JOSEPH PHILIAS FILION: COMÉDIEN, CENSEUR
(1841-1940)
Par GILLES W. FILION
(Article paru dans La Feuillée en 1989)

La grande carrière théâtrale de Joseph Philias Filion, un descendant de Michel Feulion et de Louise Le Bercier, mérite d'être connue de nous tous, sa famille.

Voici d'abord ce que publia le journal montréalais Radiomonde le 16 novembre 1940 sous la plume d'Henri Letondal.


Le monde des artistes pleure son doyen: le grand J. P. Filion

Le brillant artiste canadien est l'objet d'une manifestation inoubliable, à l'occasion de ses funérailles Tous les artistes de Montréal tiennent à lui rendent hommage Émouvant adieu de M. Palmieri à son vieux camarade.

Celui qui écrira l'histoire du théâtre français au Canada devra mettre au tout premier rang le nom de Joseph Philias Filion, le grand artiste qui vient de disparaître.

Filion ne représentait pas simplement une époque ou une génération. Il représentait l'esprit français qui s'est maintenu comme par miracle et qui a germé en nous, en dépit d'une ambiance défavorable. Filion fut attiré vers le théâtre comme pour une vocation. De fait, la dignité de son art fut toujours chez lui très grande. Il transposait sur notre sol ce que là-bas, en France, des êtres exceptionnels comme Paul Monnet et Guitry magnifiait à l'extrême. Il fut un apôtre du théâtre, imposant à tous le respect.

Dès les premières manifestations de l'art dramatiques français au Canada, on voit Filion se mêler aux artistes venus de Paris. A leur contact, il perfectionne des dons qui lui sont propres. Il ne le copie pas, il s'en inspire. Il a pour eux une admiration qui lui vaut les meilleurs conseils.

Nul mieux que lui n'a su traduire, au théâtre, un sentiment peu commun: la bonté. Il avait une onction toute paternelle pour interpréter « L'Abbé Constantin », une envolée magnifique pour personnifier Flambeau, et des accents sincères pour traduire les sentiments de Brissot dans « Denise ».
L'art de Filion était fait de dignité, d'indulgence, et de probité. Il aimait son art, il l'aimait avec fanatisme, comme tous ceux qui croient en la beauté des choses.

Et c'est pourquoi tout le monde du théâtre s'est recueilli, samedi dernier, pour lui apporter un suprême hommage.

Au cimetière, comme à l'église, tout le long du parcours, les amis de Filion ne pouvaient s'empêcher de verser une larme. Cette cérémonie, si simple en apparence, revêtait un caractère pathétique: c'était un de nos premiers artistes que l'on portait en terre.

Lorsque sur la tombe fraîchement ouverte, un de ses vieux camarades, Palmieri, prit la parole, l'émotion fut à son comble. Voici le texte touchant que Palmieri lut à son ami disparu:

« Cher et vieux camarade:

« La Parque a frappé les trois coups sinistres et le rideau s'est levé sur le dernier acte de ta vie. E finita la comedia!

« Nous, tes vieux compagnons d'antan, les premiers propagateurs à Montréal de cet art merveilleux auquel tu avais voué toute ta vie, nous Hamel, Godeau et moi, qui avons partagé tes premières joies et tes premiers témoins de très grands triomphes, nous assistons présentement à la triste scène des éternels adieux.

« Frère qui nous quitte pour entrer dans l'éternel sommeil de la mort; ce sommeil de la paix que tous les peuples cherchent sur la terre et que nous ne trouvons que dans la solitude de la tombe. En partant tu nous a laissé ton grand coeur, lumière de bonté et de droiture se dessinant comme une auréole d'or sur l'écran du souvenir.

« Ton âme vogue vers les espaces infinies, mais nous la sentons toujours en nous, autour de nous, dans nos pensées, dans nos coeurs: désormais elle deviendra le soleil resplendissant de nos plus chères réminiscences.

« Adieu, cher compagnon, grand artiste canadien dont le souffle sacré a tant de fois remué les foules; lorsque dans l'au-delà, du haut des cimes éternelles, tu porteras tes regards vers ces plaines ou la vie âpre et dure se continue, que ton âme, retrouvant celle de tes vieux camarades, verse en elles, toute la splendeur, toute la beauté, toute la munificence des grandeurs éternelles.

« Adieu cher et brave compagnon, adieu!

« Adieu, tu emportes avec toi toute notre amitié, notre gratitude, notre reconnaissance et notre sincère admiration.

