquette. Le 18 avril 1942, il épousait à Saint-Augustin Ida Roy et devenait par la suite l'heureux père d'Hélène (138), de Jean-Marie, de Pauline (124) et de Suzanne.

Voici une courte biographie parue au sujet de Léo Filion dans «Personnalités 1967».

«Secrétaire de la municipalité du village de Saint-Augustin depuis 1959, M. Filion est également agent de la Banque provinciale du Canada depuis 1962. La carrière de M. Filion s'est déroulée dans les cadres de la profession d'agriculteur. À venir jusqu'en 1959, il exploitait une ferme dans le village de Saint-Augustin et se spécialisait dans l'élevage du porc. Il gagna à deux reprises le championnat canadien des éleveurs de porcs classés en 1946 et en 1954. Lorsque la compagnie «Aluminium of Canada» décida d'acheter des porcs canadiens pour exporter sur sa ferme de la Guyane anglaise, plusieurs de ses porcs y furent expédiés.

«M. Filion a joué un rôle important dans sa paroisse et ses talents furent reconnus par la confiance de ses concitoyens. Il fut conseiller municipal pendant six ans, commissaire d'école pendant huit ans et secrétaire de la Commission scolaire pendant sept ans. Il a été président de la Caisse populaire et membre-fondateur des Loisirs de Saint-Augustin Inc.. Il a été pendant plusieurs années directeur de l'Union catholique des cultivateurs de sa paroisse. Il fut directeur de la Société des Éleveurs de porcs de la province de Québec.

«M. Filion est membre de l'Association des secrétaires-trésoriers de la province de Québec, membre de la Société Saint-Jean-Baptiste locale et ex-membre de l'Association des secrétaires-trésoriers des Commission scolaires de la province de Québec.

«Le 7 juin 1957, Mgr Émilien Frenette, évêque de Saint-Jérôme, lui décerna la médaille d'argent du mérite diocésain. En mai 1964, il fut décoré de la médaille d'argent du mérite scolaire...»

En 1974, M. Léo Filion, non sans quelques nostalgiques regrets, vendait la maison ancestrale. L'acquéreur a vu à restaurer le bâtiment au goût d'autrefois; par exemple, il a dégagé les deux foyers qui avaient été murés à une époque si reculée que ni M. Léo Filion, ni son père Philomire, n'en ont conservé le souvenir. Léo Filion, qui avait tant oeuvré dans le milieu scolaire, avait vu à donner à ses enfants une solide instruction qui leur avait permis de trouver de bonnes situation à l'extérieur du petit village. Léo a décidé de vendre puisque qu'aucun de ses enfants ne semblait manifester le désir de s'établir sur la terre ancestrale et ne sentait l'appel irrésistible de la vocation d'agriculteur. De plus, la maison était devenue bien grande et trop difficile entretenir pour le couple. La famille a donc occupé cette maison de pierre sans interruption de 1798 à 1974.

Monsieur Léo Filion est décédé le 17 avril 1977.

Située au coeur même du village de Saint-Augustin, à l'ombre du clocher de l'église paroissiale, la maison Filion témoignera encore longtemps de l'art des bâtisseurs de ce pays.


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