NAZAIRE FILION:
PATRIOTE DE 1837
Par MARIO FILION
(article paru dans La Feuillée en juillet 1987)


Dans un article de journal paru il y a quelques années dans un journal de Saint-Eustache, le géographe et historien local Gilles Boileau écrivait:

« Mais qui était donc Nazaire Filion? En vérité nous ne le connaissons que par sa mort. C'est à ce titre bien particulier qu'il a droit à notre respect et à notre admiration. Nous pourrions avoir quelques renseignements sur Nazaire Filion en fouillant attentivement dans les archives et paroisses paroissiaux. Nous connaîtrions ainsi la date et le lieu de sa naissance ainsi que le nom et l'âge de ses parents. À quoi cela nous avancerait-il?

« Nazaire Filion, avec ses 22 ans, avait la vie devant lui. Il n'était ni conseiller, ni marguiller, ni député, ni maire, ni curé. C'était un honnête homme, brave et courageux mais surtout discret et anonyme. Il devait appartenir à la race de ceux qui commandent. Mais parce qu'il a sacrifié sa jeunesse en la donnant à son pays, Nazaire Filion a droit à une place de choix au panthéon du patriote québécois. »

Cette recherche dans les registres paroissiaux de la région de Saint-Eustache, nous l'avons faite. Comme le souligne Gilles Boileau, à quoi cela nous avance-t-il sinon à situer quelques événements de la vie de notre cousin d'une autre époque? Nous n'avons pas entrepris de recherches dans les greffes des notaires de la région, de tels travaux exigeant un temps dont nous ne disposons malheureusement pas et, puisque Nazaire avait à peine atteint la majorité, nous n'avons pas cru avoir beaucoup de chances de trouver quoi que ce soit d'intéressant. Peut-être un jour découvrira-t-on son contrat de mariage et, qui sait, un acte de d'achat et de concession d'une terre.

S'il n'y a pas beaucoup à dire sur Nazaire Filion, nous croyons cependant qu'une présentation du contexte et des événements qui ont marqué les Soulèvements de 1837-1838 pourraient jeter quelque lumière sur « notre » Patriote. En revanche, le fait que l'un des nôtres ait été impliqué dans les Rébellions de 1837-1838 devrait nous rapprocher des dits événements et, par le fait même, nous inciter à les comprendre.

Les jeunes années

Vincent Lambert Filion est né le 20 août 1816 à Saint-Eustache. Il a été baptisé le lendemain en l'église du même endroit. Son parrain était Jean-Baptiste Jubinville et sa marraine, Marie Tassé.

Il était le fils de François et de Marguerite Tassé (soeur de la marraine?) qui s'étaient épousés à Saint-Martin (Laval) le 22 septembre 1801. Le couple a aussi donné naissance à un autre fils (François) et à quatre filles (Françoise, Angélique, Rose et Pauline).

Le phénomène se retrouve à quelques reprises dans les documents anciens: Vincent Lambert Filion est surtout connu sous les noms de Lambert-Nazaire et de Nazaire, tout court. D'où vient ce prénom de Nazaire? Force nous est de reconnaître notre ignorance à ce sujet.

Naizaire a épousé le 6 février 1837, Julie Gratton, fille de François et de Clémence Séguin. L'union a été célébrée en l'église de Sainte-Thérèse. Nazaire était alors âgé de 20 ans — il aurait 21 ans le 20 août suivant — et il est considéré comme un enfant mineur. Son père, François, dit demeurer à Saint-Eustache.

Huit mois plus tard, le couple Filion-Gratton donne naissance à une fille qui sera prénommée Julie, comme sa mère. Julie naît le 9 octobre 1837. Elle est baptisée le lendemain. Ses parrain et marraine sont ses grands-parents paternels, François Filion et Marguerite Tassé. Dans l'acte de baptême, « notre » Nazaire est nommé Lambert Filion.

Occupants et conquis

À l'époque de la naissance de la petite Julie, rien ne va plus dans le Bas-Canada (c'est ainsi que l'on nommait le Québec à l'époque). La révolte gronde, le conflit armé va s'engager. Mais traçons d'abord une petite chronologie des événements qui ont amené cet état de fait.

1763: la colonie française d'Amérique est devenue une colonie anglaise. Les Britanniques dirigent la destinée de cette colonie peuplée d'environ 70 000 francophones. Cette société est  décapitée de ses dirigeants qui sont retournés en France. Les Canadiens — les francophones d'alors — sont devenus des sujets britanniques. Le gouvernement est anglais, les lois sont anglaises. Les Britanniques contrôlent l'économie et forcent les Canadiens à se replier sur leurs terres.

