ALEXIS               

 
 
 
 
 
 
 
Alexis Chiasson & Élise Thibeault
fils de
Stanislas Chiasson & Marie Jean

 
 
 

lignage : Pierre, Guyon Denis, Sébastien, Jacques, Amant, Amant, Jean, Gilbert, Stanislas, 
             Alexis  
 
 

      Né à Métis, le 9 avril 1899, alors que son père Stanislas était venu depuis peu travailler pour la Price Bros. Co.   Alexis n'eut même pas le temps de prendre racines sur la Côte-Sud; il avait à peine deux ans, que son père Stanislas, traversa sur la Côte-Nord avec son épouse Marie et ses deux enfants Marie-Anne et lui-même. 

     Pour quelque temps, la famille demeure chez les parents de Marie Jean.  Lorsque Stanislas tente de s'établir sur sa terre, Alexis est encore trop jeune pour se souvenir de toutes les péripéties de trois années de durs labeurs, afin de réussir à défricher quelques acres de terre pour la culture, bâtir une grange-étable et commencer à se monter un cheptel. 

     Il n'avait que cinq ans,quand son père abandonne sa terre de Raguenau, pour venir travailler à Sept-Iles et y faire la pêche.  La famille demeure sur la première rue (Arnaud), dans une maison louée, entre la rue Régneau d'aujourd'hui et le vieux quai. 

     Alexis a huit ans quand la famille se transporte à Pentecôte, où la Saint-Maurice Lumber, qui deviendra plus tard la Canadian International Paper (CIP) a une usine d'écorçage de bois à pulpe et opère de grands chantiers en forêt.  En ce début du vingtième siècle, Pentecôte était le principal centre d'activité de la Côte-Nord.  C'est pourquoi Stanislas s'était rendu là avec sa famille.  Ils habitaient une maison sise au pied de la côte à l'extrémité ouest du village.  (Quelques années plus tard, un glissement de terrain emporta les deux dernières maisons du village, dont celle qu'avait habité la famille de Stanislas. 

     Au printemps 1908, une pneumonie retint Alexis à la maison pendant plus d'un mois.  À sa première sortie, rien de plus pressant pour lui, que d'aller voir travailler son père, au quai.  Il attelle son chien qui d'un trait le mène à destination. Cependant son père lui demande de retourner à la maison et de lui apporter une hache.  Sans hésiter, il rebrousse chemin, prend la hache et la place le taillant vers le bas, entre les planches servant de fond au traîneau.  Mais le taillant de la hache,  accrochant un morceau de glace, se retourne et fend la rotule du genou droit d'Alexis, qui se trouvait à genoux sur le traîneau. 

     Après examen, le docteur immobilise sa jambe pour trois mois et informe les parents que leur fils restera probablement la jambe raide.  Contrairement aux prévisions, après trois mois d'inactivité et quelques exercices, il était complètement guéri. 

     L'ouverture de Clarke City, son exploitation forestière et l'usine d'huile de baleine firent de Sept-Îles un endroit de prédilection pour qu'une famille puisse s'y établir en permanence.  En 1909, Stanislas, ramène sa famille à Sept-Îles et se bâtit une maison sur la deuxième rue (Brochu).  C'est là qu'Alexis passa le reste de son enfance, allant à l'école du village jusqu'à l'âge de 13 ans.  L'instruction leur était donnée par une religieuse ou une institutrice, heureusement que le curé de la paroisse, le Père Arthur Divet, s'occupait de la discipline.  Ces jeunes garçons passaient plus de temps à jouer qu'à étudier.  Cependant, Alexis  apprit à lire, à écrire et à compter suffisamment pour les besoins d'un pêcheur et d'un bûcheron de cette époque. 

