Petit guide de traduction Calorifix

 

Introduction
Les 7 règles d'or

La traduction de sous-titres


Normes et Typographie

Le timing


Quelques trucs utiles

 

 

 

 Introduction

Ce "Petit guide de traduction" a été créé dans le but de rassembler les diverses informations et normes concernant la traduction et le sous-titrage qu'on pouvait retrouvées ici et là sur Calorifix et sur le Web. 

Sous-titreur : une définition
« À partir de la traduction des dialogues, le sous-titreur est chargé de rédiger le texte qui sera incrusté au bas de l'image. Il doit souvent résumer succinctement les propos des personnages afin d'alléger les sous-titres et permettre un visionnage confortable. Un sous-titrage efficace permet au spectateur de bien comprendre le déroulement de l'histoire tout en profitant de l'ambiance générale du film (intonations, musique, ambiances sonores, etc.). » « Il faut permettre au spectateur de comprendre vite pour qu'il ne rate pas ce qui se passe à l'écran. « Il faut donner la meilleure idée de ce qu'ils sont en train de dire sans trop de mots et prendre des mots qui condensent », explique Lori Rault. « L'important, c'est d'extraire la quintessence du scénario, de rendre les mêmes sensations », note Catherine Cadou. »

Notes sur les sous-titres anglais pros et amateurs
Il faut garder à l'esprit que la traduction sur Calorifix se fait souvent à partir de sous-titres amateurs anglais qui sont de qualité très inégale. Le sous-titre anglais peut donc contenir des erreurs, tant au niveau de la forme que du contenu ou encore des timings. Si vous hésitez à savoir quel type de traduction anglaise vous avez entre les mains, n'hésitez pas à demander à un traducteur plus expérimenté. Dans tous les cas, le traducteur ne doit pas traduire à la légère; il est primordial de s'assurer de bien traduire la version anglaise avant de faire des corrections ou le travail d'adaptation nécessaire.

 

 

Les 7 règles d'or

1. Le langage utilisé doit être simple
Il ne s'agit pas de faire des belles phrases, ni de traduire mot à mot, mais de communiquer l'essentiel d'un dialogue de la façon la plus efficace et la plus concise possible. Trop d'informations va n'amener que confusion chez le spectateur, et l'essentiel du message va se perdre.

2. Dans la mesure du possible, chaque sous-titre doit être grammaticalement indépendant
C'est-à-dire qu'il faut viser (ce n'est pas toujours possible) à avoir des sous-titres avec une seule phrase complète, ou du moins il faut couper à l'endroit logique où se ferait la césure (ce qui est plus souvent le cas).

3. Le registre du langage doit être approprié et correspondre à celui des dialogues oraux
Le médecin ne parlera pas comme le voyou, ou l'enfant comme un adulte.

4. Toute information importante apparaissant sur les images (panneaux, notes, etc.) devra, dans la mesure du possible, être traduite
Attention, l'information doit vraiment être nécessaire à la compréhension du récit, autrement il vaut mieux éviter d'alourdir inutilement le sous-titrage.

5. Le positionnement des sous-titres doit suivre le rythme des dialogues du film et tenir compte des coupures et des changements de scène
Le sous-titre, sauf de rares exceptions, doit commencer en même temps que le dialogue qu'il traduit et, si le temps de lecture est suffisant, se terminer en même temps (quelques dixièmes après en fait). On évitera également qu'il déborde sur le plan de caméra suivant (dans la mesure du possible) mais toujours en privilégiant le temps de lecture. Cependant, le changement de scène exige de façon absolue que le sous-titre se termine avant. Voir la section "timing" pour plus de détails.

6. Les sous-titres doivent mettre en valeur la surprise ou le suspense, en aucune façon l'amoindrir
Il faut éviter que le spectateur sache à l'avance ce que les acteurs vont dire, que le sous-titre devance de trop l'audio.

7. Il faut éviter les traductions littérales
Une traduction littérale peut être compréhensible, mais elle ne sera pas naturelle et amènera de la confusion dans la compréhension. Pour savoir si une formulation est naturelle, il suffit de prononcer la phrase à voix haute en tentant de se mettre dans la peau du personnage.