« Adieu, camarade, adieu!»

Ces paroles remuèrent tous les assistants. C'était l'adieu infiniment dramatique d'un vieil acteur, compagnon de travail de celui que l'on pleurait. Et l'on vit rouler de grosses larmes sur les joues mêmes des fossoyeurs. Dans ce ciel d'automne, parmi la tristesse des choses, cet adieu prenait une signification immense. Jamais décor de théâtre, jamais acteur n'atteindront à ce degré de vérité.
Il reste l'exemple.

Filion ne nous quitte pas tout à fait. Il emporte dans sa tombe sa voix, son regard, ses gestes; mais il laisse un souvenir en tous points sincères et qui a aimé de toute son âme  l'art dramatique.


À l'époque du décès de Philias Filion, deux autres articles évoquant le décès et les funérailles attirent notre attention. En voici de larges extraits.


Décès subit du comédien J.-P. Filion

Le doyen de nos acteurs  était devenu censeur du théâtre
(De notre extra d'hier)

M. Joseph-Philias Filion a été trouvé mort dans son bureau de censeur municipal du théâtre, au poste no 10 rue Saint-Luc coin Saint-Mathieu, vers 1h.15 cet après-midi. Sa famille l'attendait pour dîner; comme il tardait à venir, on s'inquiéta. On téléphona alors à son bureau et, n'obtenant aucune réponse, l'un  des membres de sa famille avertit la police, qui se rendit à son bureau et y découvrit le corps inanimé de M. Filion.

M. Filion, célibataire au numéro 950 rue Saint-Philippe. Il laisse dans le deuil: un frère, Louis, et sa belle-soeur, Mme Louis Filion; ainsi que plusieurs neveux et nièces. Il était né à Saint-Henri de Montréal, le 6 juin 1871, et avait fait ses études à Sainte-Geneviève et au collège de Saint-Laurent.

Longue carrière d'acteur

M. Filion était, par ses états de service sinon par l'âge, le doyen des comédiens canadiens-français. Il y avait plus de trente ans que nous le voyions sur la scène, lorsqu'il la quitta il y a quelques années pour devenir censeur municipal de théâtre.

M. Filion fit ses débuts au théâtre Lycéum une pauvre salle qui devint plus tard l'Empire, et où il joua le mélodrame aux côtés des Labelle, Brazeau, Marcus et Hamel. Il parut ensuite au théâtre Français et alla jouer à la salle Jacques-Cartier de Québec.

En 1898, M. Filion fonda le théâtre des Variétés, où avec d'autres pionniers qui ont noms Godeau, Palmieri, Petit-Jean, etc., il implanta  définitivement le théâtre français à Montréal, où il devait passer dix-sept saisons entières. Il y fit d'importantes créations, parmi lesquelles il faut citer celles de Flambeau, de l'« Aiglon », Rysoor de « Patrie », Bélisaire de « Théodora », Kephren de « Cléopâtre », Almério de « Gismonda», le maréchal de Saxe d'«Adrienne Lecouvreur»; et d'innombrables rôles de Dumas fils, Brieux, Kistemaekers, Lavedan, Hervieu, Nicodemi, Bataille, Bernstein, Méré, Frondaie et Wolff, sans oublier de Flers et de Caillavet.

Après la guerre, la scène du National étant abandonnée, M. Filion poursuivit ici et là sa brillante carrière, au Mouvement National, au Saint-Denis, au National, à L'Orphéum avec Becman, au Chanteclerc, au Canadien, etc. Entre temps, il forma avec MM. Barry et Duquesne une troupe qui joua avec succès à Québec. Toujours au premier rang dès qu'il s'agissait de faire triompher le répertoire français, M. Filion termina sa carrière active en personnifiant le Christ dans « La Passion ».
Les funérailles auront lieu samedi matin, à 9 heures en l'église de Saint-Henri le 9 novembre 1940.
La famille de M. Filion, aux comédiens qui le considéraient comme leur grand aîné, la "Presse" offre ses plus vives sympathies.


Dernier hommage à M. J.-P. Filion

Le monde du théâtre et de la radio était bien représenté.

Samedi matin, au milieu d'un grand concours de parents et d'amis ont eu lieu les funérailles de M. Joseph Philias Filion, censeur des théâtres, décédé subitement jeudi. Le cortège funèbre, précédé de plusieurs landaus de fleurs, quitta la demeure du défunt, 950 rue Saint-Philippe pour se rendre à l'église de Saint-Henri. Un détachement de la police municipale ouvrait a marche.