     Ne voulant plus fréquenter l'école, son père l'amenait à la pêche et à la chasse avec lui.  Il l'initie au maniement des rames, des embarcations ainsi que des armes à feu, en définitive à tout ce qu'un homme de la Côte doit savoir.  Différemment d'aujourd'hui, à 14 et 15 ans un jeune homme pensait déjà à gagner sa vie.  Au cours de l'été 1914, Alexis travaille pour des Norvégiens à l'usine d'huile de baleine.  Il n'a que 15 ans et c'est son premier travail d'homme. À l'automne, l'usine ferme avec le départ des propriétaires. La guerre étant déclaré en Europe, ils ne revirent plus à Sept-Îles.  Monsieur Joseph Bois, leur gardien, dut vendre l'usine par ordre de cour pour récupérer un peu de son salaire. 

     Stanislas a un camp de chasse à la rivière Hall et Alexis y fait la chasse aux outardes et aux lièvres.  Très tôt c'est le départ pour les chantiers.  Marie sa mère lui prépare une petite boîte en fer-blanc, dans laquelle elle range quelques aiguilles, une pelote de laine pour réparer ses bas, une bouteille de liniment  "Ménard", du fil de laiton, de la corde et des épingles de sûreté.  Les dernières années de sa vie il avait encore cette petite boîte qui avait déjà contenu du tabac. 

     À dix-neuf ans, il obtient un permis de pêche au saumon à Pointe Thérieault, aux Jambons. Il s'achète une petite barque de pêche de 22 pieds, mûe par un moteur 'Acadia" de 5 chevaux.  Jusqu'à l'âge de 40 ans, il fait la pêche l'été et passe les hivers dans les chantiers de la Côte-Nord,  à Clarke-City, Shelter bay, Pentecôte, Godbout ou Franquelin. 

     En septembre 1924, il épouse Élise Thibeault, fille d'Auguste Thibeault, qui arrivée de Fall River, États-Unis depuis un an, demeure chez son père.  Comme beaucoup de jeunes couples, la première année, Alexis et Élise demeurent au foyer paternel.  Le printemps suivant, après avoir passé l'hiver dans les chantiers de Clarke City, Alexis se construit une maison de 24'X24', deux étages, avec l'aide de monsieur Anisset Bourque, un maître charpentier.  Dans très peu de temps la maison, sans qu'elle soit complètement finie, est tout de même habitable et le 17 juillet, Léopold leur fils y voit le jour. 
 

 
 
Maison rue Brochu à Sept-Iles
1925-1938
(aquarelle fait par Léopold Chiasson)
 

     L'hiver suivant Alexis prend un contrat (une job) de coupe de bois, à la rivière Hall. Élise passe l'hiver dans le chantier avec Alexis et un autre jeune couple, Hypolite (titi) Cormier et son épouse Géraldine.  C'est là que Léopold fit ses premières dents!  En 1930, Alexis prend une autre "job", cette fois sur la rivière au foin.  Encore une fois, Élise va passer l'hiver dans le bois, cette fois avec quatre jeunes enfants. 

     Alexis était d'un naturel timide.  Il n'était pas homme à se lancer tête baissée dans n'importe quelle aventure.  Mais après réflexions, lorsqu'il entreprenait quelque chose, il était courageux et menait toujours à terme ses décisions.  Bon et généreux il a toujours su se priver de bien des avantages, afin de procurer à toute sa famille le plus grand confort possible. 

     Au début des années 30, la grande crise se faisait sentir partout.  Dans les villes la misère régnait.  Sur la Côte-Nord, ceux qui étaient audacieux et travailleurs et qui n'avaient pas peur de quitter leur famille pour les chantiers l'hiver et la pêche l'été, pouvaient apporter à celle-ci une vie décente.   

     En 1938, avec six enfants, Alexis décide de s'installer sur une terre.  Immédiatement après la pêche au saumon, au coeur du mois de juillet, il construit en pleine forêt, sur le lot 8, du rang 1 est, dans le canton Letellier, dans les chaleurs de l'été et les mouches noires, une petite maison de 20' X 20', un étage et demi.  En septembre il quitte Sept-Ïles pour cette nouvelle demeure. Comme Alexis n'était pas homme à revenir sur ses décisions, il vendit à Harry Chambers sa propriété de Sept-Ïles pour la somme de huit cents dollars. 

