Vendredi 12 mars 2010,


Mon nom de plume et d'étoiles

 

Dans un actuel échange de courriels avec un ex-raélien qui a beaucoup contribué à me convaincre de l'imposture de Raël, il me demande, en parlant de «mes» extraterrestres et ne sachant trop s'il doit m'appeler Pierre ou Myriade :  «Les tiens t'ont-ils demandé une action et d'eux découlent-ils une philosophie ou un changement possible?»

 


Voici mon introduction au message qui m'habite et me dépasse :

 

Je ne peux pas répondre brièvement, sans t’expliquer d’abord pourquoi je m’appelle Myriade.


C'est à l'adolescence, aux alentours de ma quinzième année (1971), que j'ai commencé à me chercher un autre nom que celui donné par mes parents et l'église catholique. J'écrivais des poèmes et je trouvais que mon nom officiel, patriarcal et chrétien, Pierre Gobeille, n'était pas assez poétique. J'ai cherché pendant des années, sans trouver. Je ne faisais aucun lien entre mon désir d'un autre nom et les extraterrestres. Je ne m'intéressais pas à eux, les émissions télévisées de mon enfance ne m’avaient pas inculqué une bonne image à leur sujet, ça me faisait peur et je n'y croyais pas.


Pourtant, c'est à l'âge de treize ans que j'ai vécu mon premier contact télépathique, en tout cas le premier dont je me souvienne. Ça s'est produit tandis que je prenais un bain, tout de suite après ma première masturbation. Mon orgasme m'a fait me poser cette question intuitivement, que j'exprime aujourd'hui en mots assez élaborés pour que tu comprennes bien : Pourquoi le processus physique de l'éjaculation a-t-il un tel impact sur mon esprit, quelle est la différence entre mon corps et mon esprit? Une voix adulte à l'intérieur de moi m'a aussitôt répondu : Il n'y a aucune différence importante entre la matière et l'esprit, c'est la même chose qui prend des formes différentes. J'ai été surpris d'entendre cette pensée à l'intérieur de moi, car c'était évident qu'elle ne provenait pas de moi, du moins de mon travail conscient. Jusque là, je n’avais lu que du Tintin et du Bob Morane, et je ne m’étais jamais intéressé à la philosophie. J’ai été un enfant très sportif, pas un intellectuel. La voix m'a expliqué ensuite qu'il y avait aussi une forme d'esprit dans la matière autour de moi, dans l'eau du bain, dans le bain, dans l'air, mais que cet esprit n'était pas organisé comme le mien, il ne pensait pas comme moi. J'étais bien jeune pour comprendre des idées comme ça... J'ai demandé : «Où ça s'arrête? -- Ça ne s'arrête pas, c'est infini.» Là, l'ampleur de ces idées philosophiques, que je ne pouvais pas penser par moi-même, m'a fait réaliser que j'étais en train de parler à une personne invisible, et j'ai eu peur de la folie. J'avais quand même envie de poursuivre la conversation, et je l'ai fait en me disant, pour me rassurer, que j'étais juste en train de parler à un personnage imaginaire que mon subconscient venait de faire apparaître.
 

Nous avons ensuite parlé de la masturbation. J'étais inquiet, ma mère m'avait dit que ça pouvait rendre fou. La voix, que je percevais comme celle d'un homme très sage et bienveillant, une sorte de père, m'a demandé si j'avais eu mal. Non. As-tu fait du mal à quelqu'un? Non. Alors, tout va bien. J'ai continué en disant que j'aimerais pouvoir le faire avec tous mes amis. Il m'a répondu que c'était impossible. Cette réponse ne m'a pas plu. J'ai répété que j'aimerais le faire avec tous mes amis. Il m'a répété que c'était impossible avec tous, seulement avec certains. Je n'ai pas aimé qu'un personnage imaginaire à l'intérieur de moi refuse fermement de dire la même chose que moi. Il a décidé d'arrêter la discussion en me demandant avec une autorité toute paternelle : «Quand tu sortiras du bain, va écrire ce que je viens de te dire au sujet de la matière et de l'esprit, et de l'univers, tu ne le comprends pas bien mais tu le comprendras mieux plus tard.» J'ai obéi à cette demande, je suis sorti du bain et je suis allé dans ma chambre pour écrire sur un bout de papier que je venais de découvrir en prenant mon bain que la matière et l'esprit sont des formes différentes de la même chose et que l’univers est infini, puis j'ai rangé ce bout de papier dans un tiroir. Ce fut mon premier acte d'écriture philosophique. Après, j'ai oublié ce qui venait de se passer dans ma tête, cet étrange dialogue avec une personne invisible. Je ne voulais pas devenir fou en discutant avec une personne invisible. J'ai retrouvé ce bout de papier quand j'étais étudiant en philo à l'UQAM. Je l'ai jeté sans essayer de me rappeler comment et pourquoi je l'avais écrit. J'étais devenu marxiste-léniniste-maoïste...