 

La traduction de sous-titres

• L'importance de la contraction

The main problem in this type of translation is caused by the difference between the speed of the spoken language and the speed in reading. A complete transcription of the film dialogue is not possible. Both the physical limitation of space on the screen and the pace of the spoken word require a reduction of the text. The experience for audiences is considerably different from those who see the original film. Viewers are asked to do a lot of extra work by reading sub-titles while still coping with all the other visual and oral channels of the film.

Barbara Schwarz, Translation in a Confined Space 


Les sous-titres sont le passage d’un dialogue oral en un dialogue écrit, traduit et contracté. Le traducteur débutant, croyant bien faire, va souvent transcrire l'entièreté des dialogues : c'est en fait une très mauvaise idée. On se doit de résumer afin de réduire au maximum le temps de lecture et ne pas obliger ainsi le spectateur à devoir porter constamment son attention sur le bas de l'écran. L'acteur s'exprime également (que ce soit lui qui parle ou un autre acteur) par des gestes, des regards ou des mimiques : en priver le spectateur, c'est nuire à l'intégrité du film. On peut, à coup sûr, reconnaître un sous-titre pro d'un sous-titre amateur par le nombre total de mots : pour le même film, on peut parfois retrouver jusqu'au double de mots chez l'amateur. La clarté et l'efficacité du sous-titre se reflètent toujours par une économie de mots, car il s'agit d'aller à l'essentiel.

Dans la même idée de ne pas noyer l'essentiel par un excès d'informations, attention à la "surtraduction" : ne pas traduire inutilement des répliques qui s'apparentent davantage à des bruits d'ambiance. Par exemple, le personnage principal pénètre dans un restaurant où on entend vaguement des bouts de conversations. C'est une grossière erreur de traduire ici, cet excès de zèle du traducteur ne fait qu'amener de la confusion dans la compréhension du récit, car cela donne une importance à quelque chose qui n'en a pas et au final a l'effet contraire de celui recherché par le traducteur amateur. L'excès d'information tue l'information. De la même façon que personne n'aurait naturellement l'idée de traduire toutes les affiches d'une rue quand un personnage s'y déplace. Seul sera traduit ce qui amène une compréhension essentielle au récit.

Évitez également les inventions onomatopéiques inutiles à la lecture : les hmmm, huh, waow... sauf ambiguïté, ne doivent pas figurer dans la traduction. Il faut éviter également les répétitions évidentes à l'écoute.

Ex. :
1
Oh, mon Dieu, non...

2
Non !

3
Non, non !

4
Nonnnnnn !

Le premier dialogue devrait suffire (ou à la limite les deux premiers) :

1
Oh, mon Dieu, non...

2
Non !

 

Ne pas oublier que le spectateur a des oreilles, on doit donc tenir compte que l'audio est aussi porteuse d'informations.

Dans le cas où par exemple un autre personnage parlerait en même temps, il est parfois possible de ne pas traduire du tout une réplique si celle-ci est secondaire : par exemple un personnage dit "Viens" tout en faisant signe de la main. De même, on a souvent des "Oui" "Non" "Mais..." qu'il n'est pas toujours nécessaire de traduire, c'est d'autant plus vrai si on manque de temps pour la réplique qui précède ou qui suit. À noter qu'entre "Viens ici, s'il te plaît !" et "Viens !" par exemple, il y a une nuance de politesse. Il faut voir dans le contexte si cette nuance est importante ou pas. Mais si on ne dispose que de 0,7 seconde par exemple, la nuance doit être sacrifiée, partant du principe qu'une nuance ne servira à rien si on n'a pas le temps de la lire.

À noter que si vous traduisez un sous-titre anglais pro, le gros travail de contraction a été fait, en principe, pour ce qui est d'extraire l'essentiel, mais il faut tenir compte que la phrase française est plus précise et, par le fait même, elle est aussi plus longue : il est donc important de chercher la tournure la plus efficace en terme d'économie de mots.