1774: par l'Acte de Québec, les Occupants, encore minoritaires dans la colonie, jugent préférable de céder quelques droits au peuple conquis afin de prévenir tout mécontentement: droit de pratiquer la religion catholique, reconnaissance de l'usage de la langue française, rétablissement des lois civiles françaises, acceptation de la tenure seigneuriale.

1791: le Parlement britannique accorde une constitution divisant la colonie en deux parties, le Haut et le Bas-Canada et en ajoutant au système parlementaire une Chambre d'Assemblée élue par le peuple. Tout élue soit-elle, la Chambre d'assemblée du Bas-Canada est soumise au bon vouloir d'un Conseil législatif et d'un Conseil exécutif dont les membres sont judicieusement choisis et nommés par le gouverneur qui représente la Grande-Bretagne dans la colonie. En effet, toute loi votée par la Chambre d'Assemblée doit être sanctionnée par le Conseil exécutif pour être mise en application. Dans les faits, toute loi dûment votée par les élus et qui ne fait pas l'affaire des véritables dirigeants de la colonie est tout simplement rejetée. Les Canadiens ont obtenu un « jouet » dont ils ne peuvent se servir. La Constitution de 1791 est une démocratie truquée qui ne fait qu'aviver la rancoeur des Canadiens envers les Britanniques. La situtation sera sans issue, l'Angleterre, par son représentant au Bas-Canada, a toujours le dernier mot.

Le tournant du 19e siècle est marqué par des changements majeurs qui s'opèrent dans la société occidentale: alors qu'une véritable révolution industrielle bouleverse l'économie et les sociétés, de nombreuses colonies sud-américaines accèdent à l'indépendance par la force tandis que plusieurs pays d'Europe vivent soulèvements, révoltes et luttes sociales. Partout, les nouvelles idées libérales et nationales font boule de neige. Ces changements, les Canadiens du Bas-Canada en sont informés par la quinzaine de journaux qui existent alors à Québec et à Montréal. Par exemple, les Canadiens ont été au informés des événements entourant la lutte que les États-Unis ont mené à l'Angleterre — la même métropole qui dirige leur destinée — pour acquérir leur indépendance (1776). De même, dans les années qui ont suivi la Révolution française (1789), ont-ils reçu les idées qui sous-tendaient l'événement.

La crise parlementaire

Les Canadiens, qui se considèrent comme le peuple légitime de leur pays, veulent participer plus activement au pouvoir. Des réformes sont demandées par le Parti Canadien  qui deviendra le Parti Patriote dans les années 1830 — que dirige Louis-Joseph Papineau. Devant les refus répétés de Londres, les députés décident d'enrayer la « machine gouvernementale » en refusant de voter les susbsides pour payer les fonctionnaires de l'État.

Le Parti Patriote décide d'augmenter la pression:  en 1834, les députés adoptent les 92 résolutions, un véritable manifeste qui rend compte des frustrations et des exigences des Canadiens. Londres fait attendre sa réponse et les membres de la Chambre d'Assemblée décident de ne plus siéger. Ce n'est qu'en mars 1837 que vient la réponse officielle des Britanniques. Par les Résolutions Russell, Londres rejette les réformes proposées par les Patriotes et permet au gouverneur d'utiliser les fonds publics sans l'assentiment de la Chambre. Les Patriotes se voient alors privés du moyen de pression qu'ils exerçaient si bien sur les dirigeants de la colonie. Voilà un petit mois que Nazaire Filion et Julie Gratton sont mariés.

Le torchon brûle

Les dirigeants patriotes décident alors de montrer aux dirigeants impériaux que le peuple canadien appuie leurs revendications. Durant l'été de 1837, d'importantes assemblées populaires sont organisées un peu partout dans la Vallée du Saint-Laurent malgré l'interdiction du gouverneur: Saint-Ours, L'Assomption, Saint-Marc, Saint-Constant, Yamachiche, etc.