     Cette première année en terre de colonisation, en fut une d'épreuves. Au début de janvier Stanislas Chiasson , qui demeurait avec la famille, meurt d'une brève maladie. Elise qui était enceinte, met Josette au monde le 19 mars. L'automne précédent Alexis avait acheté un cheval, afin de faire du bois de chauffage sur son lot et le vendre au village. À la fin de janvier, la pauvre bête meurt subitement en tirant un voyage de bois. Alexis continua à faire du bois de chauffage avec des chiens.  Ce bois fut scié, fendu et cordé près de la maison. Un après-midi de mai, brûlant ses abattis, le vent change brusquement au sud ouest et il ne s'en fallut de peu que la maison y passe. 

     En 1940, la pêche au saumon n'étant plus ce qu'elle avait été, Alexis abandonne cette activité, pour travailler dans les chantiers d'été  comme "garde-feu". Dans peu de temps, la famille avait quelques acres de terre en labour et plusieurs acres en terre à foin, toujours un cheval, une et deux vaches laitières, quelques veaux, un cochon et des poules.  La famille cultivait tous les légumes, même ils en vendaient pour quelques cents dollars par été.  La famille fauchait le fourrage nécessaire aux animaux.  En tuant un bouvillon et un cochon l'automne, ils avaient leur viande pour l'hiver. Alexis avait vu juste quand il décida de s'établir sur cette terre. 
 

 
 
 
 
Alexis  Chiasson
 

      Sa connaissance de la forêt et son goût de l'entreprise firent, qu'à l'automne 46, toute la famille quitte la ferme pour son chantier. Afin de faire un succès de cette entreprise, il ne ménage pas ses efforts, faisant lui-même le bois de chauffage pour les camps. Presque tout l'hiver, il n'a pas eu besoin d'homme à gage, car il fait aussi ses chemins.  De plus le dimanche il s'occupe de l'entretien des chevaux.  Élise et ses filles  font la cuisine tout l'hiver.  Avec la participation des membres de la famille Alexis  économise quelques milliers de dollars. 

      À la fin de mars, toute la famille revient sur la ferme.  Alexis avait fait, ce qu'on appelait à cette époque, un "bon hiver". L'année suivante, espérant faire aussi bien, la famille retourne passer l'hiver au même endroit. Son fils Léopold, qui est maintenant marié et qui travaille pour le Ministère de la Colonisation,  reste sur la ferme.  Fort de l'expérience de l'année précédente, Alexis fait encore un très bon hiver et revient à la fin de mars avec ses deux chevaux et une famille heureuse de sortir du bois. 
 

      Le Ministère de la Colonisation ayant échoué dans sa tentative de fournir, aux colons du canton Letellier, une eau potable, avec des puits artésiens, ceux-ci négligent et abandonnent leur terre.  Alexis voyant cet état de choses, prit une difficile décision qui s'avèra par la suite, être un choix judicieux. Au printemps 1948, il se construisit pour la troisième fois une nouvelle demeure. Cette maison de 22' x 24', un étage et demi, est sise sur la rue Brochu.  À l'automne, comme il ne peut obtenir un contrat de coupe de bois convenable, il décide d'aller passer l'hiver sur l'arpentage de la rivière Romaine.  Il vend ses deux chevaux et s'engage pour une expédition de plus de quatre mois. 

      À son retour le printemps suivant, il cherche un moyen  qui lui permettrait de ne plus quitter la famille pour de si longues périodes.  Les filles ne sont pas encore mariées, il peut compter sur leur aide.  Après une discussion avec sa famille, il décide d'ouvrir un petit commerce. 

     Encore une fois, il entreprend la construction d'un bâtiment de 25' X 35', et deux mois plus tard, il ouvre une tabagie avec une table de billard, un "juke-box" et un peu d'épicerie. Une de ses fille Maria y travaille comme commis. Tous les jours, Élise fait cuire les oeufs  et les blés d'inde qu'elle met dans le vinaigre . Elle remplit au fur et à mesure les tablettes de marchandises.  Les affaires vont tellement bien qu'il se construit immédiatement un entrepôt, car à cette époque, il n'y avait pas de transport pour Sept-Îles, de décembre à avril. 
 