 

• Cohérence, clarté et syntaxe

The overriding goal of good sub-titles must be their simplicity, clarity and adequacy.(...) Sub-titles have to be read and understood in the few seconds they are visible on the screen. They must not become the prime focus for the viewers.
Barbara Schwarz, Translation in a Confined Space

 

C'est essentiel de s'assurer de la cohérence des dialogues. Il faut se demander à chaque réplique ce qu'a voulu dire exactement le personnage, et, de façon générale, il faut essayer de bien comprendre l'ensemble de l'histoire. Il ne faut pas hésiter à se documenter, par exemple si le film touche à la navigation, se déroule à une époque particulière de la Chine, ou encore se déroule dans le milieu d'une minorité ethnique, etc. Si on ne sait pas le "pourquoi" exact d'une réplique dans le contexte du film, la traduction risque fort d'être ratée. Une phrase peut être parfaitement traduite en apparence, mais n'avoir aucun sens dans le contexte. Dans ce cas-là, il faut vérifier d'abord si on a bien traduit de l'anglais, si certains mots ne peuvent pas avoir un autre sens possible, ou encore s'il s'agit d'une expression idiomatique mal comprise. S'il s'agit d'une traduction amateur, il est possible également que le traducteur anglais ait fait une erreur. Dans ce cas-là, il faut essayer de faire retraduire de la version originale le passage en question. Si ça s'avère impossible ou trop difficile, il préférable de réécrire une réplique plausible (ou neutre) plutôt qu'une phrase qui ne veut rien dire dans le contexte. Dans tous les cas, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide.

La clarté est étroitement liée au travail de contraction. La réplique se doit d'être intelligible au premier coup d'œil, sans équivoque possible. On doit se rappeler que le spectateur n'a pas l'occasion de relire la phrase et doit donc comprendre le sous-titre rapidement. Si elle est claire et colle parfaitement au contexte, la réplique sera rapidement assimilée par le spectateur et ne se traduira pas dans son esprit par un point d'interrogation. Comme on dit, "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement". Il faut prendre l'habitude à la relecture de chercher à contracter ce qui peut l'être et s'assurer qu'il ne reste aucune ambiguïté (ou "flou") sur le sens de la réplique.


Toujours pour des raisons de clarté et de contraction, on cherchera à simplifier au maximum la construction de la phrase. Il ne s'agit pas seulement de réduire le temps de lecture, il faut également que le sens de la phrase soit assimilé rapidement. Quelques exemples :

 

Dans certains cas cependant, une structure plus longue peut être préférée pour raison de clarté ou de cohérence :

 

Comment rendre des éléments culturels
Il est parfois nécessaire d'adapter certaines particularités culturelles.

Ex.
Ils suivaient les ordres du 10 Downing Street.

Le "10 Downing Street" est la résidence et le bureau du premier ministre de Grande-Bretagne. Cet élément peut être rendu de diverses façons :

Le transfert culturel :
Ils suivaient les ordres de Matignon.

Ajouts explicatifs :
Ils suivaient les ordres du 10 Downing Street, la résidence du premier ministre.

Neutralisation :
Ils suivaient les ordres du premier ministre.

L'omission :
Ils suivaient les ordres.

Le choix d'adapter ou non et le choix de la bonne adaptation dépendent du contexte.

 

 

Normes et typographie

• L'apostrophe
La norme est l'apostrophe droit anglais [ ' ] et non l'apostrophe français : [ ].

 

• Espaces avant et après : ; ! ?
On mettra un espace avant et après les signes « doubles » : ; ! ?

 

• Les points de suspension
Si le même mot en début de phrase est répété, on doit répéter la majuscule. Si la phrase continue, pas de majuscule.

On évitera les points de suspension en début de phrase, sauf dans les trois cas suivants :
A. Il s'agit d'une télévision ou d'une radio que l'on prend en cours de route. Dans ce cas, il est même préférable de commencer par des points de suspension. Ces points de suspension seront suivis d'un espace.

B. Il a une pause conséquente au milieu d'une phrase :


C. Une phrase est terminée par un autre :

• Point en fin de phrase
 
On mettra un point en fin de phrase, sauf s'il s'agit d'une chanson.

• Les doubles ponctuations
Les doubles (ou triples) ponctuations de type !? et !! sont proscrites.

 

• Guillemets
Les seuls guillemets acceptés sont les "guillemets" droits sans espace.

 

• Les guillemets de citations
Les différentes façons de faire :

1 - Au début et en fin de phrase :


Au début de chaque ligne et en fin de phrase :


3 - Début et fin de chaque ligne :

 

• Orthographe de OK
Les graphies acceptées seront « OK » et « O.K. » (et non pas « Ok »). Cependant, « OK » étant un anglicisme, on lui préférera « D'accord ».

 

• Orthographe de « Hé bien »
Les graphies acceptées seront « Eh bien » et « Hé bien » (et non pas « Et bien »).

 

• Accentuation des majuscules
Toutes les majuscules, sans exception, seront accentuées.