À l'église la levée du corps fut faite par M. l'abbé Alcide Beaudin, qui chanta le service assisté du R. P. Paul Delplanque et de l'abbé Roger Raymond. On remarquait dans le sanctuaire, le R. P Edouard Laurin, C. S. C. et l'abbé Wilfrid Cabana, vicaire à Saint-Henri.

Le choeur de Saint-Henri, sous la direction de M. Jean Charbonneau rendit des extraits des messes de requiem de Lorenzo Perosi, Charles Gounod et Pietro Yon. Des soli ont été chantés par MM Emile Gour, Georges Dufresne, Charles Goulet et autres. Mlle Thérèse Sylvain touchait l'orgue.

Le deuil

Le deuil était conduit par les neveux du défunt, MM. Philias Filion, Louis Filion, Omer Pariseau, Aldéric Laberge, William Filion, G. Filion; ses cousins, MM. H. Pariseau et John Fortin; ses petits-neveux, MM. Louis-Philippe Laberge et Louis Pariseau.

Le cortège

Les porteurs étaient MM. Elzéar Hamel, Antoine Godeau, Fred Barry, Joseph Duquesne et Jacques Auger.

On remarquait dans le cortège: M. Jean-Marie Savignac, président du Comité exécutif; le juge Amédée Monet, M. J.-E. Blanchard, l'échevin J.-H. Delisle, MM. Paul Coutlée, René Coutlée, Emile Juliani, Damase Dubuisson, Henri Poitras, Charles Goulet, Raoul Léry, Oscar Bastien, l'échevin Jos. Moreau, MM, Jos Cardinal, Gustave Cardinal, Albert Giroux, J.-A.-E. Cartier, Georges Dufresne, Henry Deyglun, Alex Léger, Émile Bariteau. [Suit une longue liste des personnes qui formaient le cortège. Parmi eux, signalons un certain Maurice Filion.]


En 1939, l'éditeur « PRINCEPS » publia un livre, écrit par Robert Prévost, intitulé « QUE SONT-ILS DEVENUS » et en voici quelques extraits.


J.-P. Filion,  «le flambeau»  de la scène

La grande carrière théâtrale de M. J.-P. Filion, qui, avec Hamel et Palmieri, formait un trio d'artistes célèbre au début du siècle. Ses débuts, à l'âge de dix-huit ans. Son passage dans les principaux théâtres montréalais. Ses amis, Georges Colin et Victor Francen. Censeur de la ville de Montréal.

Attaché dix-sept ans à la scène du «National»

Nous avons commencé il y a deux semaines une série de biographie des vétérans de la scène qui ont su captiver et charmer les auditoires montréalais au début du siècle, sur la scène du «National» ou ailleurs. Nous avons parlé dans nos deux derniers articles de MM. Elzéar Hamel et Palmieri; aujourd'hui, nous consacrerons notre chronique à M. J.-P. Filion, qui formait avec Hamel et Palmieri un trio célèbre qui a toujours joui de la faveur du public.

Débuts à 18 ans

M. J.-P. FILION est montréalais de naissance. Il a vu le jour en 1871. C'est à l'âge de 18 ans qu'il fit ses débuts avec la compagnie Franco-Canadienne, au « Français », alors appelé théâtre « Empire ». On y jouait tout le mélodrame.

Au « National »

En 1900, M. Filion entrait au « National ». Il prit part à la séance d'inauguration de cette salle et n'en repartit qu'en 1917, soit lorsque le théâtre ferma ses portes. C'est dire qu'il resta attaché à cette scène durant dix-sept ans. La troupe était sous la direction de M. Julien Daoust. Puis, M. Georges Gauvreau prit le « National » en main à titre de directeur-propriétaire et en fit un succès éclatant. M. Filion y joua le drame, le mélodrame et tout le grand répertoire de l'époque. En 1902, le « National » prit de l'expansion avec Paul Cazeneuve. On y présentait une pièce par semaine, et onze représentations pour chacun. Les artistes de la scène y faisaient un travail d'arrache-pied.

Les rôles que M. Filion y remplit le plus souvent sont: Flambeau, dans « L'Aiglon », l'abbé Constantin, dans la pièce du même nom, le rôle du curé dans « L'Amour Veille », etc. M. Filion se lia d'amitié, au « National », avec les artistes aussi réputés que Joubé, Victor Francen, que l'on admire aujourd'hui sur l'écran français, et Georges Colin, dont les réalisations radiophoniques charment le public de France.
On a eu alors l'occasion de l'applaudir aussi dans « L'Éventail », « La Closerie de Genest », « Les Vieux Garçons », de Sardoux, et dans maintes autres pièces.