     Quelques années plus tard, il construit une autre petite maison sur la rue Cartier, qu'il mit aussitôt à louer. Au printemps 1955, il construit un chalet à la rivière Brochu, mais sitôt fini il est détruit par un feu de forêt.  Ne se laissant pas décourager, il entreprend la même année la construction d'un autre chalet, cette fois à la rivière Moisie.   Alexis était un constructeur! 
 

 
 

 
Alexis Chiasson  & Élise Thibeault
 
 
 
 
 
 
 
Les enfants d'Alexis Chiasson  &  d'Élise Thibeault
Lucienne, Josette, Maria, Léopold, Colette, Adrienne, Alice
 
 
 
 
 
 
 
Première rangée Josette Chiasson et Antoine Tremblay, Évangéline Méthot et Léopold Chiasson
Maria Chiasson et Jimmy Vibert, Adrienne Chiasson et Ovila Lévesque, 
Alice Chiasson et Élie Gauthier.
 
 
     En 1953, Léopold travaille au commerce avec son père et les affaires vont assez bien. Ils agrandissent l'établissement et ajoutent une autre table de billard. Ils disposent aussi d'un  service d'épicerie.  Mais en 1960, afin d'obtenir un permis de vente de bière, ils devront sortir les tables de billard  et convertir le commerce en une simple épicerie.  En 1961, Alexis vend le commerce à son fils Léopold, mais pour les 15 années suivantes il en sera toujours le propriétaire. 

     À plus de 60 ans, sa santé est bonne et il est encore très actif. Lorsqu'il perd ses chalets de Moisie, cela ne le décourage pas et en 1967, il s'en construit un autre à Plage Lévesque où il  passe d'agréables moments avec Élise et ses filles. 

      Après la mort d'Élise  en avril 1973, Alexis ne fut plus le même.  Il est certain qu'après 48 ans de vie commune, perdre l'être cher, quand on a soi-même 74 ans, est une dure épreuve.  Peu de temps après, des troubles de la vue l'empêchent de  faire sa promenade quotidienne jusqu'à la plage pour voir la mer, de lire  et même de regarder la télévision. 

     Le 14 octobre 1980, après quelques semaines d'hospitalisation, Alexis meurt paisiblement  à l'Hôpital Des Sept-Ïles, entouré de tous ses enfants.  

  

les enfants d'Alexis et d'Élise : 

 
Nom  Date de 
naissance 
Date de 
décès 
Nom 
époux/se 
Parents  Date de 
mariage 
Lieu 
Léopold  17 juil 1925  Évangéline Méthot  Josépha Méthot & 
Rosalie Paradis 
2 juil 1947  Sept-Iles 
Alice  21 nov 1926  Éli Gauthier  29 sept 1953  Sept-Iles 
Adrienne  12 jan 1928  Ovila Lévesque  Ernest Lévesque & 
 Eveline Porlier
19 sept 1950  Sept-Iles 
Maria  10 mai 1929  Jimmy Vibert  Wallace Vibert & 
Anna Chiasson 
29 juil 1952  Sept-Iles 
Lucienne  28 juin 1931  célibataire 
Colette  6 fév 1935  célibataire 
Josette  19 mars 1939  Antoine Tremblay  Aurèle Tremblay & 
Lucienne Hamel 
20 août 1966  Sept-Iles 
 

  

Élise et son père Auguste Thibeault  

      Auguste Thibeault, dont les ancêtres venaient de l'Aunis, France, naquit à Baie-des-Sables le 14 décembre 1872.  Il épouse  vers 1895 Herméline Boudreault, fille de Nelson Boudreault et d'Orélie Chiasson, également de Baie-des-Sables.  Quelques années plus tard il demeurait à Ste-Marguerite, aujourd'hui Gallix, avec son épouse et sa fille aînée Marie-Anne. En 1899, Élise y vit le jour et en 1901 une autre fille naquit. 