 

• Argent, heure et nombre

Les nombres seront écrits en toutes lettres entre un et dix. Mais pour une question d'espace, on peut écrire en chiffres les distances, les mesures de distance, poids, argent ou de temps (années, jours, heures, etc.)

Pour l'argent, il faut laisser les sommes dans la monnaie locale et mettre la conversion en euros entre parenthèses si nécessaire.

Les grands nombres (c'est-à-dire au-dessus de 4 chiffres), pour en faciliter la lecture, sont décomposés par paquets de trois chiffres, et séparés par un espace. La partie décimale est séparée par une virgule :

Certaines monnaies utilisées en Asie ne sont pas très parlantes. Pour la compréhension du film, et si cela est nécessaire, indiquez entre parenthèses l'équivalence en euros. Exemple, dans le film "Yesterday", le kidnappeur réclame une rançon de 4 000 000 de wons, somme qui à l'air conséquente. Or, une fois converti en euros, cela fait en fait 3000 euros. Car l'argent n'est pas ce qui intéresse le kidnappeur. Le sous-titre comporte donc 4 millions de wons (3000 euros).

On écrira donc :

• M. et non Mr
Bien que l'utilisation de Mr pour « monsieur » ne soit pas en elle-même fautive, sur Calorifix la seule graphie acceptée sera M.

 

• Longueur des lignes
La longueur maximale permise pour une ligne est de 40 caractères, 2 lignes maximum. Les sous-titreurs professionnels s'imposent une longueur maximale de 40 caractères par ligne ou moins (le plus souvent la norme est de 36).


• Les césures
Les césures, c'est-à-dire les coupures lorsqu'une réplique se trouve sur deux lignes, doivent se faire à des "coupures naturelles" de la phrase. Il convient donc de ne par les faire au milieu d'un complément ou d'un participe passé par exemple. Lorsque l'on lit à haute voix la réplique, on doit pourvoir faire une légère pause à l'endroit de la césure sans que cela "sonne" étrangement.  

Ici les césures ne sont pas correctes, il convient donc de corriger en :

ou

 

Il faut aussi faire en sorte que les lignes ne soient pas trop de longueurs inégales.

est plus facile à lire que  :

 

On évitera de mettre plus de deux "phrases" dans le même sous-titre :

deviendra :

(Ici le point d'exclamation est plus proche d'une virgule que d'un point final dans la respiration de la phrase.)

ou encore sera divisé en deux sous-titres.

 

La césure est obligatoire si la ligne fait au-delà de 40 caractères et elle est possible à partir de 36 caractères.

 

• L'utilisation de l'italique
- Quand le narrateur est entendu via un média : conversations téléphoniques, télévision, radio, haut-parleurs, interphone, etc.
- Les voix off.
- Chansons : si on chante à l'écran ou hors champ, ou encore au générique de la fin.
- Si une chanson sert de fond sonore, il faut utiliser à la fois les guillemets et l'italique.
- Tout texte écrit qui n'est pas un titre, une affiche, une date, etc.
- Lorsque qu'une langue étrangère intervient dans le film, il possible d'utiliser les italiques pour faire la démarcation d'avec la langue du film.
- Exceptionnellement, si un sous-titre porte à confusion parce qu'il apparaît au-dessus d'un personnage alors que la réplique est dite par un personnage hors champ.

 

• L'utilisation de la majuscule
Éléments non ponctués qui apparaissent écrits à l'écran (panneaux et pancartes, titres de journaux, date, etc.).

Ex. : TOILETTES

 

• Les caractères gras et soulignés
Les caractères gras ainsi que les caractères soulignés sont proscrits.

 

• L'absence de la double négation et parlers locaux
L'absence de double négation peut servir à illustrer un certain niveau de langage. Cette absence peut correspondre à une classe sociale ou à une émotion (par exemple la colère). À utiliser à parcimonie.

Ex : Je ne veux pas ! deviendra : Je veux pas !

Par contre, on évitera (sauf exception) d'utiliser des transpositions inhabituelles pour rendre un "parler" particulier... parce que plus difficilement "décodables" par l'œil (par manque d'habitude) :

Ex :
J'veux pas... Y'a rien à voère, circulez. (incorrect)
Je veux pas... Y'a rien à voir, circulez.
(correct)

 

• Les surnoms
Les surnoms anglais seront traduits, à moins qu'ils ne soient en anglais dans la version originale.