Est-ce que ce contact télépathique dans ma treizième année a déclenché en moi un désir de m'identifier différemment en changeant mon nom? Toujours est-il que je me suis ensuite mis à lire des écrivains sérieux, romanciers, philosophes et poètes, et que j'ai éprouvé le désir de signer mes propres écrits, surtout des poèmes, avec un autre nom. J'ai cherché pendant des années. Ce n'est qu'en 1978, lors de mon premier voyage avec Capucine, que j'ai trouvé mon prénom Myriade.


Capucine, baptisée Bernadette, rencontrée en janvier 1977, ne m'a jamais appelé Pierre, sauf au tout début bien sûr, par respect. Pourquoi? C'était instinctif, elle ne ressentait pas que ce prénom m'allait bien. Dès que nous sommes devenus intimes, elle m'a surnommé Belette. J'ai découvert plus tard (printemps 1995) que ce nom d'animal provient de la contraction, au Moyen Âge, de l'expression «belle petite bête». À cette époque, la belette étant un animal qui peut passer dans des petits trous, elle faisait souvent des ravages dans les poulaillers et était considérée comme une créature diabolique. On a décidé de l'appeler d'une façon douce en pensant que ça pouvait l'amadouer.


En 1978, nous avons fait un voyage d'un mois dans les Maritimes. Un soir, campant sur l'Île-du-Prince-Édouard, au bord de la mer, près de notre feu, ma douce a regardé le ciel et m'a dit : «Ce soir, il y a des myriades d'étoiles.» Ça faisait des semaines que le prénom de Myriam me revenait en tête sans que je sache pourquoi. Je me cherchais un nom de plume depuis des années, je commençais à en avoir assez de chercher, mais je n'allais quand même pas signer mes poèmes avec ce prénom féminin! Je ne savais pas que ce prénom était celui de la soeur de Moïse dans la Bible, je n'avais pas lu la Bible, j’étais un athée antireligieux qui ne trouvait même pas intéressant d’étudier les religions. Je ne savais pas non plus que Marie, le prénom de la mère de Jésus, est la francisation de Myriam.


L'instant après que Capucine a prononcé les mots «myriades d'étoiles», j'ai pensé, puis j'ai dit à ma douce : «Myriade, avec un d, ça fait moins féminin que Myriam, et je trouve que ça me va très bien : j'ai une personnalité complexe... plurielle... je suis bisexuel, je pense que l’univers est infini, que personne ne peut l'avoir créé...» Capucine a convenu que ça m’allait bien, mais elle n’a pas exprimé un grand enthousiasme. Ma bisexualité l'effrayait quand même un peu... En tout cas, j'ai senti qu'elle était intimidée par ce nouveau prénom, aussi n’ai-je pas insisté pour qu’elle m’appelle autrement que Belette. Je suis devenu Myriade en douceur, peu à peu.


J'ai signé mes peintures avec ce prénom. Puis j’ai publié des poèmes au début des années 1990 en m’appelant Myriade Klon. Je te jure que je ne savais pas que mon patronyme choisi dans une «vision poétique» était le mot grec qui veut dire «jeune pousse», à l’origine du mot clone. Il m’est venu un soir, sous la pression d’un ensemble de poèmes prêts à publier (ils le furent sous le titre général Exuvie dans la revue littéraire Stop 122 de l’automne 1991). J’ai eu envie d’avoir un deuxième nom après Myriade, c’était un désir obscur et pressant, j’ai senti qu’en me couchant dans le divan et en me concentrant je le trouverais vite. Je regardais le plafond, j’ai entendu dans ma tête un son de marteau qui frappe sur un clou «klong – klong – klong…» Je me suis dit que ce n’était pas beau, Myriade Klong. Une voix «intérieure» m’a proposé : « Si tu n’aimes pas le g à la fin, enlève-le.» Myriade Klon, j’ai trouvé que ça contenait un contraste intéressant entre la romantique multiplicité infinie du prénom et la sèche unicité du coup de marteau sur un clou… Ce n’est qu’en 1995, après avoir rencontré mon extraterrestre d’une façon inoubliable, que j’ai découvert, en faisant une recherche dans Le Robert historique de la langue française, que le mot grec klon «est probablement la contraction d’un klaôn, dérivé de klaien «briser, casser», terme emprunté à klados «branche, rameau», au centre d’une famille de mots relatifs à la taille de la vigne; hors du grec, on rassemble des formes verbales indoeuropéennes de structure et de sens différents : lituanien kàlti «forger, marteler», vieux slave klati «piquer, fendre»…»


Maintenant, tous mes amis m'appellent Myriade. J’ai choisi ce prénom bien avant que je ne découvre irréversiblement que je suis en contact avec des extraterrestres depuis le début de mon adolescence, bien avant ma révélation de 1995 et ma confrontation avec Raël-Vorhilon.