      À cette époque, dans ces petits villages, sans médecin, il y avait toujours de grands risques à mettre un enfant au monde et ce fut fatal pour Herméline qui mourut d'une hémorragie. Auguste restait veuf  avec trois enfants en bas âge. Il plaça la dernière dans une famille Thériault de l'endroit, où elle mourut quelque temps plus tard. Avec la barge de pêche de son père et l'aide de celui-ci, il traversa le fleuve et plaça Marie-Anne chez sa soeur Marie-Louise. Quant à Élise, qui n'avait que deux ans, il la confia à ses beaux-parents, la famille de Nelson Boudreault qui en ont pris soin jusqu'à leur mort. 

      Après seulement cinq à six ans de vie commune, perdre son épouse et être obligé de se séparer de ses enfants; peut-on imaginer plus grand désarroi? Il quitte immédiatement Sainte-Marguerite pour l'île d'Anticosti, propriété du chocolatier Henri Menier qui y fait exécuter de grands travaux.  Chaque été il se rend voir ses deux petites filles, qui ont peine à le reconnaître, en particulier Élise, qui n'avait que deux ans lorsqu'il l'a quittée.  En 1906, il travaille à la construction du premier quai dans la baie de Sept-Iles, le quai de Pointe-Noire, terminé en 1907.  Il travailla, par la suite plusieurs années à Pentecôte. Vers 1913, il vint à Sept-Iles dans le but de s'y établir.  Il va chercher sa fille Marie-Anne, qu'il place en pension chez Stanislas Chiasson. 

     En 1914, il achète d'Alexandre Ouellet, un terrain sur la deuxième rue, construit sa maison, un atelier et une grange-étable. Il garde une vache laitière, un cheval et des poules. Il possède un grand jardin potager où il cultive patates, navets, carottes, choux etc.  En 1916, il obtient du gouvernement provincial, un lot de colonisation à environ deux milles du village.  Il y construit un petit camp. Chaque été il fauche son foin pour son cheval et sa vache.  Le transport se fait en canot car il n'y a pas encore de chemin pour se rendre sur ces lots. 

      En 1935, le ministère de la colonisation fit construire un pont sur la rivière du Vieux Fort et un bout de chemin. En 1936, Auguste se construit une maison et une grange-étable sur son lot et y demeure en permanence.  En peu de temps il possède suffisamment de terre en culture pour s'adonner à la culture maraîchère.  Pendant neuf ans, deux fois par semaine, du début d'août à la fin de septembre, il vend ses légumes de porte en porte aux gens du village. 

      En 1950, il revint demeurer à Sept-Iles, chez sa fille Marie-Anne. Après une vie de labeur et de solitude, il s'éteint paisiblement le 30 juin 1954 à l'âge de 82 ans et 6 mois. 

      Nelson Boudreault et son épouse Orélie, élevèrent Élise avec l'aide de leur fille Eugénie qui avait 12 ans à cette époque. Élise passa toute son enfance et son adolescence à Les Boules.  C'est là qu'elle alla à l'école, avec ses cousins et cousines. À 13 ans, elle abandonne l'école pour travailler l'été, avec sa tante Eugénie à Métis-sur-Mer, où elles lavent et repassent la lingerie des touristes. 

      À la mort de ses grand-parents Boudreault, Élise et sa tante Eugénie allèrent demeurer chez  Marie, dame Désiré Gallant, qui avait déjà une grande famille. Ses cousines Marie-Anne et Yvonne devinrent ses deux plus grandes amies. 

      En 1916 la guerre fait rage en Europe, les usines canadiennes et américaines fonctionnent à plein régime.  La famille Gallant quitte Les Boules pour Valleyfield où il y a une filature de coton. À cet endroit tante Eugénie, Marie-Anne et Élise travaillent aussitôt.  Elles ont demeuré près d'un an à cet endroit mais l'oncle Désiré Gallant n'avait pas l'intention de s'y établir.  Un bon jour toute la famille prend le train pour Fall-River, aux États -Unis. Seul l'oncle Désiré parle anglais, mais il fait si bien, qu'en peu de temps tante  Eugénie, Marie-Anne, Élise et lui- même sont placés dans une filature. Ils sont bien traités et bien payés, alors la famille s'y établit en permanence. 