De plus, on décide de tarir la principale source de revenus des coffres de l'État: les droits de douane. On arrête donc d'acheter des produits importés: whisky, rhum, soiries, thé, café, vêtements fabriqués. Par ailleurs, les Canadiens tenteront de s'auto-suffire avec les produits locaux ou de faire de la contrebande. « Acheter bas-canadien », c'est, par exemple, se vêtir d'habits faits en « étoffe du pays » et non de tweed anglais. Tous, même le grand Papineau, s'habillent « en habitant ». Lors du banquet de la Saint-Jean-Baptiste — patron des Canadiens —, on ne boit que de l'eau et du cidre. Achetons «bas-canadiens »! On répand l'idée que le contrebandier est votre frère et que tout est permis pour déjouer les plans diaboliques de Londres.

Ajoutons à cette crise politique, une autre crise, économique celle-là, qui touche tout le monde occidental: l'argent est rare. Ajoutons à cela que depuis cinq ans, les récoltes sont mauvaises dans le Bas-Canada. Alors que dans certains coins de la colonie, on meurt littéralement de faim, ailleurs on doit se résoudre à manger du cheval ce qui, chez nous, est impensable, puisque l'on considère alors cet animal comme le meilleur ami de l'homme. Les régions de la Vallée-du-Richelieu et du lac des Deux-Montagnes — là où réside Nazaire — sont particulièrent touchées; il n'est donc pas surprenant que l'agitation y deviendra très violente.

De plus, depuis le début des années 1830, les Britanniques envoient au Bas-Canada quelques 250 000 Irlandais qui, bien pauvres, sont à la charge des paroisses et des municipalités de leur île natale. Qui plus est, plusieurs d'entre eux sont malades: ils apportent au Bas-Canada le choléra qui prend vite l'allure d'une épidémie. Environ 10 000 Canadiens (sur 500 000) en meurent. Les Patriotes crient au génocide; l'idée n'a pas de mal à se répandre comme une traînée de poudre.

La situation politique est bloquée. La crise économique se double d'une importante crise sociale. Tout concourre à nourrir la colère et le mécontement. Le gouverneur Gosford appelle des renforts de Halifax qui sont concentrés autour de Montréal: on se prépare à écraser une « rébellion appréhendée ».

De son côté, l'Église refuse aux Canadiens le droit de se révolter contre le pouvoir établi et ce, sous peine de péché mortel. De plus, toute personne qui n'obéira pas aux lois (en faisant de la contrebande, par exemple) ne pourra recevoir l'absolution.

Le feu est aux poudres

Le 23 octobre 1837, des milliers de Patriotes de la Vallée-du-Richelieu tiennent une assemblée à Saint-Charles. Certains des orateurs présents lancent un appel à la révolte armée. Le gouverneur Gosford se voit acculé au pied du mur. Moins d'un mois plus tard, il décide de lancer ses troupes là où les Patriotes sont les plus nombreux: Saint-Denis et Saint-Charles dans la Vallée-du-Richelieu ainsi que Saint-Eustache dans la région des Deux-Montagnes. Pour leur part, les Patriotes, retranchés dans leurs petits villages, n'ont d'autre alternative que de résister à l'envahisseur... Déjà, le 6 octobre, un journal montréalais titrait: « La révolution commence ». Mais, résister, est-ce faire une révolution?

Alors que le 23 novembre 1837, les Patriotes connaissent la victoire à Saint-Denis, ils subissent un cuisant revers au village voisin de Saint-Charles deux jours plus tard: Saint-Charles est mis à feu et à sang. Quelques jours plus tard, les Britanniques reviennent à Saint-Denis où une partie des maisons du village est incendiée. Le 5 décembre, la loi martiale est proclamée: le lieutenant général Colborne est chargé de mâter le soulèvement des Canadiens. Une cruelle répression va commencer.

Saint-Eustache, 14 décembre 1837

Il reste à Colborne un dernier foyer d'insurrection à balayer: le comté des Deux-Montagnes. De puis le début d'octobre 1837, le Comité permanent du comté des Deux-Montagnes avait formé des corps de milice volontaires dans chaque paroisse. Ses membres —Nazaire Filion en est peut-être — s'exercent au maniement des armes et aux mouvements de troupes légères. C'est Amury Girod qui organisait la résistance dans la région. Il établit d'abord un « camp » à Saint-Benoît qui, dit-on, accueille jusqu'à 700 hommes! Le dernier jour de novembre, Girod et le docteur Jean-Olivier Chénier mènent deux cents hommes contre Oka où l'on s'emparent d'un important stock d'armes à feu. Pour les Britanniques, ce crime ne saurait demeurer impuni et l'occasion est belle pour déloger les Patriotes qui semblent faire la loi dans Deux-Montagnes.