 

 

Le timing

• Calcul du temps de lecture confortable
Si vous travaillez à partir d'un sous-titre anglais de qualité, vous n'aurez probablement pas à retoucher énormément le timing, mais il y aura tout de même des ajustements, entendu que la précision du français amène des phrases presque toujours plus longues. Idéalement le spectateur doit pouvoir passer de l'image au sous-titre par coups d'œil successifs, et ainsi lire le sous-titre par petits bouts tout en ne manquant rien de l'action. Et en même temps, le sous-titre doit idéalement rester à peu près dans les temps du dialogue audio. Comment y arriver ? Il existe une multitude de cas de figure, plusieurs facteurs pouvant entrer en ligne de compte : débit (vitesse d'élocution), abondance des dialogues, qualité du travail de contraction des sous-titres, etc.

Par contre, il faut éviter laisser le sous-titre inutilement, après un certain temps, l'œil va automatiquement relire ce qui est écrit, ce qui bien sûr n'est pas souhaitable.

Vous pouvez bien sûr utiliser votre expérience et votre instinct, mais si vous n'êtes pas sûr, ou si les répliques sont très serrées dans le temps, voici une formule afin d'évaluer le temps de lecture minimal : il suffit de diviser le nombre total de caractères par 2 et d'ajouter 5 (Note : le nombre total de caractères est indiqué dans Subtitle Workshop). Et si vous êtes allergique au calcul, même le plus simple, le tableau suivant peut vous aider. À noter que dans la pratique, on finit rapidement par connaître par cœur les principaux repères et on cesse de calculer.

 

Ce nombre de 37 deviendra 3,7 secondes, soit le temps de lecture minimal de confort. On peut toutefois l'allonger pour plus de confort. Je ne pense pas qu'on puisse descendre en bas du 2/3 de ce temps, sans causer un problème au niveau de la lecture. Donc si le temps imparti possible est inférieur à 2,5 secondes, il faut raccourcir le texte. On peut aussi parfois, s'il est impossible d'aller chercher plus de temps autrement, faire commencer la réplique quelques dixièmes avant la réplique sonore. Petit truc pour s'assurer d'une bonne synchronisation avec la réplique sonore : Dans Subtitle Workshop, il suffit de double-cliquer sur la réplique et d'enlever un dixième à la fois jusqu'à ce que le début de réplique soit « entamé », on remet alors le dixième soustrait en trop et voilà la réplique parfaitement synchro au départ.

Une fois calculé le temps de lecture minimal, il ne reste plus qu'à déterminer l'arrivée. Deux cas sont possibles :

A. Le temps de lecture minimal est inférieur au temps de la réplique sonore
Dans ce cas, il faut simplement faire terminer le sous-titre en même temps que la réplique sonore, idéalement un peu après (0,5 à 1 seconde environ), sauf s'il y changement de plan.

B. Le temps de lecture minimal est supérieur à celui de la réplique sonore
Dans ce cas-ci, le temps de lecture minimal a priorité, le sous-titre se terminera donc après la réplique sonore. Si la différence est trop grande, il faudra cependant penser à reformuler le sous-titre. De façon générale, on cherchera à atténuer cette différence. Notez toutefois que le sous-titre ne doit jamais se terminer plus de 2 secondes après la fin de la réplique audio.

 

• Un exemple concret de timing

Dans un premier temps, on applique d'abord notre formule afin déterminer le temps de lecture confortable, ce qui nous servira de balise.

3,7 secondes est donc le temps de lecture confortable minimal.

Dans un deuxième temps, après avoir appliqué notre temps de lecture, on compare avec le temps de la réplique audio. Comme on a vu ci-haut, il existe deux possibilités.

Premier cas, le temps de la réplique audio fait environ 5 secondes
Solution : on allonge le sous-titre à 5 secondes et on ajoute le 0,8 seconde environ, de façon à ce dernier se termine légèrement après la réplique sonore.

Deuxième cas, le temps de la réplique audio fait environ 10 secondes
Solution : On divise le sous-titre en deux répliques de 5 secondes environ. Mais voilà qui peut aussi être un problème, le déséquilibre peut-être trop grand entre ce qui est lu et ce qui est dit. Ici, il faut y aller selon son impression. Soit on laisse comme ça :

Si nous gardons toujours le même exemple, mais que cette fois-ci le temps de la réplique fait 7 secondes environ. La réponse est aussi la division, mais cette fois ce n'est sans doute pas souhaitable d'en rajouter.