***


Depuis ma treizième année (1969) jusqu'à ma trente-neuvième année (1995), donc durant un quart de siècle, j'ai vécu plusieurs contacts avec une intelligence extraterrestre, en refusant toujours de les assumer, en les oubliant le plus vite possible. Ma personnalité dominante étouffait dans une amnésie volontaire une partie très importante de ma vie. À cause de ça, j'ai souffert d'un dédoublement de personnalité qui a eu des conséquences importantes sur ma santé mentale.


Car, durant ce quart de siècle, j'ai aussi eu beaucoup de mal à assumer ma nature sexuelle. Je suis bisexuel (je l'ai aussi compris à quinze ans); je pratique spontanément, sans aucune initiation parentale, le nudisme depuis l'enfance; je suis libertin et exhibitionniste. J'adore avoir une vie sexuelle dans la nature, devant public, seul en me masturbant ou avec des partenaires. Mais quand j'ai commencé à vivre en couple avec Capucine, j'ai essayé de renier ma nature pour devenir un mari exemplaire, ce qui m'a plongé dans une crise psychologique grave. Je pouvais oublier mes contacts avec mon père céleste, je ne pouvais pas effacer ma forte nature sexuelle. Elle était beaucoup trop forte pour que je puisse vivre comme un mari traditionnel. J'ai essayé de refouler ça, ça revenait de façon explosive, incontrôlée, dans la colère. J'ai failli devenir un délinquant sexuel dangereux. Je n'ai pu m'accepter et trouver pleinement l'équilibre qu'après avoir enfin retrouvé la mémoire de mon vécu avec mon père céleste.


J'ai guéri quand je me suis dit : Puisque je suis sa fabrication, ma nature sexuelle, qui est si forte, n'est pas le produit d'une maladie, mais sa volonté! À moi de l'assumer intelligemment.


Depuis le début des années 1990, je suis très impliqué dans la défense du naturisme sur la plage d'Oka, y compris dans la défense du naturisme libertin qui se pratique discrètement dans la section la plus sauvage de la plage, traditionnellement fréquentée par une population majoritairement homosexuelle masculine, mais aussi par quelques femmes et couples libertins.


Je pense que l'humanité ne pourra pas échapper à son autodestruction, à sa folie guerrière, tant qu'elle n'honorera pas le naturisme libertin dans des espaces naturels appropriés et bien protégés.


La fêlure anti-écologique entre l'humanité et la nature, représentée par un Dieu tout-puissant immatériel qui méprise la chair et la diversité sexuelle, ne pourra pas être bien dépassée si nous ne trouvons pas la manière supérieurement civilisée de réconcilier notre sexualité avec la nature, dans la Nature sacrée.


Au Moyen Âge, les personnes qui se réunissaient dans la nature pour se mettre nues ensemble étaient diabolisées et condamnées au bûcher. Michel Subiela a raconté dans son livre La messe noire des innocents (La Haye-du-Puits, 1668-1672), publié dans la Bibliothèque infernale des Éditions Pygmalion en 1976, l’histoire du dernier des grands procès démoniaques, après lequel Louis XIV et Colbert décidèrent qu’on ne brûlera plus pour fait de sorcellerie. Ce procès a notamment impliqué un groupe d’adultes qui se réunissaient la nuit dans la nature pour danser tout nu.


Depuis, le naturisme a été autorisé dans des endroits réservés, mais à condition que la sexualité demeure enfermée dans la chambre conjugale du mariage hétérosexuel béni par l’Église… Aux «Jardins du Prophète» à Valcourt, j’ai aussi entendu Raël dire que la sexualité devait se pratiquer seulement en privé dans les tentes ; il n’y avait pas d’espace prévu pour les amants au Soleil ; le «prophète» n'était pas vraiment naturiste et libertin. Au Canada, la sexualité libertine n’est pratiquement acceptée dans des clubs fermés et payants que depuis décembre 2005…


Cela dit, mes extraterrestres ne m’ont jamais demandé d’accomplir une mission pour eux. C’est moi qui décide de mes idées et de mes engagements. La seule chose qu’on m’a demandée, à part d’écrire le petit résumé d’idées philosophiques en sortant du bain de ma première masturbation, ce fut, durant le printemps 1995 où mon amnésie volontaire est devenue impraticable, où j’ai redécouvert ma vie avec mon fabricant cosmique, de lire un peu la Bible pour que je comprenne mieux ce qui m’arrive, pas seulement les livres d’ufologie. «En commençant par le Nouveau Testament, parce qu’il te concerne particulièrement, il y a même un détail au début de l’histoire de Jésus qui devrait te rappeler quelque chose… et puis, dans l’Ancien Testament, tu devrais lire au moins la Genèse…»



<< index général          << index des chroniques