Le 10 décembre, un détachement britannique prend ses quartiers sur l'île Jésus (Laval) afin de garder le pont qui traverse la rivière des Mille-Iles et que les troupes doivent emprunter pour atteindre Saint-Eustache et Saint-Benoît.

Trois jours plus tard, Colborne quitte Montréal à la tête de 1 300 hommes. Le 14, ses troupes traversent la rivière des Mille-Iles et, sur le coup de midi, l'attaque peut commencer.

Girod et Chénier ont déjà organisé la résistance. Devant l'arrivée d'un premier détachement de volontaires menés par Maximilien Globensky, les Patriotes se portent à leur rencontre. Ils sont sur le point d'engager le combat quand ils entendent une décharge de mitraille derrière eux. Stupéfiés, ils aperçoicvent une interminable colonne de soldats britanniques qui s'avance sur le côté nord de la rivière. Plusieurs, désespérés, s'enfuient, dont le « brave » Girod.

Chénier regroupe les plus courageux et regagne le village. Ils sont environ deux cents qui se barricadent dans le presbytère, dans le couvent, dans la maison du seigneur Dumont, dans quelques autres maisons du village et surtout dans l'église paroissiale (c'est là que Nazaire, Chénier et une cinquantaine d'autres se sont réfugiés). La moitié d'entre eux ont de bons fusils tandis que les autres sont armés de bâtons, de fourches et de faux, les « armes » des agriculteurs. Chénier leur crie: « Il y en aura de tués, vous prendrez leurs fusils! » Le combat s'annonce inégal. L'heure qui suivra — une petite longue heure — sera terrible.

Les Britanniques pénètrent dans le village et mettent des canons en batterie. Ils bombardent les édifices où les Patriotes se cachent: l'église n'échappe pas au tir des canons. Un à un,  les refuges des Patriotes sont pris. Bientôt, il ne reste plus que l'église. Chénier en avait fait barricadé les portes et les fenêtres  puis il avait posté ses hommes dans les jubés et jusque dans les clochers.

La façade de l'église est dûrement atteinte par les boulets de canons mais la structure de pierre résiste. Un boulet pénètre cependant dans le bâtiment: un Patriote, Louis Vermette dit Courville, est coupé en deux. Un document rapporte que Nazaire Filion, qui se trouvait à proximité de Vermette, fut blessé à mort au même moment. Les corps des deux hommes seront retrouvés dans la grande allée.

Des soldats réussisent à entrer dans l'église en passant par la sacristie et mettent le feu au bâtiment. La position des Patriotes devient intenable et les survivants n'ont d'autre alternative que de s'échapper par les fenêtres et de prendre la fuite. Mais les Britanniques les attendent: plusieurs, dont Jean-Olivier Chénier, sont abattus.

Le centre de résistance de Saint-Eustache était vaincu: une centaine de patriotes sont fais prisonniers, 75 ont été tués lors du combat, plus de soixante maisons se sont effondrées. De plus, le village est pillé. De leur côté, les troupes britanniques ne comptent qque quelques blessés et trois morts. Le lendemain, le village de Saint-Benoît est complètement rasé par les militaires. La Rébellion de 1837 était mâtée.

Épilogue aux Rébellions

Nous ne poursuivrons pas plus avant le récit des Événements de 1837-1838. Sachez seulement qu'en 1838, les Patriotes croisèrent le fer avec les Britanniques en quelques occasions. Ils subirent la défaite et la répression de Colborne, surnommé «le vieux brûlot », fut plus cruelle que l'année précédente. Si l'on ne pouvait parler que d'un soulèvement en 1837, l'année 1838 peut être considérée comme celle de la révolution, relativement à la nature des gestes qui seront posés de la part des Patriotes et des Britanniques. Deux ans plus tard, suite au rapport de l'enquêteur Durham, Londres décide d'unir les deux Canadas nés de la constitution de 1791 et ce, contre la volonté de tous les Canadiens. Dorénavant, et jusqu'en 1867, les Bas-Canadiens (650 000) et les Haut-Canadiens (450 000) auront chacun une voix au chapitre: la minorisation des Canadiens(-français) est enfin réussie. Afin de la rendre véritablement irréversible, Londres favorise, des années 1840 à la fin du 19e siècle, l'immigration de centaines de milliers d'Européens (venus principalement des pays de la Grande-Bretagne) s'implanteront dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord.