Comment savoir si le déséquilibre entre la réplique sonore est trop grand, ou si au contraire on a affaire au résumé idéal ? Il n'existe aucune formule mathématique ici, il faut décider à l'instinct. Tout dépend du contenu, du contexte, du débit, etc. À noter que si l'on traduit à partir d'un sous-titre anglais de qualité, ce problème ne présente presque jamais.

 

Troisième cas, la réplique audio fait 2,2 secondes
Reprenons notre premier exemple...

Si on se rappelle, il nous faut 3,7 secs. Imaginons que la réplique suivante suive immédiatement et fait en sorte que nous ne disposions que de 2,5 secs, que faut-il faire ? Il existe plusieurs solutions. Le temps de lecture confortable minimal est un minimal idéal. C'est-à-dire qu'il est toujours possible de s'éloigner de celui-ci... on y perdra bien sûr du confort, mais s'il n'y a pas d'autre solution on peut utiliser une autre balise, qui elle est le temps de lecture minimal absolu. C'est-à-dire, la limite des limites à ne pas dépasser sous peine de rendre le sous-titre à coup sûr illisible. Cette limite est de 25 caractères par seconde (Bien qu'à 25 cps, il y ait également un grand risque que le sous-titre ne puisse être lu en son entier).

Par exemple, si on applique notre temps de lecture idéal, la réplique ci-haut fait 18 cps (note : pour connaître le cps, si on ne désire pas calculer, on peut utiliser le logiciel VisualSubSync). Si on alloue 2,5 secondes à notre réplique, le cps sera alors de 27 cps, donc ça ne va pas. Par contre, 2,7 secs est suffisant. La plupart du temps, il  est possible de gruger des dixièmes en faisant commencer la réplique légèrement avant. Ou encore de faire commencer la réplique qui suit quelques dixièmes en retard (Note : Ne pas oublier qu'il faut préserver le deux dixièmes entre les deux répliques, qui lui n'est pas négociable.)

L'autre option, sans aucun doute préférable quand c'est possible, est de reformuler. Par exemple :

Ce qui avec 2,5 secs nous donne un cps de 21, c'est donc amplement suffisant.      

Si aucune réplique ou changement de plan n'intervient, on partira des 3,7 secs mais en tentant de se rapprocher du temps de la réplique audio. Comme ci-haut, il n'existe pas de règle précise, il faut y aller au feeling. Par exemple, ça peut être de soustraire 3/10 ce qui nous diminuera un peu la différence, tout en gardant un temps de lecture relativement confortable. Il peut être nécessaire de soustraire quelques dixièmes également si le personne dit sa réplique et bouge ensuite laissant le sous-titre "seul" si peut dire ainsi. Dans ce cas, c'est traité comme un changement de plan.

Et enfin une dernière solution, quand la réplique ne fait qu'une ligne, c'est de joindre avec la ligne suivante. Si les deux répliques font plus de deux lignes, c'est possible également de reformuler le tout.

 

• Changements de scène et de plan
Le changement de scène ou le changement de plan. Dans le cas d'un changement de scène, la question ne pose pas, le sous-titre ne doit jamais franchir la limite. On fait comme pour la contrainte d'une réplique en aval donc. Pour les changements de plan, il faut éviter que le sous-titre chevauche deux plans, (mais pas si cela nuit trop au temps de lecture). Pourquoi cela ? Simplement parce que le sous-titre doit se faire le plus discret possible, ne doit pas interférer avec l'image ou le montage ni être mis en évidence. On peut jouer avec le temps de lecture en faisant débuter quelques dixièmes avant la réplique sonore, réduire de quelques dixièmes le temps de lecture confortable, ou encore reformuler, etc. Mais s'il s'avère impossible d'appliquer ces solutions sans nuire de trop au temps de lecture, on fera sans remord chevaucher la réplique sur les deux plans en y appliquant les règles habituelles. Il peut aussi arriver qu'on retarde de quelques dixièmes un sous-titre par rapport à l'audio pour qu'il débute au plan suivant ou à la scène suivante.

 

• Le temps d'insertion minimal
Le temps d'insertion minimal d'un sous-titre est de 0,7 seconde, mais pour une question de confort visuel et de rythme on cherchera à rester entre 1 ou 1,5 seconde comme temps de lecture minimal.

