Les portes du passé

 

À chacun de nos pas, se referme à jamais,
Juste derrière nous, une porte de verre;
Celui qui se retourne voit les pas qu'il a faits
Et peut imaginer ceux qu'il aurait dû faire.

Le moindre pas perdu, qui a laissé sa trace,
À un moment donné sur le disque du temps,
On ne peut désormais espérer qu'il s'efface,
Car ce qui est écrit l'est éternellement.

À chacun de nos pas, une porte massive
Se referme à jamais sur les actes accomplis;
Le plus insignifiant est inscrit aux archives,
Le plus retentissant ne peut-être repris.

Et tous ces mots absents qui viennent nous ronger,
Ceux qu'on voudrait avoir dit sur un autre ton,
Ceux qu'on répéterait, ceux qu'on voudrait changer,
Nous les portons gravés au cœur et sur le front.

Sur chacun de nos pas, sur chaque inspiration,
S'abat un interdit que rien ne peut lever.
Confisqués le sourire, le soupir, l'intention;
Le pire et le meilleur, tout sera conservé.

À chacun de nos pas, juste derrière nous,
Se referme une porte qu'on ne franchira plus.
Même si les remords y frappent à grands coups,
Tout espoir de retour est désormais exclus.

Cette porte qui ferme, mais ne s'ouvre jamais
Est une certitude au cœur intolérable;
Et ces coups qui résonnent ne sont qu'autant d'essais
Pour tenter d'ébranler le mur inébranlable.

Combien de fois encore sonderons-nous la porte,
Pour à l'usure enfin se rendre à l'évidence ?
Le passé est gardé mieux qu'une place forte;
Il est vain de tenter d'en percer les défenses.

L'inscription est la même au bâti de ces portes :
" Ce qui est dit est dit ce qui est fait est fait ".
Point d'inutiles pleurs! Faisons plutôt en sorte
Que rien de ce présent ne doive être refait.

Le jour se renouvelle entre matin et soir,
Et l'heure déroule encore son tapis devant nous;
Ornons-les de tout l'or que l'on pourrait avoir
Pour qu'ils dorment en paix derrière les verrous.


De science et siècles, un jour va émerger
La fameuse machine à remonter le temps.
Nous ouvrirons alors les portes du passé,
Mais pourrons-nous changer un seul de ses instants?

René Lachaîne

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