La vie continue

Le 22 décembre 1837, Nazaire Filion est inhumé dans la partie non bénie du cimetière de Saint-Eustache, réservée aux enfants non baptisés. Sa petite fille, Julie, n'est âgée que de deux mois. L'acte de décès, inscrit dans les registres de Saint-Eustache, dit: « Le quatorze décembre mil huit cent trente sept a eu lieu une bataille dans laquelle ont été tués Jean Olivier Chénier écuyer médecin âgé de trente quatre ans [...], Nazaire Filion, âgée de vingt deux ans, cultivateur époux de Julie Gratton, [...] »

Rappelons qu'à l'époque l'Église avait interdit l'inhumation des « rebelles » dans le cimetières catholiques. Ce n'est qu'au printemps dernier (1987) que la Conférence des évêques du Québec jugeait que la « mesure disciplinaire » de 1837 avait assez duré et autorisait l'inhumation des restes des Patriotes en terre consacrée. Désormais, l'âme de Nazaire pourra reposer en paix.

Sa veuve, Julie, ne semble pas être demeurée bien longtemps à Saint-Eustache qu'elle a peut-être quitté en raison de la répression que l'on faisait subir aux familles des Patriotes. Nous savons que le 9 octobre 1839, elle est à l'église de Saint-Augustin où elle dit être « de cette paroisse ». La raison de sa présence en l'église de Saint-Augustin n'est pas heureuse: elle inhume sa petite Julie, « fille de défunt Nazaire Filion », décédée deux jours plus tôt. Il est permis de croire que Julie Gratton se remariera plus tard.

Gilles Boileau propose: « Parce qu'il a cru en ses chefs, Nazaire Filion est mort. Il est mort pour que ceux qui allaient venir après lui puissent vivre sans devoir toujours courber l'échine. »

Non, Nazaire n'était pas un criminel ou un être assoiffé de sang. Il a décidé de prendre les armes (un fusil ou une fourche?) et de se joindre à plusieurs des siens pour combattre l'Oppresseur. Nous ne connaîtrons jamais les raisons profondes qui l'ont poussé à poser un tel geste: désir de liberté pour son peuple? lutte pour un gouvernement responsable et démocratique? ou était-il tout simplement poussé par la faim suite aux disettes des années précédentes? Quoiqu'il en soit, un jeune cultivateur de 22 ans devait avoir de sérieuses raisons pour être prêt à tuer et à être tué en 1837!

Selon Gilles Boileau: « Mais, au fait, avait-il le choix? Pewut-être faisait-il partie de ceux que l'on a mené de force au combat. Nous ne le saurons jamais. Mais ce que nous savons, c'est que Filion est mort à 22 ans, à un moment où la vie s'ouvre toute grande devant vous. Plutôt que de fuir et se cacher, Filion a choisi de faire face. Il a payé cher son courage et sa témérité. »

Un autre petit fait mérite encore notre attention. Un auteur du début du siècle rapporte que deux autres Filion ont aussi trouvé la mort lors de la bataille de Saint-Eustache. Leurs prénoms nous sont encore inconnus; rappelons qu'à l'époque les familles préféraient taire les prénoms des leurs quand ils réclamaient les corps pour l'inhumation afin d'éviter toute représailles possible de l'armée ou du clergé. Il semble que ces deux Filion aient été deux frères et qu'ils étaient de Saint-Jérôme. Chercheurs, à vos archives!



Si vous passez par Saint-Eustache, ne manquez pas de visiter sa belle église paroissiale. Vous remarquerez les blessures que les boulets des canons ont infligées à la façade de l'édifice.

En pénétrant dans l'église, vous ne pourrez manquer la grande allée: ayez alors une pensée pour un descendant de Michel Feulion et de Louise Le Bercier qui y trouva la mort en se battant pour sa patrie — et, en fait, pour vous — il y a 150 ans.

Et, peut-être, la magie de l'instant aidant, comprendrez-vous mieux le sens de la devise du Québec: « Je me souviens ».


Haut de la page


Retour à De la source à la mer.
Retour au Menu principal.



Vous avez produit des travaux sur l'histoire des F(Ph)il(l)ion?
Vous avez besoin d'aide pour les compléter?
Vous désirez les publier sur cette page ou dans La Feuillée?
Vous connaissez d'autres textes sur les F(Ph)il(l)ion?
N'hésitez pas à communiquer avec moi:
mario.filion@sympatico.ca