      Après près de quatre ans à Fall-River, Élise a maintenant 22 ans, il y a plus de cinq ans qu'elle n'a pas vu son père ni sa soeur Marie-Anne. Auguste Thibeault est à ce moment-là établi à Sept-Iles et sa fille Marie-Anne est marié à Arthur Vallée, ils ont trois enfants et demeurent chez Auguste. 
 

 

 

 
Élise Thibeault
 

      Ces raisons incitent donc Élise à venir les visiter.  Elle prend le train jusqu'à Québec, mais de là, aucun autre moyen de transport que le bateau. À Québec elle fait la connaissance d'une demoiselle Bourdage qui en compagnie de son frère, prend passage sur une "goélette" en direction de Sept-Iles. L'occasion ne peut pas être plus appropriée. Elle s'embarque avec eux pour ce voyage de trois jours sur le cabotier du capitaine Poulin et de ses fils.  Tout le long du voyage le père et les fils se sont querellés.  Heureusement que la température était belle et que monsieur Bourdage veillait sur sa soeur et sur elle. 

      Sept-Iles des années 1920: petit village de pêcheurs et de bûcherons, deux rues non pavées, avec un trottoir de bois d'un seul côté, quelques centaines de maisons, deux églises, dont une pour la mission indienne, une école, cinq magasins, un quai et une vingtaine de barges de pêche ancrées à quelques cents pieds du rivage. Quel contraste avec Fall-River! 

      Élise resta deux mois à Sept-Iles, assez longtemps cependant pour apprendre à aimer la vie paisible de ce petit village. Lorsque l'année suivante, elle revint, ce fut dans l'espoire d'y rester. Elle avait entretenu, depuis près d'un an, une correspondance assidue avec Alexis Chiasson et le 22 septembre 1924, ils s'épousèrent en l'église St-Joseph de Sept-Iles. C'est le père Arthur Divet qui bénit leur union.  

      Élise ne nous a jamais dit ce qui l'avait vraiment incitée à quitter sa tante Eugénie, qui l'avait élevée et la  famille de Désiré Gallant avec qui elle vivait depuis sept ou huit ans. Peut-être un certain désir d'indépendance vis-à-vis cette famille?  Peut être ce que nous appelons le coup de foudre pour Alexis?  Mais Élise a toujours entretenu une correspondance assidue avec ses deux  cousines: Marie-Anne et Yvonne Gallant et avec sa tante Eugénie. 

      Alexis et Élise passèrent le premier hiver de leur vie commune chez son père Stanislas, et au printemps suivant, Alexis construisit sa maison. Leur premier enfant Léopold y est né le 17 juillet 1925 et ses soeurs Alice , Adrienne, Maria, Lucienne, Colette à l'exception de Josette qui est née 19 mars 1939 dans la maison sur le lot de colonisation dans la baie de Sept-Iles. 

        L'inquiétude des accouchements, éloignée des centres hospitaliers, les maladies infantiles, rubéole, scarlatine et typhoïde, la poliomyélite dont Léopold et Alice furent atteints, les longues absences d'Alexis parti dans les chantiers, le manque de confort, l'éloignement et la pauvreté des années 1930 font qu'aujourd'hui, nous ne pouvons qu'admirer le courage d'une mère comme Élise. Elle a toujours su seconder Alexis dans toutes ses entreprises et décisions. Elle n'a pas hésité à le suivre dans les chantiers durant les hivers 1925-1926 et 1929-1930 et elle passa aussi les hivers 1946-1947 et 1947-1948 dans son chantier entre les rivières Ste-Marguerite et Brochu. 

      Elle passa les vingt dernières années de sa vie  à  travailler régulièrement au commerce. Dans les années 60, sa santé n'était pas très bonne, elle avait des  troubles gastriques qui l'empêchaient de manger convenablement.  En 1972, après une intervention chirurgicale réussie, elle vécut une année vraiment heureuse car elle pouvait manger ce qu'elle voulait sans aucun trouble. Le matin du 29 mars elle fut frappée d'une hémorragie cérébrale qui l'emporta le lendemain, vendredi 30 mars à trois heures de l'après-midi. 

       

 
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