L'Alliance  Artistique

M. Filion passa au « Canadien », avec l'« Alliance Artistique »; il y a joua surtout de la comédie. Puis, on l'applaudit sur la scène de l'Orphéum, et au Saint-Denis, dans des spectateurs de grand guignol.
Il joua aussi avec la Société Canadienne d'Opérette.

M. Filion abandonna le théâtre militant en 1930, alors qu'on lui confia la charge de censeur de la ville Montréal; il occupe ces fonctions depuis.

Entre temps, il «monte» des spectacles au collège de Saint-Laurent. Il y a fait représenter par les élèves de cette institution: «L'Abbé Constantin», le deuxième acte de «L'Aiglon», «Le Maître de Forge», «La Fille de Roland», qui a remporté un grand succès, etc., etc.

Une anecdote désopilante

M. Filion nous raconte l'une de plus désopilantes anecdotes dont il a été témoin au cours de sa longue carrière théâtrale.

Ce jour-là, on jouait « le jockey malgré lui ». À un certain moment, un brigadier disait à un interprète qui était assis: « Levez-vous! » Or, dans le seul but de rigoler, l'acteur ne se leva pas;  le brigadier intima l'ordre de nouveau. « Levez-vous! » Rien  ne fit. Cela compliqua un peu l'action, mais on s'en tira. Le lendemain, comme le brigadier prévoyait que la même plaisanterie se répéterait, il se munit d'un pistolet chargé à blanc. Deux fois encore, il commanda à son compagnon de se lever, mais en vain. Alors, il déchargea son pistolet sous le siège, avec le résultat que l'interprète réticent bondit. Le truc avait été pleinement réussi; mais quelques secondes après, un autre artiste, M. Harmant, entra en scène avec deux oranges et s'écria: « Brigadier, je vous rapporte les balles! »

On imagine facilement l'hilarité qui s'empara de la salle et de la scène, au désespoir du directeur.

Le théâtre français à Montréal

« Le théâtre français, dit M. Filion, est encore plus difficile à rétablir chez nous qu'il ne l'était au début du siècle, à cause de l'événement du cinéma. Il faudrait trouver un homme comme M. Gauvreau, qui puisse risquer des capitaux et garantir aux acteurs des revenus qui leur permettraient de vivre. Nous avons chez nous beaucoup de talents qui ne demandent qu'à s'épanouir dès que l'occasion se présentera. Tout le travail fait au cours des années qui ont marqué l'existence du «National» est pratiquement retombé dans le néant. Tout reste à refaire. Mais, quelqu'un finira par mettre l'épaule à la roue, car le théâtre français doit renaître à Montréal. »


En 1944, l'éditeur « L'ÉTOILE » publia un livre écrit par Palmieri et intitulé « MES SOUVENIRS DE THÉÂTRE ». On y lit ce qui suit en pages 18 et 19.


« Au début de 1899, nous changeâmes de théâtre, nous dirigeant vers le sud-ouest, rue Saint-Maurice, près du Carré Chaboillez. Cette saison ne vécut que quelques mois. On gelait dans cette salle en face d'auditoires dont l'enthousiasme se congelait sous le zéro d'une température antartique. A l'automne de la même année, « les Variétés », sous la direction d'un nouveau propriétaire, M. Hoolahan, ouvrit ses portes. Nous fûmes tous réengagés. Parmi les nouveaux venus se trouvait M. J.-P. Filion, que toute la Métropole a applaudit durant plus de trente années.

Le Théâtre National

« Ce fut au « National » que débutèrent réellement les trois artistes qui pendant des années furent connus à Montréal comme le triumvirat canadien-français: MM. Filion, Hamel et Palmieri. A cette époque, on les appelait « les Trois Mousquetaires en chapeaux de castor du Faubourg de Québec ». Le début du vingtième siècle fut pour le « National » une aube de gloire et de prospérité. »


En 1958, l'édition « LE CERCLE DU LIVRE DE FRANCE » publie « 350  ANS DE THÉÂTRE AU CANADA FRANCAIS » par Jean Béraud, et en voici quelques extraits.