 

• Le temps d'insertion maximal
À l'exception des chansons, un sous-titre ne peut rester à l'écran plus de 6 secondes. La seule exception possible est dans le cas où une traduction anglaise défectueuse soit très courte par rapport à un dialogue abondant. Par exemple, "Je vous aime" alors que le dialogue dure 7 secondes. Ça arrive parfois également quand le débit est très lent.

 

• Espace de temps entre deux sous-titres
L'espace de temps entre deux sous-titres et minimalement de 0,2 seconde. Cela permet à l'œil du spectateur d'enregistrer l'apparition d'un nouveau sous-titre à l'écran. C'est le délai minimal que l'on retrouve majoritairement dans le sous-titrage professionnel (l'autre délai professionnel moins courant étant de 0,160 seconde).

 

• Le temps de sortie
Le but d'un bon timing est de permettre que chaque réplique soit lue en son entier, mais également qu'elle soit lue et comprise sans aucun stress pour le spectateur. Ce dernier doit savoir qu'il a amplement le temps de lire le sous-titre et il doit savoir approximativement quand celui-ci disparaîtra. C'est pourquoi il est important de faire terminer le sous-titre légèrement après la réplique sonore, soit environ 0,5 à 1 seconde, la fin de la réplique sonore devient alors un signal que la réplique va se terminer. Comme la parole qui est toujours rythmée par la respiration, le sous-titre sera rythmé par cette parole. Tout doit être fluide.

 

• Fusion de sous-titres
Voici une façon d'allonger les temps quand deux courtes répliques se suivent de trop près. Attention, il est presque toujours préférable d'avoir des unités syntaxiques indépendantes, à n'utiliser qu'en cas de nécessité.

Deviendra :

Ou encore, s'il s'agit du même interlocuteur :

 

• Division de sous-titres
Si la durée d'affichage est trop grande ou le nombre de caractères est trop importants, on encore qu'on veuille préserver l'unité grammaticale, on peut être amené à devoir diviser le sous-titre.

Deviendra :

Quelques trucs utiles

Définir les entrées sous SW (Subtitle Workshop) :
Pour définir très précisément l'entrée de timing du sous-titre, il suffit de double-cliquer sur la réplique en ajoutant ou soustrayant des dixièmes au besoin jusqu'à ce que la concordance soit parfaite. Par contre, si le timing de l'ensemble des sous-titres est vraiment mauvais, il est beaucoup plus rapide de le retravailler d'abord avec VSS (VisualSubSync) qui est expressément conçu à cet effet.

Les traducteurs automatiques
Les traducteurs automatiques (Reverso, Systran) ont, à raison, très mauvaise réputation chez les traducteurs, mais, quoique très limités, ils peuvent aussi être très utiles au traducteur débutant si celui-ci s'en sert à bon escient. D'abord, si votre anglais est incertain, le traducteur peut souvent confirmer ou infirmer votre traduction, ou même suggérer un meilleur choix de mots. Mais il est particulièrement pratique pour repérer les "faux amis" (Affair = Liaison, Cave = Caverne, grotte, Physician = Médecin, Subject = Object, Terrible = Épouvantable, etc.). Bien sûr, un bon dico ferait aussi l'affaire, mais avec les faux amis, on ne pense justement pas à vérifier. On rencontre très souvent des erreurs qui auraient pu être évitées par le traducteur débutant s'il s'était servi d'un traducteur automatique pour vérifier sa traduction. Bien entendu, le traducteur automatique ne peut qu'être un outil supplémentaire, si votre connaissance de l'anglais est tout à fait nulle, ça ne vous sera pas d'un grand secours.

 

 

Sources

- A Proposal Set of Subtitling Standards in Europe, KARAMITROGLOU Fotios
- Translation in a Confined Space 1 et Translation in a Confined Space 2, SCHWARTZ Barbara
-
The Constraint of Relevance in Subtitling, BOGUCKI Lukasz
- Entrevues en ligne avec les traductrices professionnelles Jacqueline Cohen (Woody Allen) et Catherine Cadou (Kurosawa)
- Le Manuel du traducteur de Frigorifix
- Différents traducteurs et correcteurs de chez Frigorifix et Calorifix (un grand MERCI à eux)
- Le travail statistique sur les sous-titres pro par Thyresias