The Poem's Shore

Sharon H. Nelson

"The Poem's Shore" was published in Mad Women & Crazy Ladies, Sunken Forum Press, 1983. Gabriella Orbach used it as a score and a basis for a choregraphy which was performed by Logokinesis. Claudette Branchard's amazing translation, which follows, was used for performance.

The Poem's Shore

the poem takes
shape

the breath,
parabola,
doubles,
arcs,
unbends

the eye
travels,
tracks
the contours of
the mind

the tongue
explores
traces the shape
of imagination's curving shore;
it forages,
picks up,
discards,
rummages
and plumbs
reality with
the mariner's sounding line

the line
uncurls,
expands,
brings harvest of
words
burgeoning,
ripening, bursting juice,
fleshy as fruit
the mouth forms
round

your line,
spiralling, bisects
this lineal snowscape with
the oval leaf of eucalypt,
the honeysuckle's swelling stench,
the delicate scent
of tangerine,
and colour, primary, intense:
all things
curving, sinuous

alien in the world of plane
geometry, euclid's confines, logic's
singular grip, straight lines, angular
surfaces, the mind's corral that holds
imagination like a dam, we slip
the elegant lariat

we glide
into the other sphere, submerge
in dreamtime
where lines are elliptical,
where space and time
make a single curve,
a spherical continuum,
and every breath's
a word

so we dream
and dreaming breathe,
break the surface and return,
gather litter of the trip,
light of each envisioning,
jetsam to this common shore:
the poem is our littoral

Le rivage du poème

traduction par Claudette Branchard

le poème
prend
forme

le souffle,
une parabole,
fléchit,
décrit un arc,
revient

l'oeil
voyage,
traque
les contours
de la pensée

la langue
explore
trace la forme
du rivage courbé
de l'imagination

elle
fourrage
ramasse
rejette
fouille
et plombe
la réalité
avec la ligne de sonde

la ligne
se déroule
grandit
récolte les mots
bourgeonnants, mûrissants, éclatants de jus,
charnus commes les fruits
que la bouche entoure

ta ligne
vrille,
tranche
ce paysage froid et angulaire
avec la lourde senteur de chèvrefeuille,
le parfum délicat de tangerine
et la couleur, primaire, intense

tout est incurvé
et sinueux

étrangères
du monde de la géometrie,
des contraintes d'Euclide,
de l'emprise de la logique,
des lignes droites, des surfaces angulaires,
du corral de la pensée qui retient l'imagination:
nour fuyons le lasso élégant

nous glissons vers l'autre sphère,
submergées
dans le temps de rêve

les lignes sont elliptiques,
l'espace et le temps
forment un seul arc,
et chaque respiration
est un mot

ainsi, nous rêvons,
et en rêvant,
respirons;
nous remontons à la surface
et au retour
nous recueillons
les détritus d'un voyage profond,
et la lumière de chaque vision
est une épave sur notre rivage commun:
ce littoral est notre poème

Sharon H. Nelson. 15 March 1999.