[p. 86] « La même semaine [1894], s'installait au théâtre de l'Opéra Français devenu l'Empire, la Compagnie Franco-Canadienne, qui venait de jouer à Québec, et qui comprenait Blanche de la Sablonnière, Mmes Numa et Duclay; Julien Daoust, Louis Labelle, Brazeau, Meussot et Filion. À l'affiche: La justice de Dieu, Don César de Bazan et Les Deux Orphelines. C'est la naissance des troupes de comédiens français, belges et canadiens, qui trouveront plus tard des foyers stables aux Nouveautés, au National et au Canadien-Français. »

[p. 89] « C'est ainsi qu'en novembre 1898 en même temps que s'ouvrait le Her Majesty's destiné aux troupes de langue anglaise il inaugurait le théâtre des Variétés, installé au-dessus d'un magasin rue Sainte-Catherine près Papineau, avec le concours de Petit-Jean, Filion et Palmieri. [...] Petit-Jean né en France en 1869, fit partie de toutes les troupes qui, aux environs de 1900, assurèrent l'établissement de nos scènes permanentes. Les deux autres associés, J.-P. Filion et Palmieri, étaient Canadiens. Filion, né en 1871, avait fait son début d'acteur adulte à 18 ans avec la Compagnie Franco-Canadienne; il devait rester au théâtre National dix-sept ans, soit la durée même de cette scène, passer ensuite de plateau en plateau et finir calmement sa vie comme censeur municipal de théâtre. Joseph. S. Archambault, né à Terrebonne en 1871 aussi, fit son cours classique au collège Saint-Laurent et se destinait au Barreau, mais tenté par le théâtre il débuta aux Variétés, joua un soir Martyre de Dennery et en retint le nom de son personnage, Palmieri, comme nom de scène. »
[p. 94] « L'événement de l'année [1900], c'est la fondation, sur le site qu'il occupe encore comme cinéma, du National, premier théâtre français construit à Montréal, le dimanche soir 12 août, par une « troupe composée des meilleurs artiste de Montréal ». Cette troupe comprend: Mmes Nozière, Bérangère, Duplessis, Rhéa; Julien Daoust, fondateur du théâtre, Filion, Louis Labelle, Delanay, Fleury et Luviac. »

[p. 98] « Évoquant ces souvenirs, J.-P. Filion en gardait encore en 1934 une attendrissante nostalgie. Ah! oui, l'âge d'or de l'acteur-Acteur: pensez donc, L'Ami Fritz d'Erckmann-Chatrian était trop subtil, restait incompris éloquente, les apartés menaçants, les mimiques bien senties, les longs attendrissements, et l'on y réagissait vigoureusement. »

[p. 102-103] « Au 30 juin, (1904) lorsque le National clôt sa saison sous la direction Gauvreau-Cazeneuve, c'est la première fois à Montréal qu'un théâtre a donné sans interruption 53 semaines de spectacles. Mais, drôle d'idée, on a commencé à offrir aux spectateurs des « vues animées » (cinéma) entre les 3e et 4e actes des pièces à l'affiche. C'était, comme on sait, introduire le loup dans la bergerie. On y est resté à la formule populaire, et des acteurs canadiens ont poussé à la roue: Germain Beaulieu avec le drame patriotique Famille Sans Nom; Madelaine Huguenin avec La Mort de Crémazie ou l'Adieu du Poète, dont la représentation eut pour effet de contrecarrer une campagne d'opinion opposée à l'érection, au Carré Saint-Louis, du monument à la mémoire du poète québécois mort en exil au Havre; Louis Guyon avec Denis le patriote; et Rodolphe Girard avec Fleur de Lys, «drame romantique en cinq actes inspiré par l'héroïsme de Madelaine de Verchères», que jouèrent Cazeneuve, Hamel, Godeau, Soulière, Palmieri, Filion, Mmes Henriette Moret, Rhéa, Audiot et Chapdelaine. »

[p. 111] « Tandis que le National donnait Les Ribaud du Dr Ernest Choquette en collaboration avec Charles abder Halden, Hindelang et deLorimier, 4 actes de Colombine (Éva Circé-Côté), le Jos. Montferrand de Guyon, et honorait l'un des acteurs canadiens de la troupe, J.-P. Filion, au point de lui faire jouer deux fois le rôle-titre de Hamlet en remplacement de Cazeneuve malade. »

