Notice nécrologique d'Isidore Filion
(Extrait du journal La Minerve, 1891)


Nécrologie

M. Isidore Filion de Sainte-Adèle, est décédé la semaine dernière à l'âge de 86 ans.

Le glas funèbre annonçant la mort de ce respectable vieillard a résonné péniblement dans le coeur de tous les citoyens et un voile de deuil s'est abattu sur toute la paroisse.

Nous comprenons ce deuil; nous partageons cette douleur.

Raconter la vie du défunt, c'est faire l'histoire de Sainte-Adèle, c'est retracer l'origine des paroisses du Nord, car il en fut un des premiers colons et il était le seul survivant de ces quelques hommes courageux et énergiques qui, au milieu des plus grands obstacles, n'ont pas craint le froid, la faim, l'isolement, les privations de tout genre, pour se lancer au milieu de l'épaisse forêt et commencer une oeuvre dont la réalisation dans le moment paraissait impossible.

Il y a près de 50 ans, Sainte-Adèle et toutes les paroisses du Nord appartenait encore aux régions inhabitées.

M. Filion partit de Saint-Jérôme cette ville si prospère aujourd'hui et qui n'était alors qu'un simple hameau. Seul, la hache à la main, des vivres pour quelques jours, il s'enfonça hardiment dans la forêt. Il n'y avait pas de chemins, il n'y avait pas de sentier au milieu de ces montagnes. Après avoir franchi six lieues, il s'arrêta au bord de la rivière du Nord, et dit c'est ici. L'oeuvre du pionnier commençait.

Elle fut dure la besogne; le défrichement fut long et pénible, mais le colon ne se découragea pas. Son exemple fut bientôt suivi par d'autres et il se forma alors une petite colonie qui prospéra assez rapidement, grâce au dévouement de l'honorable M. Morin, ce grand patriote dont le souvenir vivra toujours dans le coeur des habitants du Nord.

Les courageux colons eurent la consolation de voir avant de mourir, que leur sacrifices et leurs travaux n'avaient pas été inutiles. Au milieu de ces montagnes qui étaient alors couvertes de forêts s'élèvent, aujourd'hui, des villages prospères: des résidences élégantes et confortables ont remplacé la cabane du bûcheron. M. Filion appartenait à la génération de ces vieux, comme on les appelle, de ces hommes forts et robustes qui ne connaissaient la maladie que de nom et qui ne déposaient la cognée que pour se coucher dans la tombe. Il travailla toujours, toujours malgré son grand âge, et à ceux qui lui faisaient remarquer qu'il était temps pour lui de se reposer il répondait: quand j'arrêterai de travailler, je mourrai, et c'est ce qui arriva en effet.

Sa maladie ne fut pas longue et il conserva ses facultés jusqu'à la fin. Il eut une suprême consolation avant de mourir. Il avait pour ainsi dire colonisé Sainte-Adèle, cette paroisse était devenue prospère, mais il lui manquait quelque chose: c'était de voir les chars franchir la terre qu'il avait défrichée, et qu'il habitait encore avec son fils, M. Magloire Filion. Son désir a été accompli et sur son lit de douleur, par la croisée entr'ouverte de sa chambre, il put voir avec une satisfaction suprême les panaches de fumée s'élever de la locomotive et entendre le sifflement de la vapeur.

Toute sa vie, chrétien fervent et dévoué, aimant sa religion et adorant Dieu, il a entrepris le voyage qui mène à l'éternité avec confiance et résignation. Le prêtre l'a béni, et le Dieu qu'il a reçu avant de mourir a dû, nous l'espérons, lui accorder la dernière récompense, la récompense suprême.

Les funérailles ont eu lieu à Sainte-Adèle, samedi dernier. Tous les habitants de la paroisse et un grand nombre venus des paroisses voisines y ont assisté, voulant rendre un dernier hommage à celui qui avait été pour eux un ami, un modèle et même un père.

M. Isidore Filion laisse dans le deux enfants, plusieurs petits-enfants et quelques arrière-petits-enfants.



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