Jean (François) Chassey

Franche Comté

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AUX ORIGINES DE LA FAMILLE CHASSÉ1

 

Le 24 février 1733, un jeune franc-comtois, débrouillard et à l'esprit aventureux, quittait la France pour le Canada par ordre du roi. Il n'était pas seul, puisque 98 autres passagers, faux sauniers comme lui2, l'accompagnaient, dont l'un de ses cousins. Ce contrebandier du sel, nommé Jean Chassey, avait préféré la déportation à l'emprisonnement. Issu d'un pays producteur de sel gemme3, il s'était imprudemment laissé prendre à l'appât de gains facilement obtenus. Mais sa faute n'était pas très grave, et si l'on enfermait aujourd'hui, dans un monde autrement riche, tous ceux qui contournent ainsi la loi il faudrait sûrement agrandir les prisons.

AU CANADA

Débarqué à Québec, Jean Chassey est embarqué avec quatre autres faux sauniers4, par François Poulin, sieur de Francheville fondateur des Forges du St- Maurice. Mais celui-ci meurt au mois de novembre suivant et les travaux sont momentanément suspendus5. C'est sans doute pourquoi l'on retrouve notre homme, deux ans seulement après sont arrivés dans la colonie, à Kamouraska.

L'un de ses compagnons d'infortune, qui le suit aux forges, est fort probablement son complice. Jean-Nicolas GrandMaître porte en effet le même nom que la mère de Jean Chassey et il est originaire de Combeaufontaine, en Franche-Comté paroisse qu'habite alors la famille de jean. Marié à Châteauguay le 07-01-1736 avec Anne Primot, Jean Nicolas meurt toutefois quelques mois plus tard, laissant sa femme enceinte d'un fils qui devrait naître le 19 décembre 17376.

Durant ce temps, Jean Chassey se marie le 27 juin 1735 à St-Louis de Kamouraska avec Marie-Josèphe Migneau, fille de Pierre et de Jeanne Autin7. Il se dit fils de Sébastien et d'Élisabeth Grandmaître, il signe son nom et il déclare être âgé de 21 ans ; nous verrons plus loin qu'il en ait 23 en réalité. L'acte le mentionne originaire de Scey-sur-Saône, archevêché de Besançon.

Au mariage, Jean et Charles Miville sont les témoins de Jean Chassey, à son départ des forges ? C'est fort possible. Il s'établit en tout cas en aval de Kamouraska, du coté de ce qui deviendra le territoire de St-André. De 1736 à 1741 quatre enfants naissent à Kamouraska. Puis, neuf ans après son arrivée dans la colonie, le nouveau Canadien tente de se rendre dans la métropole pour en ramener sa mère et ses frères et sœurs. C'est que son père est décédé trois ans plus tôt, Jean a pu l'apprendre par le courrier. Il s'embarque donc dans un petit vaisseau en partance pour Gaspé, mais il doit rentrer bredouille à la côte-du-sud8. Sa réputation d'ancien saunier le hante encore; il n'a pas le droit de quitter le Canada.

Mais l'homme, déterminer, arrive néanmoins à ses fins, puisque sa famille débarque à Québec durant l'été ou au début de l'automne 1742. Sa mère, Élisabeth Grandmaître, alors âgée de 55 ans environ, est accompagnée de ses quatre filles et de son autre fils : Catherine 26 ans, Françoise, 23 ans, Anne-Marie, 20 ans, Sébastien, 18 ans et Jeanne-Baptiste, la benjamine du groupe, seulement 15 ans. Fait également partie du voyage François Tortey, originaire de Combeaufontaine. Dès le 27 novembre, ce dernier se marie avec la sœur aînée, Catherine, alors que deux mois plus tard, c'est au tour de Françoise de prendre époux. Celle-ci convole avec Jean-Baptiste Michaud, fils de Pierre et de Marie-Madeleine Cadieu. Les Michaud sont alliés à la famille Mignaud et Joseph, frère de Jean-Baptiste, apparaît déjà comme témoin de l'épouse au mariage de Jean Chassey.

Les événements se succèdent ensuite, tantôt heureux, tantôt douloureux. D'abord la séparation de la famille : avant même son premier anniversaire de mariage, le couple Tortey décide de rentrer en France. Trois ans plus tard, au cours de l'été 1746, Sébastien, frère cadet de Jean, meurt à la fleur de l'âge. L'automne qui suit voit se marier Anne-Marie avec Benjamin Michaud, cousin germain de Jean-Baptiste, l'époux de Françoise. Puis, avant le carême de 1748, Jeanne-Baptiste épouse Étienne Michaud le frère du même Jean-Baptiste. Les familles Chassey et Michaud sont indissolublement liées. Tous les Enfants d'Élisabeth Grandmaître sont désormais mariés.