[p. 113] «Au National Georges Gauvreau, ayant institué un concours de pièces en un acte, avait reçu trente-cinq manuscrits et présentait celle des lauréats en levers de rideau: Aveugles, de Loraine et Tremayne, et Le Repentir, de Paul Hyssons (J.-Etienne Gauthier, futur greffier de la Cité), 1ers prix ex-aequo; Un Arrêt Judicieux, de Germain Beaulieu, et Le Fumeur Endiablé de Colombine, 2es prix; Place à L'Amour, du poète-avocat ou avocat-poète W.-A. Baker, curieux sans doute de connaître cette joie si recherchée par les rimeurs d'être lus à haute voix et devant un public, mais à qui l'on n'avait accordé qu'un 3e prix ex-aequo avec Mariage à la Gaumine, de Guyon; Le Cabinet no 13, de B. de Ligny, hors concours, Les Pantins, de A. Bessette, Le Pardon du Gentilhomme, d'Alfred Descarries, Une Volupté Nouvelle, de L.-N. Sénécal, L'Envers du Rideau, de J.-P. Filion, ainsi que, classée hors concours et écourtée pour respecter l'horaire, La Cabane à Sucre, de Louvigny de Montigny. »

[p. 139] « Lorsque le National rouvre ses portes sous la direction artistique de Fernand Dhavrol avec Le Désastre (Antoinette Sabrier), le 5 août, la troupe compte plusieurs artistes nouveaux pour encadrer Mmes Vhéry et Devoyod, MM. Scheler, Filion, Lombard et Mallet. Les débutants sont Jeanne Demons, Berthe Briant, Lily Taldy et Lucienne Degraves, Maurice Pelletier, Armand Brain, Armand Robi, et Auguste Chanot. »

[p. 145] « L'année 1915 n'amène aucun artiste nouveau. En février et mars, Maurice Pelletier et Paul Gury reviennent tour à tour du front, réformés après plusieurs mois de service. Les noms de comédiens canadiens se substituent de plus en plus à ceux de leurs camarades français comme tête d'affiches, et peu à peu sur tous les autres à la rubrique des spectacles. Le 16 août, le théâtre National passe sous la direction artistique de J.-P. Filion, qui y est depuis quinze ans, qui à un moment même y fut le seul Canadien de la troupe. Mais ce qu'on a appelé la belle époque du théâtre National est finie. »

[p. 201-202] « 1930 est, à bien des égards, l'une des meilleurs années de notre histoire théâtrale: elle donne naissance non seulement au M.R.T  mais aussi au Stella, et nous propose d'autres spectacle d'un grand intérêt. Elle commence mal, mais par une aventure assez plaisante au Saint-Denis, où une troupe parisienne présente Ciboulette et Phi-Phi. L'opérette de Christiné et Willemetz, dont on célébrait en 1957 la 2,500e représentation, éveille des scrupules chez nos édiles et la troupe est conduite en bloc en Cour municipale du Recorder. L'impresario en est quitte pour retirer Phi-Phi de l'affiche et doit verser un cautionnement de$15 pour chacun des membres de la troupe dont Jane Montange, Hirigaray, Lucy Maltès, d'Ary-Brissa et même le chef d'orchestre Xavier Roge, jugé complice dans la représentation d'un spectacle indécent.

L'incident engage les autorités municipales à nommer un censeur de théâtre J.-P. Filion renonce à la scène pour accepter cette responsabilité. Il ne sera du reste pas méchant et profitera de ses loisirs pour constituer une bibliothèque théâtral qui, à sa mort, sera déversée dans les rayons de la Bibliothèque Municipale. » [Nov. 1940]

[p. 241] « Ce même mois, à 69 ans, meurt subitement J.-P. Filion, doyen, sinon par l'âge du moins par les états de service, du théâtre canadien. Venu au théâtre, comme ceux de sa génération, sans préparation spéciale, son instinct, son observation des comédiens français, qui passaient dans notre pays l'avaient bien servi, et il avait donné à certains rôles une belle dignité une vigueur pleine de conviction. » [6 nov. 1940]


J.-Philias Filion avait deux frères, Louis (330.202 dans notre Répertoire généalogique) et Gabriel-Guillaume (330.201). Ce dernier épousa Mathilde Baignet (et furent mes grands-parents). Ces trois frères, étaient les fils, de Louis-Guillaume (117.021) et de Marie Fortin.

Toute personne qui aurait soit des questions ou des informations concernant J.-Philias Filion est priée de communiquer avec Gilles W. Filion, 5623 Du Bocage, Pierrefonds, Qué. H8Z 1L4. Tél. (514) 626-2347.


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