Dans l'intervalle Jean Chassey est devenu père une sixième fois. Il compte cinq enfants vivants en 1747 quand il est accusé, avec Jean-Claude Carlos comme faux-monnayeur9. Ce Carlos, originaire du jura, était également un ancien faux saunier bien établi dans l'estuaire du St.-Laurent. On sait que la monnaie était rare dans la colonie à cette époque. Mais la contrefaçon rendait les coupables de peine de mort. Comment notre homme s'en tira-t-il? Par la fuite, s'il faut en croire un texte cité par R. Boyer : "Jean Chassey dit Bourguignon, surnommé La Joue Percée, fut pendu en effigie par contumace pour majoration et falsification de monnaie et de billets10". Son absence ne se fit pas trop longue cependant, car sa femme donna naissance à une fille quatre ans plus tard environ. Il faut dire ici que les registres de Kamouraska comportent une lacune qui s'étend de novembre 1748 à octobre 1751.

Pendant ce temps Jeanne-Baptiste mourrait, sans doute à ses premières couches à l'été 1749. Mais Jean Chassey n'était pas au bout de ses malheurs : sa femme et sa mère allaient décéder la même année. Après lui avoir donné dix enfants et peut-être enceinte d'un onzième, Marie-Josephe Migneau rendait l'âme au début de mars 1757. L'automne suivant, Élisabeth Grandmaître désignée dans l'acte comme "la bonne femme Chasses" quittait également les siens. Trois de ses enfants l'entouraient Avait-elle eu des nouvelles de sa fille Catherine ? Celle-ci lui survivait-elle en France ? On peut se le demander.

Quelques semaines avant que sa mère ne meure, Jean était déjà remarié. Il était resté veuf cinq mois à peine. A seconde épouse, Marie-Angélique Asselin (prénommée Marie-Louise dans l'acte de mariage) fille de Louis et de Marie-Angélique Dubé n'a que 19 ans, soit 26 de moins que son mari. Elle épouse un père de sept enfants, mais aussi un cultivateur établi qui, au recensement de 1762, possède 6 arpents de terre en valeur, un bœuf, quatre vaches, deux taurailles, trois chevaux et sept cochons11. A la même date, le ménage compte trois garçons de 15 ans ou plus, deux de moins de 15 ans et deux filles. C'est que l'aînée des filles, Élisabeth, est déjà mariée depuis 1758 et que la seconde, Anne est peut-être recensée ailleurs comme domestique. Deux fils, issus du second mariage sont venus s'ajouter Six enfants naîtront de 1762 à 1771.

Ainsi Jean Chassey a eu au moins 17 enfants de ses deux unions. Dix d'entre eux se sont mariés, lui laissant une abondante postérité. Mais notre homme, devenu patriarche, aura la douleur d'en enterrer près d'une douzaine Il survivra également à tous ses frères et sœurs : Françoise mourra en 1780 après avoir donné naissance à huit enfants et Anne-Marie s'éteindra à Ste-Anne de la Pocatière en 1797 à l'âge de 75 ans, ayant eu pour sa part sept enfants. Quatre ans après son fils aîné, Jean Chassey, souvent prénommé Jean-François, rendit le dernier soupir, à St-André, le 6 juillet 1798. Il était âgé de 86 ans. Sa femme lui survivait, ainsi que six enfants.

1M.S.G.C.F., vol. 43, no 1, printemps 1992

2 PRDH, Répertoires des actes de baptême, mariage, sépulture et des recensements du Québec Ancien, vol. 46, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1990, p. 416

3 R. Lessard, "Les Faux sauniers et le peuplement de la Nouvelle-France" , L'Ancêtre 14, 3, novembre 1987, p. 84

4 id, 14,5 janvier 1988, pp., 175-179

5 C. Nish, Dictionnaire biographique du Canada, vol. II, Québec, P.U.L., 1964, p. 553.

6 P.R.D.H. op. cit., vol. 28

7 id, vol. 21

8 R. Lessard, loc. cit., pp. 85-86

9 R. Lessard, loc. cit., p.88

10 R. Boyer, Les crimes et les châtiments au Canada français du XVIIe au XXe siècle, Montréal, Le cercle du livre de France, 1966 p. 98;le surnom de Bourguignon tient du fait que la Franche-Comté a longtemps dépendu de la Bourgogne.

11 P.R.D.H., op. cit., vol. 47, p. 128

Certificat de naissance de Jean Chassey

 

Jean fils de Sebastien Chassey de Scey sur Saone mareschal et de Elisabeth Grandmaistre de Combeaufontaine sa femme est ne le douziesme du mois d'aoust de l'an mil sept cent onze et baptise le lendemain. Le parein a este Jean Chassey et la mareine Elisabeth Chassey illettree dud Scey. Bourderau ptre"
 
Jean Chassey
Signature sur le certificat de mariage d'Élisabeth Levasseur veuve de Jean Baptiste Chassey et de Joseph Boucher à la paroisse de St-André de Kamouraska Qc le 8 aôut 1796.
 

 

 

Francité 

 

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Révision : 11 novembre 2001